Filmar 2018: Liquid Truth (Aos teus olhos) : plongée en eaux troubles des accusations via les réseaux sociaux

Rubens (Daniel de Oliveira) est un enseignant et entraîneur de natation toujours enthousiaste, jovial et chaleureux avec ses élèves, séduisant et beau gosse, charismatique et extraverti qui enseigne aux préadolescents dans un club. Ses élèves le lui rendent en lui manifestant leur affection. Rubens transmet sa passion et est à l’écoute des soucis de ses étudiants, en particulier le jour où Alex, l’un de ses élèves, n’obtient pas la première place sur le podium et se fait houspiller par son père qui espérait que son fils décroche la médaille d’or. Rubens s’éclipse avec Alex au vestiaire pour écouter les confidences du jeune garçon et le rassurer … Malheureusement pour Rubens, cet échange se déroule hors des caméras de surveillance.
Apprécié par tous pour sa manière espiègle et  originale d’enseigner, Rubens se retrouve du jour au lendemain la cible d’une accusation gravissime de la mère d’Alex (Luís Felipe Melo) après que ce dernier ait annoncé à sa mère que le professeur l’a embrassé dans le vestiaire. La mère de l’enfant crée un groupe de parents sur un réseau social et déclenche immédiatement une cabale contre le professeur de natation. S’affirmant innocent, Rubens est accusé par les parents de l’enfant et doit faire face à un véritable lynchage d’abord virtuel puis physique. La directrice du club sportif l’interroge sans prendre parti et précise même qu’à son époque, quand elle enseignait, le fait que les enseignantes se douchaient en même temps que les élèves dans le vestiaire était normal à l’époque mais serait condamné de nos jours.

 

Cependant, le jour où une enquête policière est menée au sein de son club, la directrice est dépassée par les proportions que prenne l’affaire. Rubens tient le coup grâce à sa relation passionnée avec son amie Sofia qui le soutient de manière inconditionnelle. Défendu tout d’abord, maladroitement, par Ana, la directrice du centre sportif, Rubens va devoir affronter la vindicte des parents entourés de gens qui vont le juger coupable quoiqu’il dise, sur la base des paroles d’un enfant qui s’est engouffré dans le conflit larvé entre ses parents. En l’absence de toute preuve formelle, Rubens est mis au pilori social, condamné par tous et jugé coupable d’office.

Grâce à un déroulement linéaire du récit épuré et limpide, dénué de tout artifice scénaristique, la cinéaste Carolina Jabor laisse les spectateurs plongés dans leurs doutes, en proie à de multiples tergiversations au sujet l’innocence ou de la culpabilité de Rubens durant tout le film : c’est au public qu’il incombe de se faire sa propre opinion, de douter, de se convaincre, de déceler et percevoir en filigrane les signes que la réalisatrice lui envoie, elle qui choisit de concentrer son attention sur quelques personnages-clés, histoire de semer le doute, de l’entretenir sont pour autant orienter l’opinion des spectateurs.

— Daniel de Oliveira – Liquid Truth (Aos teus olhos)
© trigon-film.org

De manière subtile, par touches ténues, la cinéaste parvient à faire plonger des spectateurs dans les eaux troubles de la délation à travers le spectre des réseaux sociaux et de leurs dérives. Lors de la projection de presse, au Cinélux, les opinions restaient partagées : certains journalistes accordaient une totale innocence à Rubens quand d’autres le croyaient coupable. Preuve de la maîtrise scénaristique de Carolina Jabor sur un sujet délicat et totalement contemporain.

Seul bémol par rapport à ce film très réussi : le choix du titre pour la distribution internationale, Liquid Truth, qui surprend par rapport au titre original, Aos teus olhos  (A tes yeux ) qui suggère toute la partialité et la multiplicité des opinions possibles face à la situation.

A souligner que même si son nom est encore méconnu en Europe, Carolina Jabor est une scénariste, productrice et cinéaste brésilienne qui affiche déjà une filmographie importante dans son pays avec les films O jogador, A mulher invisivel, Boa sorte, O mistério da samba ou encore Mandrake.

Firouz E. Pillet

Le film est projeté au Festival Filmar en América Latina et sort sur les écrans romands le 29 novembre 2018.

www.filmaramlat.ch

© j:mag Tous droits réservés

Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

Firouz Pillet has 237 posts and counting. See all posts by Firouz Pillet

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*