Cannes 2018 : Le dernier film de Wim Wenders, « Pope Francis, A Man of His Word » (Le Pape François, un homme de parole) révèle un pape qui a su rester humble et proche des fidèles

Présenté en séance spéciale au Festival de Cannes 2018 dans la petite Salle Bunuel, au dernier étage du Palais des festivals, le dernier film de Wim Wenders a suscité beaucoup d’émotions, révélant un portrait intime et abondamment documenté du Pape François.

Le 13 mars 2013, le Cardinal de Buenos Aires, Jorge Mario Bergoglio, devient le deux-cent-soixante-sixième Souverain Pontife de l’Église Catholique. C’est le premier Pape originaire d’Amérique du Sud, le premier jésuite nommé Évêque à Rome, mais avant tout le premier chef de l’Église à avoir choisi le prénom de François d’Assise (1181-1226), un des saints catholiques les plus révérés, qui avait dédié sa vie à soulager les pauvres en renonçant à reprendre le commerce paternel, un suant qui éprouvait un profond amour pour la nature et toutes les créatures de la Terre qu’il considérait comme la mère suprême.

— Wim Wenders & Le Pape François – Pope Francis, A Man of His Word (Le Pape François, un homme de parole)
Image courtoisie Festival de Cannes

Le film, s’avère être plus qu’une biographie ou un documentaire, un voyage intime et révélateur de l’univers du Pape François qui s’articule autour de ses idées et de son message à travers des entretiens réalisés au Vatican dont on devine les jardin derrière le Souverain Pontife. En toute humilité, le Pape répond aux questions du cinéaste sur des sujets très divers  tels l’écologie,les catastrophes naturelles et celles provoquées par les hommes, l’accès à l’éducation, le rôle des parents envers leurs enfants, la pédophilie au sein de l’Église catholique et présente son travail, aussi bien que les réformes et les réponses qu’il propose face à des questions aussi universelles que la mort, la justice sociale, l’immigration, , l’inégalité de revenus, le matérialisme, le rôle de la famille et l’écologie. Le Pape avait d’ailleurs anticipé en écrivant une encyclique sur l’environnement avant la Conférence de Paris de 2015 sur les changements climatiques; sa vélocité a suivre, voire a anticiper les politiciens, avait surpris tout le monde.

« Le Pape François: Un homme de parole » s’ouvre avec une vue sur Assise, en Ombrie, où un visionnaire nommé François a défié toute la chrétienté avec sa réappropriation radicale de l’Évangile: sa joyeuse interprétation des conseils évangéliques, son choix enthousiaste de la pauvreté et des pauvres comme des exclus, sa célébration du monde de la naturel, des animaux et des végétaux, glorifiant l’œuvre divine dans sa beauté et son effort de paix entre les chrétiens et les musulmans, y compris sa visite célèbre au sultan al-Kamil, tous les fondements de l’ordre franciscain sont rappelés dans le film de Wim Wenders.

Wim Wenders, dont la carrière éclectique a embrassé des films d’auteur, des documentaires, des vidéos musicales et des films de concert – on se souvient du magnifique documentaire consacré au Buena Vista social Club – aborde le sujet de son dernier documentaire depuis une perspective originale: la signification du choix du nom papal sans précédent dans les annales du Saint-Siège et les implications d’un tel choix pour un homme qui a su conserver une immense humilité, une modestie et qui s’affirme de jour en jour un homme de parole, des paroles proches des Chrétiens mais aussi de tout être humain. On assiste, par exemple, au discours que le Pape tient devant une assemblée de réfugiés qui sont parvenus à braver tant d’obstacles pour fuir la guerre, la famine et offrir une vie meilleure a leurs enfants.

Dans un périple planétaire qui suit le Pape en Bolivie auprès des communautés indiennes, aux Philippines auprès des villageois touchés par les terribles inondations, dans les favelas brésiliennes, dans un dispensaire pédiatrique en République centrafricaine,Wim Wenders se propose de tirer des parallèles entre le moine italien médiéval et le pape argentin du XXIe siècle, faisant entendre que leur appel commun partage un message que le monde a besoin d’entendre. Les Chrétiens comme les autres.

Pope Francis, A Man of His Word (Le Pape François, un homme de parole)
Image courtoisie Festival de Cannes

Ce film dévoile un homme qui se démarque de ses prédécesseurs par ses choix de simplicité vestimentaire et de vie, sa proximité avec les foules de fidèles qui l’accueillent avec générosité, chaleur et une joie communicative, même dans la plus grande misère. La voix off de Wenders évoque les catastrophes naturelles; le terrorisme et les armes de destruction massive; les menaces pour l’environnement et l’extinction des espèces. Dans ce contexte, les «réponses radicales» de ces deux hommes nommés François se détachent avec une urgence palpable.

Ni la vie ni la papauté de l’ancien Jorge Bergoglio ne sont le sujet de Wenders. Le pape François, même accueilli comme une rock star partout où il se rend, n’a pas besoin de célébrité et de glorification de la personne. Bien au contraire, le Pape François conserve toujours beaucoup d’auto-dérision, Ce qui lui importe, c’est de  se concentrer sur les thèmes caractéristiques de sa prédication et de son enseignement – en particulier ceux qui sont le plus accessibles aux êtres humains devenus trop pressés pour prendre le temps de se reposer, comme les trois religions monothéistes le stipulaient : le vendredi chez les Musulmans, le Shabbat chez les Juifs, le dimanche chez les Chrétiens des jours censés permettre aux êtres humains de se reposer et « aux parents de prendre le temps de jouer avec leurs enfants. »

Le film de Wenders montre un Pape empli d’humour. Quand il se rit de sa personne, célibataire sans enfant, qui ose donner des conseils aux familles, dévoilant une personnalité attachante qui touche la communauté des êtres humains en général. On aurait presque envie de se convertir à la fin du film tant la figure du Pape François est charismatique et ses idées universelles.

En une heure et demi, Wenders met en évidence les fondements franciscains des préoccupations du Pape avec des images évocatrices de l’époque de Saint-François : le plaidoyer de François pour les pauvres, les immigrants et les réfugiés; les périls du consumérisme et le problème de la distribution injuste de la richesse; l’intendance de l’environnement et une écologie intégrale; l’horreur de la guerre et du commerce international des armes; et l’importance de la compréhension et de la coexistence pacifique entre les religions du monde.

Un sujet qui semble a priori réservé à un public acquis aux idées du Pape Francois mais qui comporte une dimension universelle exceptionnelle.

Firouz E. Pillet, Cannes

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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