FIFF 2019 : « Mon nom est clitoris », de Lisa Billuart Monet et Daphné Leblond, dévoile les arcanes de cet étrange organe du plaisir au Festival International du Film Francophone de Namur

Image signées Lisa Billuart Monet, accompagnée au son par Daphné Leblond, ce documentaire propose une immersion progressive, pudique mais salutaire dans l’antre du plaisir féminin, souvent occulté en occident pendant des siècles vu que le corps féminin était limité à la reproduction des héritiers …. Un plaisir féminin encore mutilé et dominé dans de nombreuses régions du monde.

 

Mon nom est clitoris invite à ce voyage dans une terre encore souvent méconnu, muselée par les carcans éducatifs, les tabous, les préjugés, le sentiment de culpabilité, la méconnaissance, voire l’ignorance autour de son corps.

Ainsi, ces jeunes femmes qui témoignes – l’une, aux formes opulentes, assise sur son lit, une seconde couchée dans son lit, la tête enfouie dans son oreiller, filmée en caméra plongeante, une troisième en tailleur … Bref, chacune se met à son aise pour se livrer avec de plus en plus de spontanéité et de détails.

Au début, la gêne est palpable mais se dissipe rapidement pour laisser jaillir un dialogue entre ces jeunes femmes autour de la sexualité, au fil des confidences, voire des confessions intimes.

Avec une liberté empreinte de franchise, un courage et un humour communicatifs, elles partagent leur expérience et leurs histoires, dans la volonté de changer le monde autour d’elles et de faire valoir le droit des femmes à une éducation sexuelle informée, délivrée des contraintes et des tabous. Elles s’écoutent, s’approuvent verbalement ou acquiescent de la tête mais s’enrichissent par leurs expériences comme elles enrichissent le public à travers ce verbe libérateur.

Mon nom est clitoris de Lisa Billuart Monet & Daphné Leblond
Image courtoisie Iota Production

Ces douze jeunes femmes de vingt à vingt-cinq ans racontent le parcours de leur sexualité depuis l’enfance. Des premiers émois avec le pommeau de douche ou la barre de gymnastique à la première fois, souvent vécue prématurément alors qu’elles n’étaient pas prêtes mais cédant devant l’insistance du petit ami, elles avouent aussi être aussi excitées par un porno mainstream que leur partenaire … Sauf les filles lesbiennes qui n’y trouvent guère leur compte car les films gays mettent toujours deux filles en plein ébat, surprises par un étalon bien membré qui vient les combler avec son membre viril en érection. Le constat est unanime : il n’existe aucune proposition satisfaisante de porno lesbien.

Dans leur chambre, face caméra, elles s’adressent aux deux réalisatrices en proie aux mêmes questions. Elles se rappellent les premières sensations, les explorations hasardeuses, parfois douloureuses mais toujours troublantes, les conversations soit maladroites soit trop frontales avec les parents – une jeune fille se remémore le cadeau de son père qui lui offre Le guide du zizi sexuel de Zep et qui la laisse interloquée devant les amoureux qui, après moult baisers et câlins, font des va-et-vient. « Je me suis demandé à quoi servaient ces mouvements et pourquoi l’homme ne restait au chaud chaud dans la femme. »

Contrairement à bien des générations précédentes, ces jeunes femmes avouent ne pas trop parler de sexualité pour ne pas passer pour une fille facile, voire une salope mais parvenant à bien en parler avec leur partenaire. Elles se remémorent les cours de biologie lors desquels on parle trompes de Falope, vagin et utérus mais pas du clitoris, l’unique organe destiné uniquement au plaisir.

Au fil des conversations, chacune d’elles se révèle, illustrant la multiplicité des plaisirs féminins et les chemins variés d’y parvenir.

Mentionnant les obstacles et les clichés qui persistent dans nos sociétés, elles soulignent que dans l’esprit des gens, si on est lesbienne, on reste vierge car on ne peut perdre sa virginité que par le truchement d’une bonne pénétration, comme lui fait comprendre la médecin qui la reçoit pour des mycoses. Une autre jeune femme, musulmane et féministe militante très engagée, s’indigne : «Si tu es musulmane, soit tu es vue comme coincée et frigide en niqab, soit tu es une beurette délurée qui ne respecte rien. Rien que d’être traitée de beurette, c’est raciste et sexiste. »

La résultante de ce documentaire captivant et libérateur est une évidence : libérer la parole afin de libérer le plaisir féminin sans tabou ni restrictions sociales, éducatives, religieuses et poursuivre la quête du Graal féminin, une sexualité épanouissante, libre, pleinement assumée et égalitaire.

Mon nom est clitoris rétablit des propos longtemps – trop longtemps – muselés, bafoués, punis, interdits et offre à ces jeunes femmes, et aux spectateur·rices un temps de réflexion sur les obstacles encore vivaces, des inégalités qui se sont érigées en règle de savoir-vivre et de bienséance pour les femmes qui n’ont droit qu’à procréer et donner du plaisir sans en recevoir.

A travers ces es entretiens dans l’intimité de filmés dans la chambre des intervenantes, le propos du film est de changer le monde du plaisir féminin et légitimer le droit des femmes à y accéder.

Un film libérateur, révolutionnaire sur le clitoris et le plaisir qu’il procure, un film jouissif !

Firouz E. Pillet, Namur

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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