Cannes 2017: Le très attendu Nelyubov marque le retour d’Andrey Zvyagintsev sur la Croisette

Trois ans après avoir décroché le Prix du Scénario pour Leviathan, Andrey Zvyagintsev revient en Compétition de ce 70ème Festival de Cannes avec Nebyulov (Faute d’amour), ouvrant la marche des candidats en lice pour la Palme d’Or.

— Nelyubov (Faute d’amour) de Andrey Zvyagintsev

Son film brosse l’histoire universelle de Boris et Genia, en plein divorce. Ils se disputent sans cesse et enchaînent les visites de leur appartement en vue de le vendre, négligeant leur jeune fils de douze ans, Aliocha. Ils préparent déjà leur avenir respectif, ayant chacun entamé une nouvelle histoire sentimentale: Boris est en couple avec une jeune femme enceinte et Genia fréquente un homme aisé qui semble prêt à l’épouser… Aucun des deux ne se préoccupe d’Aliocha qui semble un fardeau jusqu’à ce qu’il disparaisse.
Des la séquence d’ouverture, le ton est donné : morose à l’instar de cette banlieue de Saint-Pétersbourg, Un jeune garçon interpelle ses comparses d’école afin qu ils l’attendent mais reste esseule pour rentrer chez lui. Il erre le long de la rivière, balayant les feuilles mortes de ses pieds. La solitude d Aliocha se poursuit chez lui. Ses parents s’insultent sans discontinuer, ignorant sa présence. Tel un électrochoc, la mise en scène du cinéaste russe ébranle les spectateurs alors qu une porte claque, se refermant sur le couple qui crie, la camera révèle le visage en sanglots du jeune garçon tari dans la pénombre. L’expression des émotions est exacerbée tout au long du film dont la mise en scène, sobre, contenue, quasi organique, exacerbent les tensions entre les personnages.
Andrey Zvyagintsev peaufine la forme qui séduit par sa rigueur et sa luminosité qui mettent en valeur le marasme et le désespoir de la nouvelle classe moyenne russe, mue par l’envie, l’égoïsme, la cupidité, l’arrivisme, la rage.
S’inscrivant dans les pas des grands auteurs du cinéma contemporain, tels Ken Loach, Cristian Mungiu ou Nuri Bilge Ceylan, le film a séduit la presse. Reste à connaitre le verdict du public.
L’histoire d’amour entre Andrey Zvyagintsev et le Festival de Cannes est née en 2007 lorsqu’il présente Le Bannissement en Compétition, film qui a récompensé son acteur principal Konstantin Lavronenko d’un Prix d’Interprétation. De retour dans la plus prestigieuse des sections cannoises en 2014 avec Leviathan (après un passage par Un Certain Regard avec Elena en 2011), le réalisateur repart de la Croisette avec un Prix du Scénario. Avec Faute d’amour, Andrey Zvyagintsev part favori pour décrocher la fameuse Palme.

D’Andrey Zvyagintsev ; avec Maryana Spivak, Matvey Novikov, Marina Vasilyeva, Andris Keihs; Russie, France, Belgique, Allemagne; 2017; 127 minutes.

Firouz Pillet, Cannes

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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