Cannes 2017: compétition – Okja de Bong Joon Ho (et de Netflix)

Jeudi 18 mai, lors de la présentation de son film Todo sobre mi madre dans le cadre de la section Cannes Classics, Pedro Almodovar a souligné la nécessité impérative pour le film Okja de sortir en salle puisqu’il concourait en section officielle pour la course à la Palme d’Or.

“À la fin, les salles de cinéma et les plateformes de streaming co-existeront”, a assuré le réalisateur sud-coréen Bong Joon Ho lors d’une conférence de presse accordée ce lundi à Séoul avec Netflix. Il a par ailleurs annoncé la sortie de son film Okja dans trois territoires. Le cinéaste coréen Bong Joon Ho a répondu aux questions des journalistes et commenté ses précédentes venues à Cannes avec The Host et l’éblouissant Mother. Son film d’aventure Okja est présenté en compétition ce vendredi 19 mai.

Okja de Bong Joon-Ho

Le premier film de Netflix au concours de Cannes, Okja, est porté par la star coréenne Ahn Seo-hyun incarnant une fille qui cherche à sauver son meilleur ami, un animal massif appelé Okja, propriété d’une société multinationale basée aux États-Unis.

Également interprété par Ahn Seo-hyun et Byun Hee-bong, le film sera mis en ligne dans 190 pays le 28 juin mais aussi au cinéma le 29 juin en Corée du Sud. Le film a nourri la polémique depuis de nombreuses semaine avant sa présentation cannoise et lors de la présentation à la presse lors de la séance de 8h30, des huées et des cris ont accompagné le premier quart d’heure de projection. Les lumières se sont rallumées, le rideau s’est fermé et après une courte interruption la projection a repris avec une nouveau format d’écran. On ne saura jamais si les cris de mécontentement étaient censés dénoncer le financement via Netflix de ce film ou si ils voulaient souligner le mauvais format. La résultante restait la même et laissait songer à une tentative de sabotage du film.

Pourtant, Okja a été une heureuse surprise, laissant découvrir une harmonieuse symbiose entre le film en images réelles et film d’animation, Okja est un cochon génétiquement modifié. Le film dévoile une réflexion sur le traitement fait aux animaux par l’industrie agroalimentaire, le développement environnemental, la cupidité des multinationales qui distillent un discours pernicieux pour endormir les consommateurs  La photographie, lumineuse,  qui sublime les paysages bucoliques dans lesquels Okja a grandi et intensifie la noirceur menaçante de la ville, que ce soit Séoul ou New York, est signée Darius Khondji. Rappelons que Darius Khondji est un directeur de photographie très sollicité qui a travaillé sur The lost City of Z, The immigrant, Magic in the moonlight, Amour, pour ne citer que les films récents.

Quelques questions à Bong Joon Ho lors de la conférence de presse :

Quelle fut la genèse de votre film Okja ?

Pendant que je conduisais à Séoul, l’image d’un animal m’est apparu. Sous un passage supérieur, j’ai vu cet animal avec un énorme corps qui semblait innocent, introverti et pathétique. J’ai essayé de comprendre pourquoi il serait tellement triste et c’est comme ça que j’ai trouvé cette histoire.
J’ai partagé l’idée avec deux producteurs, Lewis Taewan Kim et Woo Sik Seo. Je leur ai donné un résumé avec le titre d’Okja. C’est quand je me préparais à xontacter Snowpiercer que DooHo Choi, qui était un producteur de Snowpiercer, s’est joint à nous. Nous concevions Okja, en sélectionnant les sociétés FX et CGI et les acteurs de casting lorsque Plan B et Netflix sont venus à bord.

Quand et où l’avez-vous tourné?

Nous avons commencé à tourner en avril dernier dans les montagnes en Corée, puis à Séoul, puis nous avons tourné les autres 40%, les scènes de New York, aux États-Unis et au Canada. Pendant quatre mois d’avril à août, nous avons eu 77 jours de tournage.

Quels sont vos souvenirs les plus forts de ce tournage?

Il faisait tellement chaud à New York. Je pensais que nous serions tous  morts au milieu de Manhattan. En susde cela, je devais m’attaquer à moi-même et diriger des centaines d’extras. D’autre part, un bon souvenir de ce film est d’avoir tourné dans les montagnes de la province de Kangwon en juillet. J’ai séjourné dans une tente avec mon directeur adjoint pendant quatre jours et trois nuits. Faisant du Camping, regardant les étoiles et écoutant les insectes bourdonner, les oiseaux chanter. Je pensais que je devenais une partie de la nature, comme Okja. Bien sûr, il était difficile de monter dans les montagnes et de déplacer l’équipement, mais les acteurs, l’équipage et le directeur sont tous des gens qui travaillent fort, donc c’était dur et agréable en même temps.

Que pensez-vous de la présence croissante de Netflix et Amazon dans les festivals?

Il existe toujours beaucoup de controverse sur les méthodes de distribution. En tant que créateur, je souhaite la bienvenue à Netflix. Ils semblent travailler avec des réalisateurs aventureux et raconter des histoires audacieuses. Ils rencontrent des défis où des studios plus anciens et plus conservateurs font des choix plus stables.

Pensez-vous que la vie des salles de cinéma soit menacée?

Les salles de cinéma ne disparaîtront jamais. J’ai assuré que mon film sortirait en salles de théâtre aux États-Unis, en Corée et au Royaume-Uni avec Netflix dès le début.

Quelle est votre souvenir favori de Cannes?

En 2011, lorsque je suis allé au jury Cannes de la Caméra d’Or, j’ai rencontré Tilda et j’ai parlé avec Snowpiercer. Aussi, avec Mother [en 2009], j’ai marché sur le tapis rouge avec Kim Hye-ja. Ce souvenir me  vient à l’esprit.

Firouz Pillet, Cannes

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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