La Vie invisible d’Eurídice Gusmão

Rio de Janeiro, 1950. Eurídice, dix-huit ans, et Guida, vingt ans, sont deux sœurs inséparables qui vivent à la maison avec leurs parents conservateurs. Bien que plongé dans une vie traditionnelle, chacune nourrit un rêve: Eurídice de devenir un pianiste de renom, et prendre des cours au conservatoire de Vienne,  Guida de trouver le véritable amour.

— Carol Duarte et Julia Stockler – La vie invisible d’Eurídice Gusmão
© trigon-film.org

Dès la séquence d’ouverture, l’écorce d’un arbre en pleine forêt amazonienne (on le présume vu les bruissements et sifflements sonores de la faune tropicale) marque par la qualité de la photographie signée Hélène Louvart.

Dans un tour dramatique, elles sont séparées par leur père et contraintes de vivre séparées mais ne cessent de penser l’une à l’autre, s’envoyant des lettres qu’aucune des deux ne recevra jamais. Après moult rebondissements, elles prennent le contrôle de leurs destins séparés, sans jamais renoncer à l’espoir de se retrouver.

Lauréat du prix Un Certain Regard au Festival de Cannes 2019, le dernier long métrage de l’auteur brésilien prolifique Karim Aïnouz, qui se déroule au milieu du siècle à Rio de Janeiro, est un mélodrame tentaculaire sur la résilience féminine.

Basé sur le roman épnyme de Martha Batalha, La vie invisible d’Eurídice Gusmão est l’œuvre la plus accessible d’Aïnouz, même si elle conserve la sensualité sans entraves et la splendeur somptueuse qui rendent tous ses films uniques et audacieux.

— Carol Duarte et Julia Stockler – La vie invisible d’Eurídice Gusmão
© trigon-film.org

Le film se situe en 1950 et les efforts de reconstitution historique sont peaufinés dans les moindres détails. La prodige du piano classique Eurídice (Carol Duarte) rêve d’étudier au Conservatoire de Vienne. Sa sœur, Guida (Julia Stockler), est cependant la première des sœurs à arriver en Europe, bien que fugitivement: après s’être enfuie avec un marin grec, Guida retourne bientôt à Rio de Janeiro enceinte et seule, à l’insu d’Eurídice.
Séparées par un terrible mensonge paternel, les années passent alors que les deux sœurs se frayent un chemin dans l’agitation de leur ville, chacune se croyant à l’autre bout du monde.

Complétant les teintes séduisantes et saturées de la photographie d’Hélène Louvart (Lazzaro felice), la bande originale du film présente une partition émouvante de Benedikt Schiefer couplée à un duo de voix off poignant composé des missives mal adressées des sœurs. Culminant dans un camée émouvant de la candidate aux Oscars Fernanda Monténégro (Central do Brasil), l’épopée émouvante d’Aïnouz suit des chemins sinueux qui ne se croisent jamais et subissent les cruelles ironies du sort et des décisions imposées par les hommes : le père, le mari, le douanier …

La brebis galeuse se retrouve abandonnée et oubliée de sa famille biologique mais se reconstitue une famille de coeur tandis que la fille ostensiblement bonne et docile (du titre) devient invisible. Chacune, résignée de son sort, nourrit l’incommensurable espoir de retrouver sa soeur tant aimée et à travers l’abandon charnel  que chacune tente d’entretenir la ténacité de cet amour incandescent.

Comme le résume si bien nos collègues de Cinemateaser, le dernier film de Karim Aïnouz emporte les spectateurs de manière sublime à travers ces deux destinées brisées : «Grande fresque mélodramatique que ne renierait pas Todd Haynes, La Vie invisible d’Eurídice Gusmao, vit, vibre, rit, pleure, et déploie avec délicatesse des intentions pures comme des sentiments profonds. Jusqu’à cet épilogue, incroyable décharge émotionnelle de dix minutes, où un simple regard suffit à nous faire fondre en larmes. Sublime.»

Firouz E. Pillet

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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