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Cannes 2024 : présenté en sélection Un Certain Regard, Le Procès du chien, de Lætitia Dosch, mélange harmonieusement loufoquerie et réflexions sur notre société

La comédienne pétillante, hyperactive, franco-suisse passe derrière la caméra avec une comédie et interprète un personnage à son image.

— Kodi Palme Dog 2024 pour Le Procès du chien de Lætitia Dosch
Image courtoisie Festival de Cannes

Avril (Lætitia Dosch), avocate abonnée aux causes perdues, s’est fait une promesse : sa prochaine affaire, elle la gagne ! Mais lorsque le propriétaire malvoyant, Dariuch Michovski (François Damiens), client aussi désespéré que sa cause, lui demande de défendre son fidèle compagnon Cosmos (Kodi), les convictions d’Avril reprennent le dessus. Il faut dire que Dariuch argumente que Cosmos lui a sauvé la vie quand il avait des idées noires. Commence alors un procès aussi inattendu qu’agité : le procès du chien.

Cette fois-ci, l’enjeu est grave : son client, le chien, a mordu au visage Lorene Furtado (Anabela Moreira), une femme de ménage récemment arrivée du Portugal, qui voulait le caresser alors que le canidé mangeait. Kodi a-t-il attaqué pour se défendre ? La dame victime de la morsure et qui est désormais défigurée, peut-elle obtenir réparation ? Mais, comme le démontre Avril en s’approchant de lui et en lui touchant le visage, elle a outrepassé l’espace vital de l’animal. Avril poursuit : animal comme humain, on n’apprécie guère s’être touché sans notre consentement. Il faut reconnaître qu’au fil des scènes, Kodi alias Cosmos sait nous attendrir et nous rallier à sa cause. Comme le griffon a mordu plusieurs personnes, il devrait normalement être « endormi », terme qui essaie d’atténuer la réalité de l’euthanasie qui pèse sur ses épaules telle une épée de Damoclès.

Pour élaborer son récit, Lætitia Dosch puise dans un fait divers réel, mais aussi sur le roman de Romain Gary Chien blanc. Elle réussit un harmonieux mélange de comédie satirique avec une observation sérieuse de diverses questions sociologiques et politiques. Ici se pose une question éthique cruciale : faut-il considérer les animaux comme des êtres justiciables ordinaires plutôt comme des objets bons à être dominés. Telle est la question et Le Procès du chien y répondra.

Cette jeune avocate spécialisée dans la défense des animaux est prête à tout pour sauver de la peine capitale son client récidiviste. D’autant plus qu’elle est sujette aux railleries de son collègue Jérôme (Pierre Deladonchamps) qui la dénigre et la prend pour confidente de ses frasques sexuelles, en particulier quand il a besoin de se confier sur ses pratiques sadomasochistes. Entre croyance en la justice et difficultés grandissantes à supporter le mépris des humains pour les animaux, c’est ce chien qui va aider Avril à accepter sa complexité humaine. Mais devant les coups bas que l’avocate Bruckenheimer sert, le juge (Mathieu Demy) en perd son latin. De nombreux experts sont appelés à la barre pour donner leur avis plus ou moins rocambolesques sur la situation, y compris un comportementaliste canin, Marc (Jean-Pascal Zadi) qui démontre que Cosmos est innocent.

Avril doit affronter la redoutable et redouté Roseline Bruckenheimer (Anne Dorval), une avocate qui sait rallier juges et témoins à sa cause en les comparant à des situations de la société. Durant les plaidoyers, au-delà des aspects comiques, se profilent diverses réflexions sur les maux de notre société, entre violences faites aux femmes et maltraitance animale.

La comédienne, découverte dans le premier long métrage de Justine Triet, La Bataille de Solférino (2013), passe avec brio derrière la caméra pour ce premier film tourné à Lausanne, Vevey et Gimel. D’apparence légère et fantaisiste, Le Procès du chien se révèle une fable moderne qui aborde qui invite des thématiques contemporaines sérieuses.

La Palme Dog récompense le chien qui a le plus de mordant au Festival de Cannes. Cet award kitsch est devenu célèbre, surtout après le couronnement de Messi, star de Anatomie d’une chute, Palme d’or l’an dernier.

Ce vendredi 24 mai à Cannes, la Palme Dog a sacré Kodi, l’incroyable interprète du long-métrage de Laetitia Dosch.
Auparavant, ce charmant griffon croisé vivait dans les rues de Narbonne, puis dans un refuge, Depuis, il a été déjà été vu dans la série Et la Montagne fleurira. Âgé de neuf ans, il distille une joie de vivre et affiche une bonhommie joyeuse. Sur sa fiche d’acteur, le canidé y est décrit comme « jovial et très expressif ».

La sortie du film est prévue au mois de septembre 2024 en Suisse.

Firouz E. Pillet, Cannes

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Firouz Pillet

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