Cannes 2018 : Lee Chang-Dong enflamme la Croisette avec « Burning »

Lors d’une livraison, Jongsu, un jeune coursier, tombe par hasard sur Haemi, une jeune fille qui habitait auparavant son quartier, à la campagne. Elle lui demande de s’occuper de son chat pendant un voyage en Afrique. À son retour, Haemi lui présente Ben, un garçon mystérieux qu’elle a rencontré là-bas alors que le vol de retour à Séoul était annulé à cause d’un attentat à l’aéroport de Nairobi. Ben est un Séoulien riche dont la source de richesse est un mystère. Avant longtemps, Ben décide de partager son passe-temps secret avec Jong-soo.
Le trio d’interprètes – Yoo Ah-In, Steven Yeun, Jeon Jong-seo – offre des prestations remarquables, chacun dans un registre très différent de l’autre.

 

Huit ans après son drame Poetry qui avait fait sensation, Lee Chang-dong fait un retour très attendu à la compétition cannoise avec son sixième film « Burning , une adaptation de la nouvelle de Haruki Murakami, Barn Burning. Dense de symbolisme, ce tour de force s’enfonce dans l’ineffable en construisant progressivement une tension palpable, par touches subtiles, à travers un mystère qui commence à consumer son personnage principal. Yoo Ah-in et Steven Yeun offrent tous les deux leur meilleur travail, tandis que Jeon Jong-seo est une merveille en tant que fille qui se retrouve prise entre eux, dans une sorte de trio infernal.

Jong-soo (Yoo Ah-in) travaille à la journée alors qu’il rêve d’écrire son premier roman. Alors qu’il retourne dans la ferme de sa famille à Paju, après que son père a eu des problèmes avec la justice, il rencontre Haemi (Jeon Jong-seo) par hasard, une fille qu’il connaissait dans sa jeunesse. Jong-soo tombe amoureux de la voleuse et mystérieuse Haemi, qui, elle, semble restée détachée.

Lee reste fidèle à l’essence de son inspiration mais il explore également un ensemble de thèmes plus compliqués, dont certains sont uniquement liés au cadre coréen du film. La classe sociale reste un axe majeur de l’histoire mais son application ici est beaucoup plus forte, avec des espaces urbains et agricoles qui s’opposent et contrastent fortement les uns avec les autres. Le film suggère également que peu de gens de la société coréenne apprécient la vie des autres. Autour des amis de Ben, Haemi est plus un jouet qu’une amie, car elle sert de divertissement pour leur soirée sans que la jeune fille en ait conscience.

Ensuite, il y a la maison de Jong-soo, avec son drapeau sud-coréen sur un mât battant au vent, et sa proximité de la frontière nord-coréenne, où les haut-parleurs emplissent l’air avec de la propagande. Les perceptions négatives de la Chine glissent également dans un scénario qui semble remettre en question les hypocrisies qui entourent les questions d’identité nationale.

—  Jeon Jong-seo – Burning
© 2018Pinehousefilm

Le trio boit, bavarde et rigole en regardant le coucher de soleil, jusqu’à ce que Haemi exécute une danse d’une telle intensité émotionnelle que le gouffre qu’elle creuse entre les deux rivaux ne peut que s’accentuer quand elle va se coucher, laissant Ben et Jong-soo commencer à partager  des confidences qui demeurent hermétiques quant à certains secrets. Les tensions augmentent de manière palpable alors que la lueur du crépuscule donne une couleur orangée flamboyante, à l’image des incendies qui ponctuent le récit, au ciel. Haemi et Ben s’éloigne dans sa Porsche, inondant le visage de Jong-soo, éclairé par la lueur cramoisie des feux arrière de la voiture.

Cette séquence extraordinaire est la symbiose de trois grandes performances, mises en valeur par l’écriture magistrale de Lee,  ainsi que l’utilisation frappante des couleurs, grâce au remarquable travail du directeur de la photographie Hong Kyung-pyo, déjà une légende pour son travail sur Mother et Snowpiercer de Bong Joon-ho et The Wailing de Na Hong-jin. Bref, quand de grands talents sont réunis, le résultat est remarquable et la contribution de Hong à Burning au film de Lee confirme la magnificence du résultat.

De retour à Cannes un an après son apparition dans Okja de Bong Joon-ho, Steven Yeun, ancien élève de The Walking Dead, est parfait pour incarner l’arrogant Ben, qui joue joyeusement avec les gens autour de lui.

Firouz E. Pillet, Cannes

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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