Exposition à l’UNIGE du 14 octobre au 29 novembre – «Figures de l’ombre. Histoires genevoises»

Au XIXe siècle, les autorités genevoises se penchent sur la prise en charge d’individus dont les comportements défient les normes en vigueur. Placés jusque-là sous la responsabilité de l’Hôpital général, ils sont désormais du ressort d’institutions distinctes, telles que la Prison pénitentiaire, l’Asile d’aliénés ou encore l’Hospice général. Détenu-e-s, indigent-e-s, aliéné-e-s, mais qui sont ces figures de l’ombre?

Récits d’individus genevois oubliés par l’histoire

Réalisée dans le cadre d’une recherche doctorale, l’exposition Figures de l’ombre est organisée par Federico Dotti et l’équipe de didactique de l’histoire et de la citoyenneté de l’Université de Genève (UNIGE). Elle propose une réflexion sur les limites de l’acceptation face à l’altérité et sur les mécanismes mis en place au XIXe siècle qui trouvent encore leur écho aujourd’hui. Au cœur de documents d’archives, de lettres et de petits billets conservés, deux récits se côtoient et se superposent: l’un qui se veut objectif, celui des expertises et des procédures; et l’autre plus subjectif, qui émane des personnes concernées, donnant la parole aux individus marginaux qui ne sont que très rarement les protagonistes de la narration historique. Dans ces lieux de l’ombre, des existences qui auraient pu être destinées à l’oubli prennent vie dans les traces contenues dans des dossiers que directeurs d’établissements et autorités ont laissés derrière eux. Les lettres et les petits billets qui ont été conservés témoignent des conditions de vie, des relations sociales, des difficultés du quotidien, mais aussi des marges de manœuvre de ces hommes et femmes dans leur existence.

La scénographie de l’exposition s’inspire du panoptique de Bentham, un des symboles de la société de surveillance du XIXe siècle, dont la prison pénitentiaire de Genève, ouverte en 1825, a été un exemple architectural. Cet agencement de l’espace permet à un préposé à l’autorité de surveiller, depuis un endroit central, tout ce qui se passe dans les espaces alentours, à l’insu des personnes concernées par cette surveillance. Les passages entre les espaces thématiques suggèrent que ces catégories n’étaient pas, et ne sont toujours pas, si cloisonnées.

Au XIXe siècle, les autorités de Genève s’engagent dans la spécialisation de la prise en charge d’individus dont les comportements défient les normes en vigueur. Placés jusque-là sous la responsabilité de l’Hôpital général, ils seront désormais du ressort d’institutions distinctes, telles que la prison pénitentiaire, l’asile d’aliénés ou encore l’Hospice général.

Les discours et les pratiques qui accompagnent ce changement rendent compte des limites de la tolérance face à la différence à cette époque. Hier comme aujourd’hui, c’est toute l’organisation sociale qui se révèle dans ses marges et dans sa maîtrise de l’altérité, par une délimitation qui est en constant déplacement.

Du 14 octobre au 29 novembre, du lundi au vendredi, de 7h30 à 19h
Salle d’exposition de l’UNIGE, Uni Carl Vogt (66 bd Carl-Vogt)
Vernissage mardi 15 octobre à 18h ; Visites guidées jeudi 17 octobre à 18h et mardi 22 octobre à 12h30

Ovô Mah Ltin

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