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Bob Marley: One Love, de Reinaldo Marcus Green, se révèle un biopic hollywoodien sage et consensuel

Le biopic tant attendu par les fans sort enfin en salles : la musique de Marley est au rendez-vous mais cet hommage ne parvient pas à mettre en relief toute la complexité de l’artiste disparu à l’âge de trente-six-ans.

— Kingsley Ben-Adir – Bob Marley: One Love
© 2024 Paramount Pictures. All Rights Reserved.

Quarante-trois ans après sa mort, Bob Marley conserve une aura d’icône planétaire et ses chansons fédèrent les générations. Le message humaniste et pacifique délivré par l’étoile du reggae inspire encore et toujours à travers le monde. Ce mythe du XXème siècle, chef de fil du reggae et du rastafarisme, n’avait pourtant eu droit qu’à un excellent documentaire, Marley (2012), signé Kevin MacDonald.

Comme les studios hollywoodiens aiment les biopics, ils ont décidé d’en consacrer un au visage du reggae. Avec Bob Marley: One Love, Reinaldo Marcus Green célèbre la vie et la musique d’une icône qui a inspiré des générations à travers son message d’amour et d’unité. Mais la vie de Bob Marley était si complexe que la condenser dans un film de moins de deux heures semblait une gageure de haut vol. Jah Bless You and bless us ! Mais Jah n’est pas venu en renfort au réalisateur qui se perd dans les méandres d’une vie multiple. Dès son enfance, alors que la Jamaïque est en proie aux émeutes et que les plantations sont en feu, on voit le jeune Bob qui fuit les flammes et un cavalier blanc vient sauver. Son père biologique ? Son père adoptif ? Les deux hommes étaient blancs. L’image, récurrente, semble un fil conducteur maladroit pour exprimer les origines métissées de Bob Marley, sa résilience face à l’adversité, le chemin qui l’a amené à sa musique révolutionnaire.

Le réalisateur dispose d’une belle distribution, à commencer par Kingsley Ben-Adir qui incarne Marley. Précisons que le film a été validé et produit par les enfants de Marley et les membres survivants de sa famille, dont sa femme Rita Marley. Malgré cet aval de bon augure, force est de constater que le cinéaste semble plus intéressé à déifier son sujet sans chercher à approfondir l’homme derrière la musique qui, fort heureusement, est omniprésente et distille les « good vibes » tout au long du film. Les tubes s’enchaînent : Redempmtion Song, Is this love ?,Jamming, Three little Birds, Stir it up, Kaya, Exodus (à propos de cet album, on a droit un petit aparté sur la genèse de la couverture), One love … Pour ne citer que les principales chansons !

Le film célèbre le charisme et l’influence de Bob Marley ainsi que sa musique, mais le regard du cinéaste apparaît souvent aseptisée et certains événements entourant l’artiste, fondamentaux dans son parcours tant artistique qu’humain sont ici à peine mentionnés, voire occultés. Kingsley Ben-Adir offre une performance convaincante tentant de révéler les complexités fascinantes de l’homme dont on attendait plus d’aspérités. À ses côtés, dans la vie comme sur scène, Rita est magnifiquement interprétée par Lashana Lynch, exceptionnelle en tant qu’épouse talentueuse et choriste du musicien légendaire. Si les performances centrales sont fortes et efficaces, le reste du casting est à saluer et offre un jeu de qualité sur une bande-son aux enchaînements musicaux habiles.

Alors, où ce biopic pêche-t-il ? Peut-être dans le choix de seulement effleurer la représentation des croyances rastafariennes de Bob Marley qui devaient permettre de raconter une histoire beaucoup plus complexe, plus riche qui n’est malheureusement pas explorée ici. Reinaldo Marcus Green livre un biopic en dates, des dates qui s’égrainent sur l’écran en chiffres blancs pour retracer les villes parcourues pendants la tournée en Europe : Belgique, Pays-Bas, Danemark, Suède, Angleterre, etc. Il est ensuite question de la tournée en Afrique qui tenait particulièrement à cœur à Bob Marley mais le film ne fait que la mentionner dans les notes de fin sans montrer aucune archive.

Ce biopic apporte assez peu d’informations sur la vie et la musique de Bob Marley, du moins pas grand-chose de nouveau que nous ne connaissions déjà et on reste sur sa faim quant à ses convictions politico-religieuses issues du rastafarisme.

Bob Marley: One Love devrait, à l’instar de Bob Marley, aspirer à la transcendance mais le cinéaste est resté prudent et plutôt conventionnel, ce qui nous donne un film agréable, mais, tout compte fait, vite oublié. Voilà qui est bien dommage pour un grand artiste qui a vécu en repoussant constamment les limites !

Ziggy Marley a déclaré que Ben-Adir était l’acteur parfait pour le rôle :

« Kingsley fait un excellent travail avec art, sans essayer d’imiter mon père. »

Firouz E. Pillet

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée/based Genève)

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