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Cannes 2024 : présenté dans la Quinzaine des cinéastes, le film East of Noon de la réalisatrice égyptienne Hala Elkoussy, capture l’angoisse de la jeunesse sous un régime autocratique

East Of Noon offre une fantaisie allégorique tout en livrant un film somptueux, involontairement optimiste, et un plaidoyer en faveur de la liberté.

East Of Noon de Hala Elkoussy
Image courtoisie Quinzaine des Cinéastes

Née en 1974 en Égypte, Hala Elkoussy est diplômée du Goldsmiths College de Londres en 2001. En 2004, elle a cofondé le Contemporary Image Collective (CiC), une initiative d’artistes dédiée à l’image visuelle, basée au Caire. En 2006, elle effectue une résidence de deux ans à la Rijksakademie van Beeldende Kunsten à Amsterdam et en 2010, elle remporte l’Abraaj Capital Art Prize. En 2013, Hala Elkoussy publie son premier livre, un journal photographique sur la vie urbaine après la révolution égyptienne. Cactus Flower (2017) est son premier long métrage. Elkoussy vit et travaille au Caire et à Amsterdam.

Dans East of Noon, son nouveau film sélectionné à la Quinzaine des Cinéastes 2024, Hala Elkoussy conte l’histoire d’Abdo, un musicien qui se rebelle contre ses aînés, cherchant la liberté à travers son art dans un monde confiné, hors du temps. Dans un village lointain entouré de sable, Galala (Menha Batraoui) raconte l’histoire d’un peuple effrayé dont l’imagination lui a échappé. Elle prend soin de son petit-fils, Abdo (Omar Rozek), ce jeune musicien en herbe à qui elle conseille de s’accrocher à ses rêves de s’échapper, de ce nul part sablonneux et d’envisager une vie meilleure et luxuriante au bord de la mer. La petite amie d’Abdo, Nunna (Fayza Shama), pourrait être enceinte, une situation qui les forcera soit à fuir, soit à subir une tragédie sous les étranges diktats de leur dirigeant, Shawky (Ahmed Kamal), ou « Showman Shawky » comme on l’appelle désormais, qui contraint ses sujets à se plier à sa volonté en utilisant des billets de loterie et des morceaux de sucre comme monnaie.

Avec East of Noon, Hala Elkoussy nous entraîne dans un conte populaire qui oscille entre Les Mille et Une Nuits et Ubu roi, dont on perçoit les clins d’exil tout au long du récit et où de merveilleux jeunes gens tentent de survivre à l’autocratie d’un tyran infantile. Ce deuxième long métrage de Hala Elkoussy, détonne par sa forme hurluberlue, insolite et saugrenue au sein du cinéma africain et arabe et rappelle les classiques des années 60-70.

Dans ce décor, hors d’une époque ou d’un lieu précis, qui sert de toile de fond à l’ingénieux récit, East of Noon semble s’imposer comme une satire des rouages d’une autocratie en difficulté et de sa vulnérabilité inhérente face à la vision déchaînée de la jeunesse d’un monde meilleur. Il évoque un mélange d’éléments mélodramatiques, comme le groupe de rock américain Head East ou A l’est d’Eden (1955) d’Elia Kazan. Hale Elkhoussy joue essentiellement et harmonieusement avec des éléments passés du cinéma comme une allégorie avec ce conte de fées délicat en noir et blanc sur un monde cauchemardesque quelque part au Moyen-Orient.

Il faut un certain temps pour s’orienter dans cet univers, on s’immerge progressivement et on finit par savourer les messages qui émanent de ce film, des déclarations puissantes sur ce qui constitue le moyen le plus profond de survivre à une autocratie : en restant dévoué à l’imagination et au processus créatif.

Firouz E. Pillet, Cannes

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée/based Genève)

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