Cannes 2022 : Le Grand Prix, ex aequo avec Close de Lukas Dhont, est attribué à Stars at Noon, de Claire Denis

Une jeune journaliste américaine, Trish (Margaret Qualley), en détresse, bloquée sans argent et sans passeport dans le Nicaragua d’aujourd’hui en pleine période électorale, rencontre dans un bar d’hôtel un voyageur anglais, Daniel (Joe Alwyn). Il lui semble être l’homme rêvé pour l’aider à fuir le pays. Trish commet quelques imprudences, perd pied et réalise trop tard qu’au contraire, elle entre à ses côtés dans un monde plus trouble, plus dangereux.

Stars at Noon de Claire Denis
Image courtoisie Festival de Cannes

L’action se situe de nos jours, au Nicaragua. L’héroïne laisse échapper un air de déjà-vu, rappelant la jeune Isabelle Adjani sexy et au teint hâlé dans L’Été meurtrier (1983). Mais les spectateurs qui se pencheront sur sa biographie réaliseront qu’il s’agit de la fille d’Andie MacDowell, dont elle a hérité du regard bleu métallique. Avec Stars at Noon, Claire Denis entraîne son public dans un film d’aventures exotique où il suit les péripéties administratives et les aventures sexuelles d’une jeune Américaine qui se dit journaliste mais qui ne fait aucun reportage et qui est d’ailleurs congédiée, par Skype, par son employeur (John C. Reilly).

Trish semble condamnée à rester au Nicaragua où, pour gagner quelques sous, elle vend ses charmes à un séduisant policier, à un vieux politicien sénile, à un jeune Britannique sont elle aura tôt fait de tomber amoureuse. La chimie entre Trish et Daniel fonctionne pour maintenir à flot le récit mais ne restera pas gravée dans les annales des romances du cinéma. Contre vents et marées, mais surtout contre le machisme ambiant, la jeune femme se bat, se rebelle, figée au centre de l’action que les hommes paraissent encore dominer traditionnellement. Mais détrompez-vous ! Avec Claire Denis, Trish donne ton, faisant marcher à la baguette tous les hommes qu’elle rencontre même quand elle est livrée à elle-même, paumée, paniquée ou ivre morte (elle boit beaucoup d’alcools forts).

Claire Denis maintient le contrôle sur ses comédiens qui livrent une prestation acceptable, sans plus. On s’interroge sur les tics faciaux de Trish, un langage non verbal qui renseigne plus que le flot discontinu de paroles dénuées d’émotions qu’elle vomit dans une logorrhée assommante qui finit par lasser.
Le seul élément convaincant du film est l’atmosphère de torpeur et de moiteur du lieu qui semble engloutir progressivement Trish, cible du cynisme et de l’hypocrisie des représentants de l’ordre du pays. Espérant, en vain, une fuite vers le Costa Rica, Trish semble à la fois futée mais aussi naïve, livrant ses espoirs au premier venu.

Claire Denis opte pour l’atmosphère, mise en avant en la muant en un protagoniste à part entière. Cinéaste charnelle, Claire Denis met l’accent sur les corps, sur leurs rencontres, sur le sexe plus que sur les mots, négligeant la narration qui reste succincte. Stars at Noon reste toujours visible mais ne capte, malheureusement, pas l’attention. De nombreux spectateurs ont quitté la salle au bout d’une heure de projection alors qu’il restait encore une heure et quart de film.

Dans la chaleur tropicale qui suffoque, on retiendra l’intimité des corps, très sexués et savamment orchestrés par Claire Denis. La cinéaste française tente une incursion peu convaincante dans le triller d’aventures à la mode dans les années quatre-vingts. En effet, Claire Denis semble vouloir faire revivre un genre qu’affectionnait Hollywood il y a quatre décennies : le cinéma d’aventures exotiques. On songe inévitablement à L’Année de tous les dangers (1982), Salvador (1986).

Claire Denis n’a eu droit qu’à une seule séance destinée à la presse, contrairement aux autres films de la compétition qui ont trois à trois ou quatre projections dans diverses salles. Les journalistes se demandaient pourquoi un tel choix de programmation… Une fois le film vu, ils ont eu la réponse à leur question. Ce qui n’a pas empêché le jury de lui décerner le Grand Prix !

Firouz E. Pillet, Cannes

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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