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Juliette au printemps de Blandine Lenoir – une jolie comédie douce-amère

Blandine Lenoir revient sur les écrans avec une comédie dramatique portée par une distribution qui épouse à la perfection chacun des caractères représentés. Après Zouzou (2014), Aurore (2017) et Annie Colère (2022), la réalisatrice française poursuit son exploration de l’univers féminin en adaptant ici le roman graphique de Camille Jourdy, également au scénario avec Maud Ameline, intitulé Juliette – Les fantômes reviennent au printemps (2016, Éditions Actes Sud BD).

— Jean-Pierre Darroussin, Noémie Lvovsky, Sophie Guillemin et Izïa Higelin – Juliette au printemps
©2024 Karé Productions, France 3 Cinéma, Auvergne Rhône Alpes Cinéma

Juliette (Izïa Higelin) a 35 ans, elle est illustratrice de livres pour enfants. Elle est dans un train qui la ramène dans le bourg où elle a grandi – son état intérieur légèrement désorienté se révèle immédiatement dans cette première scène dans laquelle elle cherche en vain son billet de train. Le second effet de cette scène d’ouverture est de nous mettre dans le ton du film, à la fois sérieux et réparateur, usant du comique de situation analeptique : le contrôleur du train, bienveillant (on rappelle que nous sommes en France où des témoignages quotidiens sur le comportement des contrôleurs, qui sont intéressés aux montants des amendes quand elles sont payées sur place, inondent les réseaux sociaux), recherche son nom dans le système, le trouve et lui souhaite une bonne continuation de voyage…

La jeune femme, déprimée, va se ressourcer loin de Paris, auprès de sa famille dont les membres ont tous des problèmes existentiels : un père (Jean-Pierre Darroussin ) un peu lunaire qui vit seul depuis son divorce, une sœur (Sophie Guillemin) qui jongle entre boulot, enfants, mari et amant, une mère artiste un peu fofolle (Noémie Lvovsky) souvent à côté de la plaque et une grand-mère qui perd la tête, mais on le verra, pas tant que cela, et qui a été placée dans un home. Autour de Juliette, ce petit monde va se retrouver et cristalliser les non-dits, les secrets de famille, et les souvenirs enfouis au plus profond de la psyché vont refaire surface. Un élément extérieur va permettre à Juliette de métaboliser toutes ses informations, Pollux (Salif Cissé, le prometteur comédien découvert par le grand public dans À L’abordage de Guillaume Brac en 2020) qui vit dans l’ancienne maison de la grand-mère dont il a été le locataire.

Chaque personnage, qu’il montre sa fragilité ou la cache, cherche sa voie entre son désir de vie et ses failles, mais reste bloqué dans les faux-semblants qui, au-delà des apparences, l’enferme dans la solitude et le silence. C’est ainsi que les malentendus, les incompréhensions, les aveuglements vis-à-vis des autres s’installent. Pas besoin de résoudre toutes les tensions pour retrouver un certain équilibre individuel et familial, juste un peu d’attention et de communication pour que les choses aillent mieux – c’est ce que Blandine Lenoir nous livre à travers la fine écriture de ses personnages et de leur histoire.

La comédie, qui plus est familiale, est un des genres les plus casse-cou à réaliser de manière équilibrée entre l’humour distillé, le fond thématique qui sous-tend l’histoire, le jeu des comédien·nes, le rythme insufflé dans la mise en scène et le montage. Si Blandine Lenoir ne convainc pas entièrement dans le flux narratif qui parfois perd en tension, elle parvient en revanche à parfaitement charpenter le récit entre sa dimension tragique et comique. Sa distribution est parfaite, chacun·e des commédien·nes incarnant avec un naturel déconcertant le caractère représenté dans sa complexité et les différentes couches qui forment sa personnalité, avec à sa tête Izïa Higelin qui semble habiter organiquement Juliette.

Une très jolie comédie qui laisse un sourire et une sensation de bien-être à la fin du générique – par les temps qui courent, un sentiment à ne pas bouder…

De Blandine Lenoir; avec Izïa Higelin, Jean-Pierre Darroussin, Sophie Guillemin, Noémie Lvovsky, Liliane Rovere, Eric Caravaca, Salif Cissé, Thomas de Pourquery; France; 2024; 96 minutes.

Malik Berkati

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