Locarno 2021 Compétition internationale : Gerda de Natalya Kudryashova – L’enfermement de l’âme russe dans un monde prosaïque et brutal

L’actrice et réalisatrice russe Natalya Kudryashova offre avec son quatrième film une vision bien sombre de l’espace moderne russe qui ne laisse plus de place à l’épanouissement de l’âme. Dès la première scène, elle nous déconcerte : on y voit une voiture qui longe une forêt d’arbres longs et minces sans feuilles comme des conduits qui s’élèvent vers le ciel ; une femme, à côté de laquelle se trouve une petite fille, sort précipitamment de la voiture pour faire pipi à l’abri d’un tronc. La chose faite, un sentiment inquiétant semble la posséder ; elle se met à courir. Coupure dans l’espace-temps, nous nous retrouvons dans un club de strip-tease avec une jeune femme, Lera (Anastasiya Krasovskaya), dont le nom de scène est Gerda – comme celui du personnage principal du conte La Reine des neiges de Hans Christian Andersen. Le jour, Lera est une étudiante en sociologie somnolente. L’histoire de Gerda se joue constamment sur deux axes : le monde de la nuit et celui du jour, le prosaïque et la transcendance, le rêve et la réalité, la richesse et la pauvreté, la conscience et l’inconscience…
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FIFDH 2021 : le film d’Alina Gorlova, This Rain Will Never Stop, invite les spectateurs à un éprouvant périple entre guerre et paix

Le film plonge les spectateurs dans une atmosphère anxiogène dès la séquence d’ouverture qui agresse les yeux, faisant se succéder des photographies en noir et blanc colorisées qui défilent tels des éclairs. Puis la caméra d’Alina Gorlova balaie un paysage désolé.
Chapitre zéro : un village où il n’y pas âme qui vive. La caméra se rapproche d’une silhouette : un homme sexagénaire, assis sur les marches qui mènent à sa maison, s’allume une cigarette, caressant un chaton : « Tu vois, chaton ! On a survécu à cette journée. Tu survivras au Nouvel An ! » Au loin retentissent des aboiements. On comprend que ce village se trouve dans une région en guerre… La Crimée certainement vu que le vieil homme s’exprime en ukrainien. Puis la caméra d’Alina Gorlova entraîne les spectateurs dans un périple poignant et visuellement hypnotique à travers le cycle perpétuel de guerre et de paix, un cycle que l’humanité traverse depuis des millénaires.
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Scandale tripartite autour d’une icône ukrainienne

Pendant une visite en Bosnie-Herzégovine en décembre dernier où il fut d’abord reçu par le leader des Serbes, l’orthodoxe Milorad Dodik, le ministre russe des Affaires étrangères est devenu propriétaire d’une très ancienne icône dorée.
L’ambassade d’Ukraine a demandé immédiatement des explications à la ministre des Affaires étrangères, la bosno-croate Bisera Turkovic qui s’est dite prête à collaborer étroitement avec eux et découvrir la vérité sur l’origine du précieux cadeau. En voyant le sceau au dos de l’icône, les membres de l’ambassade ont compris qu’il s’agit d’une valeur ukrainienne de la région de Lougansk, vieille de 300 ans, faisant partie de l’ héritage culturel et historique du pays.
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Berlinale 2020 – Compétition: DAU-Natasha – Jouer à la bouteille du totalitarisme

De toutes les décisions prises par le nouveau directeur Carlo Chatrian, nulle n’est aussi sujette à la controverse que celle de mettre DAU.Natasha, premier long-métrage tiré du controversé projet DAU, dans la Compétition de cette 70e Berlinale. La première du film, au septième jour de la Berlinale, a laissé beaucoup de spectateur choqués non seulement par les scènes sexuelles (terriblement explicites et non simulées), mais surtout par un viol au cours d’une scène d’interrogatoire conduite par un ancien agent du KGB.

Rappelons le projet : en 2007 DAU débuta comme ce que Khrzhanovskiy appelle “un film d’art et d’essai normal et compliqué”, racontant l’histoire du prix Nobel de physique russe Lev Landau (1908-1968), qui étudia sous la direction du physicien danois Niels Bohr. 
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Cannes 2019 : « Once in Trubchevsk » (Il était une fois à l’Est), de Larisa Sadilova, plonge le public dans une histoire d’amour passionnée au coeur de  la Russie rurale

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Installée dans la campagne russe contemporaine, Larisa Sadilova pose un tendre regard  et bienveillant sur ses personnages de Once in Trubchevsk, un film qui lui a été inspiré par des personnes qu’elle côtoyait :

Je connaissais un vrai couple d’amoureux qui avait une seule opportunité de se retrouver : pour la saisir, ils ont grimpé dans un camion de Bryansk à Moscou aller-retour. Cette histoire romantique m’a marquée !

Larissa Sadilova brosse ici le portrait d’une relation extra-conjugale en pleine campagne russe verdoyante ou balayée par une forte neige, selon les saisons traversées.
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Cannes 2019 : le deuxième long métrage, Dylda (Beanpole), du Russe Kantemir Balagov plonge les spectateurs dans le chaos de Leningrad en 1945

Le film Dylda (qui veut dire girafe en russe, d’où peut-être l’étrange titre en français: Une grande fille) du Russe Kantemir Balagov, film présenté dans la section Un Certain Regard au Festival de Cannes 2019, propose im film en costumes à la forme très classique.
Fin 1945 : la Deuxième Guerre mondiale a ravagé Léningrad parmi tant d’autres lieux. Au sein de ces ruines, deux jeunes femmes, Iya (Viktoria Miroshnichenko)  et Masha (Vasilisa Perelygina), tentent de se reconstruire et de donner un sens à leur vie. Iya vit avec un petit garçon, Pashka (Timofey Glazkov), que tout le monde croit être le sien. Elle travaille comme infirmière dans un hospice qui soigne les soldats blessés au front. Parfois, Iya se fige, semble déconnectée du monde qui l’entoure malgré les appels de ses collègues et se met soudain à haleter. Puis elle revient à elle. Ces maux la prennent sana crier gare au travail comme avec Pashka et un jour, dans une étreinte étouffante, le drame survient.
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24e édition du Jüdisches Filmfestival Berlin & Brandenburg du 26 juin au 5 juillet 2018: No Fake Jews !

Pour sa 24e édition, le Jüdisches Filmfestival Berlin & Brandenburg (JFBB) a mis les petits plats dans les grands, avec un programme varié et touchant toutes sortes de publics: des films d’auteurs, certains avec des récompenses et d’autres des stars à l’international, des documentaires, des films essais et/ou expérimentaux et même l’occasion de voir la dernière série qui a fait fureur en Israël, Your Honor de Ron Ninio et dont le remake étasunien est déjà programmé.
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De nombreuses thématiques et esthétiques – Focus sur 12 films du programme

Cette année, 42 films au programme, 16 d’entre eux (ceux qui proviennent d’Israël) concourent pour le Gershon-Klein-Filmpreis décerné par un jury international, avec un grand nombre de Premières ou de films qui viennent tout juste de sortir en Europe, de nombreux invités et autant de discussions. Comme pour de nombreux festivals dont nous avons parlé cette année, un des sujets centraux est celui « de la femme » et singulièrement des « femmes fortes », tant comme personnages de films, protagonistes ou cinéastes.
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Cannes 2018 : « Leto », de Kirill Serebrennikov, rend un vibrant hommage au rock russe qui brave la censure soviétique

Cannes milite avec le mouvement de solidarité pour le cinéaste Kirill Serebrennikov, réalisateur de L’Eté (Leto), actuellement en résidence surveillée dans son propre pays, la Russie.

Leningrad, en plein été du début des années 80 : de jeunes gens fuient un immeuble en se faufilant par une fenêtre. Rapidement, on comprend, en voyant le directeur des lieux donner des ordres, qu’il s’agit d’une salle de spectacles, ou plutôt d’un théâtre dans lequel des artistes de la scène rock se produisent. Mais les spectateurs comprennent aussi que l’ère n’est pas à la rigolade : rien à voir avec les concerts déjantés et psychédéliques auxquels ont droit les spectateurs occidentaux. Sous le gouvernement de Leonid Brejnev, en amont de la perestroïka, les disques de Lou Reed et de David Bowie s’échangent en contrebande, et une scène rock émerge.
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Berlinale 2018 – compétition jour #3: Dovlatov / Transit / Eva

Belle journée de compétition en ce 3e jour, avec deux films potentiellement oursérisables et le troisième, Eva de Benoît Jacquot, d’une indigence crasse, ne servant qu’à la décoration du tapis rouge avec Isabelle Huppert.
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La Charte la plus ancienne de Bosnie-Herzégovine fête ses 828 ans

Rédigé à l’été 1189 en vieux bosnien, Bosancica, par le souverain de Bosnie-Herzégovine, Kulin- ban, ce document diplomatique d’une page envoyé au prince de Dubrovnik, Krvas et aux autres citadins de cette ville dalmate indépendante, est le plus vieux document des pays slaves de l’Europe du sud-est.
D’une valeur inestimable La Charte existe en trois exemplaires : deux se trouvent dans les archives de Dubrovnik et le troisième à Saint-Petersbourg. En comparant ces trois documents, les experts ont supposé qu’un seul est l’original, sans pour autant se mettre d’accord sur lequel!
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