Festival International de Films de Femmes de Paris: Sois belle et tais-toi!

Le Festival de Films de Femmes est né à Sceaux à la fin des  années 1970. Sa raison d’être fut la défense de l’accès des femmes aux métiers du cinéma et de l’audiovisuel. L’évènement a longtemps été un défi très risqué mais aussi une vraie quête vers l’identité artistique au féminin. Pour fêter son septième anniversaire, il a déménagé à Créteil ou il s’est fait un nom et une importante réputation. Il à fêté ses 40 ans!

Actuellement, après quatre décennies d’existence, la manifestation a acquis une énorme notoriété et peut se permettre de recevoir de prestigieuses réalisatrices des quatre coins du monde. D’abord l’Allemande Maragarethe von Trotta en invitée d’honneur, la réalisatrice hongroise Marta Mészaros, l’Italienne Lonrenzza Mazzetti et enfin Agneszka Holland, la cinéaste polonaise la plus connue en occident. Le festival a rendu un hommage particulier à Mai Zetterling (1925-1994) venue en France présenter ses films en 1986.

— Mai Zetterling et Delphine Seyrig au FIFF 1986
Image courtoisie du FIFF Créteil

Lors de cette 40e édition qui a eu lieu du 9 au 18 mars 2018, la chorégraphe Karine Sapporta, toujours bien accueillis depuis sa participation à l’évènement depuis 1989, a exposé ses photos, et le célèbre film de Delphine Seyring a été présenté: c’est grâce à ce documentaire, Sois belle et tais-toi,sorti en 1976, que le monde a découvert que la célèbre l’actrice,  adulé partout, était aussi une excellente cinéaste. Ses interviews avec Jane Fonda, Jill Claiberg ou Juliet Berto sont aussi un hommage extraordinaire à Maria Schneider, actrice qui à 18 ans a dû affronter la féroce violence sexuelle en exerçant son métier, en face d’une star masculine, mondialement connue.
Jackie Bruet fondatrice et directrice de la manifestation durant quatre décennies, consciente que ses présentations cinématographiques sont désormais une vraie référence de progrès et de qualité raconte ses souvenirs du débuts de l’aventure :

Je me souviens de Ula Stockl,Helma Sanders Brhams, Maragarethe von Trotta, Jutta Bruckner, Urlike Offinger et tant d’autres réalisatrices allemandes venues pour la première édition en 1979.Une révélation pour la France qui ne connaissait du jeune cinéma allemand que Fassbinder, Wenders, Schlöndorff, Schroeter…

Et les Allemandes ont aussi participé à la réunion « Les filles, ennemies héréditaires » quelques années plus tard avec les Françaises : Agnès Varda, Coline Serrau, Jeanne Labrune, Charlotte Silvera, Pomme Mettre et Tony Marshall. L’Europe unie était en marche et elles ont contribué à la réconciliation. Il y a eu des contacts avec GosKino russe, derrière le rideau de fer et l’arrivée des films en bidon par la compagnie Aeroflot, pour montrer l’œuvre prolifique de Vera Chytlova et surtout des réalisations de Kira Mouratova, invitée d’honneur  pour sa rétrospective. Puis il y a eu la grande période américaine du cinéma expérimental et lesbien de Barbara Hammer, films de Rosie the Riveter…

Présence remarquée de l’Amérique du sud et de l’Europe du sud-est

Angela Davis a été la marraine de la section « Images de femmes noires » entourée des remarquables réalisatrices que sont Safy Faye ou Sarah Moldoror qui ont assisté à l’inoubliable débat public sur le lien entre racisme et sexisme. Également présentes, Agnès Varda et la toujours active cinéaste Marceline Loridan, malgré ses 90 printemps passées, l’emblématique compagne de Joris Ivens et fervente dénonciatrice des crimes d’Auschwitz et de la Shoah. Le festival a également reçu des stars comme Charlotte Rampling, Anna Karina, Juliette Binoche, Josiane Balasco de son vrai nom croate Balasevic, Carole Bouquet ou Dominique Blanc. Maria Felix est arrivée en Rolls sur la place Salvador Allende, entourée de musiciens mexicains.
Cette 40è édition a montré un témoignage exceptionnel Chroniques d’un festival, film produit avec le concours du Festival International de Films de Femmes de Créteil et Val de Marne, l’Institut National de l’Audiovisuel et de l’image animé. Deux cinéastes, Chriss Lag, aussi journaliste passionné par la représentation des femmes dans la société et Sophie Nogier, diplômée du Conservatoire Libre de Cinéma, ancienne scripte et monteuse, ont retracé quatre décennies d’histoire de la manifestation en revenant à ses origines, à ses enjeux et son importance grâce aux interviews et enregistrements des leçons de cinéma retrouvés dans de nombreux archives.

Parmi la soixantaine de réalisatrices, le jury a choisi Alexandra Latishev Salazar, née au Costa Rica de parents slaves. Son long métrage de fiction portant le titre symptomatique de Médéa suit durant une heure et 13 minutes Maria José, interprétée par l’excellente Liliana Biamonte, dans son déni de grossesse que tout le monde semble ignorer. Ce Grand Prix ainsi que celui du meilleur documentaire selon le public attribué à Lisette Orozco, réalisatrice chilienne  et auteure du fantastique documentaire sur le passé fasciste de sa tante, intitulé Le pacte d’Adriana (présenté à la Berlinale 2017 dans la section Panorama Dokumente, ndlr.) a réconcilié tous les goûts. L’Anglaise Deborah Haywood a obtenu le Prix du jury pour meilleure fiction en présentant son premier long métrage Pin Cushion. Le film avait été présenté à la Mostra de Venise dans la section de la Semaine de la Critique et au Festival International du Film indépendant de Bordeaux.

Cette année des cinéastes de l’Europe du sud ont fait une percée extraordinaire. La Slovène de Berlin, Hanna Slak a présenté son troisième long métrage titré Le mineur (Rudar), candidat pour l’Oscar et ovationnée à la Berlinale. Adaptation du livre Personne et rien de l’ingénieur bosnien Mahmedalija Alic, le film raconte son histoire d’adolescent perdu dans les mines slovènes et le sort d’un éternel immigré à qui on a refusé la nationalité pour une raison inconnue. L’homme a trouvé dans une mine nommé Huda Jama des cadavres ensevelis datant de la fin de deuxième guerre mondiale. Parmi les rares survivant de la région de Srebrenica, il a comparé ce crime envers ceux qui ont voulu fuir le communisme et les massacres subis par ses compatriotes bosniens. Le mineur, ignoré par tous, a rendu visible la tragédie de 3000 individus, dont personne ne réclamait les corps.

Le Mineur (Rudar) d’Hanna Slak
Image courtoisie du Slovenski filmski center

La Croate Hana Jusic a envoyé son long métrage Quit Staring At My Plate (Ne gledaj mi u pijat), primé par 25 prix dans plusieurs manifestations du cinéma international, qui décrit magistralement la difficile existence post conflictuelle en Dalmatie.
La Sarajevienne Masha Hilicisin, professeure de cinéma au Collège de Prague où elle vit depuis 2008, a projeté son excellent film expérimental Je ne t’ai jamais écrit une lettre maman. Avec des techniques mélangés, ne nommant pas les villes ni les territoires, la réalisatrice manifeste profondément contre les guerres, les violences et les précoces disparitions des êtres chers.

Djenana Mujadzic

Reprise du palmarès le samedi 14 avril à 19:00

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