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Berlinale 2023 – Generation Kplus : Sea Sparkle (Zeevonk) le premier long métrage de Domien Huyghe, présente le cheminement poétique et sensible d’une pré-adolescente endeuillée

Lena (Saar Rogier) a douze ans, elle fait du skate board, écoute Angèle, est douée à la voile, et s’amuse bien avec sa meilleure amie, Kazmira (Dunia Elwaleed). Elle mène une vie joyeuse et insouciante, flottant avec bonheur entre l’enfance et l’adolescence, savourant le grand air du bord de mer, les pieds dans l’eau et la tête dans les nuages. Lena partage d’intenses moments de complicité avec son père, Toine (Valentijn Dhaenens) qui est fière des prouesses de sa fille qui promet de devenir une excellente navigatrice.

Cette insouciance est brusquement bouleversée par l’accident du bateau de pêche de son père, qui disparait dans un naufrage avec ses deux co-équipiers, Samir et Gerd. Alors que chacun et chacune tente à sa manière de faire le deuil de ces tragiques disparitions, la rage de Lena se cristallise dans un combat singulier et une recherche qui devient obsessionnelle : Lena est persuadée qu’un monstre marin a attaqué le chalutier de son père. Au grand dam de sa mère, elle s’obstine à chercher de preuves, allant jusqu’à monter sur l’épave amarrée dans le port d’Ostende pour y prélever des traces ADN avec la complicité de Vincent (Sverre Rous), alias Vinnie ou Octupus boy qui travaille au musée maritime de la ville et qui en pince pour elle.

— Saar Rogiers – Zeevonk (Sea Sparkle)
© A Private View

Inébranlable malgré les tentatives de la consoler de certains et l’agacement d’autres, Lena poursuit sa chasse au monstre sous-marin qu’elle accuse d’être responsable du désastre alors que quelques personnes tentent de lui faire entendre que son père a été imprudent. Vinnie la conforte dans ses convictions, lui faisant remarquer que, vu le réchauffement climatique, des espèces tropicales, arrivent dans la Mer du Nord. Obstinée, en proie à une immense douleur, envahie par une incompréhension devant l‘inacceptable, Lena enrage et s’écrie face à la mer :

« Où es-tu? Allez au diable. Montre toi ! Lâche ! Connard ! Viens donc ! Je sais que tu es ici ! Où es-tu? Rends-le-moi ! rends-moi mon père ! ».

Sa petite sœur est désarmée devant sa colère et son grand frère, Jules (Thibaud Dooms), tente de dire son chagrin en scandant une chanson de rap en l’hommage à leur père. Chaque entant réagit à sa manière mais la réaction de Lena est celle qui suscite le plus d’incompréhension de la part des adultes. Pourtant, l’ami de son père, Marre (Zouzou Ben Chikha), qui enseigne aux jeunes de la ville à naviguer, tente de lui parler et de lui faire entendre raison. Pour chaque protagoniste, mais en particulier pour Lena, Domien Huyghe choisit différents cadrages, parfois plongée ou contre-plongée, en plan américain ou en plan rapproché, permettant au public d’adhérer de plus en plus à la quête de Lena. La photographie, lumineuse pour les paysages extérieurs, luminescente pour les vues aquatiques, se mêle harmonieusement au cheminement de Lena, de la perte de l’innocence au passage au monde adulte.

Avec Sea Sparkle, que l’on pourrait traduire en français par L’éclat de la mer, Domien Huyghe brosse un portrait d’une adolescente endeuillée par la disparition de son père sur une idée imaginé par Domien Huyghe et sa sœur Wendy Huyghe, et largement inspiré par leur histoire personnelle. Il dépeint les émotions autour du deuil, à travers le difficile cheminement de Lena qui traverse de nombreux questionnements existentiels, dominés par la colère, la tristesse, le déni, la rage, créant un maelström de sentiments à l’image de l’absence de l’être cher. Le jeu de la jeune Saar Rogier est particulièrement convaincant, mais tous les comédiens sont excellents.

À travers le travail de deuil de Lena et les chemins qu’elle emprunte pour trouver une explication à ce drame, Domien Huyghe offre un tableau poétique et aux nuances psychologiques finement décrites dans l’apprentissage difficile du lâcher-prise et l’acceptation de l’inexplicable. Le public éprouve tout de suite de l’empathie et de la compassion pour cette adolescente en proie au désarroi qui recherche inlassablement cette créature marine gigantesque. D’ailleurs, Lena décèle des signes de tous côtés : une ombre dans l’eau qu’elle dessine aussitôt au crayon gris, à une grosse dent coincée dans un morceau de bois flotté. Mais il lui manque toujours cet élément de preuve irréfutable qui donnerait raison à sa théorie et lui permettrait de prouver que sa famille et ses amis ont tous tort.

Firouz E. Pillet

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée/based Genève)

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