Lausanne : la Fondation de l’Hermitage fait la par belle à la peinture anglaise jusqu’au 2 juin 2019

La prestigieuse Fondation de l’Hermitage, perchée sur les hauts de Lausanne au milieu d’un arc buccolique,  met la peinture anglaise à l’honneur à l’occasion d’une exposition inédite qui réunit les œuvres victoriennes de près de cinquante artistes de génie.

— Détail de l’œuvre de George William Joy, The Bayswater Omnibus
Graphisme : Laurent Cocchi
Image courtoisie Fondation de l’Hermitage

De 1837 à 1901, la Grande-Bretagne a produit beaucoup de tableaux, alors qu’elle était la principale puissance politique, économique et coloniale du monde. Cette période de création picturale intense reste cependant méconnue à l’étranger.

La directrice de l’Hermitage, Sylvie Wuhrmann a sollicité William Hauptmann, qui connaît bien les lieux depuis l’époque où Juliane Cosandier était la directrice du musée et dont les commentaires enrichissants accompagnent les visiteurs tout au long de leur parcours grâce à un audio-guide proposé en français et en anglais.

La grande force de cette exposition est de faire pénétrer les visiteurs avec Diderot dans les oreilles puisque l’on découvre ces diverses oeuvres à travers ses yeux; ainsi, quand Diderot a aimé un tableau, on l’apprécie grâce à ses impressions. L’inverse nous parle aussi : quand Diderot a détesté un tableau, cela nous donne une lunette d’appréciaiton encore plus jouissive.

La directrice Sylvie Wuhrmann a choisi de faire le pari, pour cette exposition, de confier le soin du catalogue et des commentaires de la visite guidée à William Hauptman, historien d’art qui confie :

Je suis très curieux de découvrir les peintres anglais, nous voyons si peu d’oeuvres d’eux, car presque tout reste en Angleterre. Notre livre met en lumière trois générations de peintres actifs durant l’ère victorienne, à commencer par J. M. W. Turner, l’un des plus célèbres paysagistes britanniques de son temps, dont l’oeuvre magistrale annonce l’impressionnisme. La part belle sera aussi faite à la confrérie préraphaélite, fondée en 1848 par des jeunes étudiants de la Royal Academy de Londres, dont John Everett Millais et Dante Gabriel Rossetti. Ce mouvement de courte durée, qui entend s’affranchir des conventions académiques, prône un retour à la nature et s’inspire des maîtres italiens primitifs, en suivant les préceptes du critique d’art John Ruskin. Dans les années 1860, une seconde génération d’artistes emmenée par Edward Burne-Jones – généralement désignée sous le nom d’Aesthetic Movement – se nourrit de sources multiples, dont les légendes médiévales, la littérature, la poésie et le théâtre britannique ou encore l’Antiquité. Cette dernière est au coeur de la pratique de Lawrence Alma-Tadema, qui connaît un immense succès de son vivant grâce à la précision de ses représentations antiques. En point d’orgue, des figures singulières de la période victorienne seront également mises à l’honneur : Whistler, ou encore Sargent, deux artistes cosmopolites d’origine américaine. Une chance donc de pouvoir découvrir – ou redécouvrir – une peinture souvent méconnue. L’illustrationest enrichie d’une section dédiée à la photographie victorienne. Sont représentés les plus importants photographes britanniques du XIXe siècle. L’ouvrage illustre la richesse et la fascinante originalité de l’art anglais au XIXe siècle. L’âge d’or de l’Empire britannique et les profonds bouleversements induits par la révolution industrielle inspirent des scènes de genre saisissantes qui enregistrent les diverses facettes de la vie moderne : l’essor des villes et des transports en commun, la naissance de la classe moyenne ou le travail à domicile. En contrepoint, de nombreux artistes embrassent des thèmes antiques ou littéraires pour parfaire leur idéal de beauté, alors que d’autres se tournent vers la peinture de paysage.

Près de soixante tableaux provenant des plus prestigieux musées du Royaume-Uni et présentés pour la première fois en Suisse, offrent un panorama inédit de la production artistique, d’une originalité fascinante, durant l’âge d’or de l’Empire britannique.

Les visiteurs qui s’attendent à ne découvrir que des tableaux obscurs, largement connus, de Turner seront surpris de découvrir des oeuvres aux tons beaucoup plus clairs qui annoncent les prémisses de l’impressionnisme. Autour de Turner, dont l’œuvre magistrale annonce l’impressionnisme, l’exposition met à l’honneur les peintres qui se sont illustrés dans le genre du paysage, tels qu’Atkinson Grimshaw, Pyne, Brett, ou Martin. Le parcours fait aussi la part belle à la confrérie préraphaélite (Millais, Rossetti) ainsi qu’à l’Aesthetic Movement (Burne-Jones, Watts), deux cercles d’artistes qui s’inspirent intensément de la littérature, de la mythologie ou de sources antiques (Alma-Tadema, Egley, Hughes, Sandys, Scott). La révolution industrielle, l’essor de la ville et des transports publics suscitent également des scènes saisissantes qui témoignent des diverses facettes de la vie moderne (Emslie, Fletcher, Hicks, Joy), mais aussi de ses répercussions sociales (Collinson, Holl, Mulready, Nelson O’Neil, Walker).

— Daniel Alexander Williamson – Spring, Arnside Knot from Warton Crag
huile sur toile, 27 x 40,6 cm
Liverpool, Walker Art Gallery
© Courtesy National Museums Liverpool, Walker Art Gallery

L’exposition se termine par une section consacrée à Sargent et Whistler, artistes cosmopolites d’origine américaine, portraitistes audacieux et virtuoses qui comptent parmi les plus célèbres de leur temps. Au sous-sol, un très bel ensemble d’héliogravures enrichit l’exposition, mettant en exergue les grands noms de la photographie britannique : Cameron, Emerson, Frith, Hill & Adamson, Howlett, Robinson ou encore Talbot. Cette sélection est complétée d’une série de portraits photographiques de Jane Morris, l’une des muses des préraphaélites.

Plus de nonante oeuvres inédites ont spécialement été réunies pour l’occasion, témoignant de la richesse et de l’audace d’une époque profondément bouleversée. De la célébration du modernisme à l’exaltation de l’antique et de la beauté de la nature, trois générations de peintres et de photographes de l’ère victorienne donnent à voir les contradictions de leur époque au travers d’oeuvres devenues emblématiques d’un véritable âge d’or de l’empire britannique.

L’exposition emmenée par les paysages nébuleux du clairvoyant peintre J. M. W. Turner ( 1775-1851), précurseur des remarquables courants artistiques à venir offre aux visiteurs autant d’occasions de contemplations et de réflexions autour de la florissante histoire de l’art occidental du XIXe siècle, magnifiées par le cadre idyllique de la fondation qui invite à la rêverie et à la méditation.

Firouz E. Pillet

https://www.fondation-hermitage.ch

La peinture anglaise 1830-1900

Lieu : Fondation de l’Hermitage, Lausanne

jusqu’au 2 juin 2019

Tarifs :Adultes 19 fr., AVS/AI 17 fr., étudiants/apprentis/chômeurs 8 fr., enfants (6-18) 5 fr., enfants (0-5) gratuit (audio-guide inclus dans le prix d’entrée).

La librairie, richement achalandée, propose de nombreux ouvrages autour de l’exposition

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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