Le Musée des beaux-arts du Locle met en dialogue trois artistes

Peintre, sculpteur et graveur prolifique, l’Allemand Georg Baselitz fête en 2018 son huitantième anniversaire. L’occasion pour le MBAL de lui consacrer une importante exposition qui réunit 20 ans d’art gravé. Pour l’inscrire dans la contemporanéité, le Musée expose en dialogue les images de l’artiste sud-coréenne Jungjin Lee ainsi que les animations de la Suissesse Camille Scherrer.

— ® Georg Baselitz – Meine neue Mütze, linogravure 2002

La directrice du musée, Nathalie Herschdorfer explique ce dispositif

La gravure fait partie intrinsèque de l’identité du MBAL. Nous l’apprécions non seulement pour la variété des techniques que ce terme regroupe mais aussi pour son caractère expérimental. Nombre d’artistes y recourent parallèlement à leur pratique de la peinture. C’est le cas de Georg Baselitz, mondialement célèbre pour ses tableaux expressionnistes. Son œuvre débute dans les années soixante et s’est renouvelée de façon radicale dans et par la gravure. L’exposition du MBAL réunit près de 150 estampes réalisées entre 1997 et 2017. Cette œuvre puissante, à laquelle nous consacrons trois étages, propose un dialogue avec celle de l’artiste sud-coréenne Jungjin Lee. A première vue, l’exposition se compose également d’estampes. Comme Baselitz, Lee travaille sur de grands formats de papier. Or la comparaison s’arrête là. Il ne s’agit pas de gravures mais de photographies tirées sur de grandes feuilles fabriquées à la main qu’elle laisse flotter sur les murs. Celle qui fut l’assistante du célèbre photographe américain d’origine suisse Robert Frank, crée une œuvre à l’intersection de la peinture et de la photographie et au croisement des traditions asiatique et occidentale. Enfin, souhaitant être à l’écoute des nouvelles générations d’artistes qui travaillent avec la technologie numérique, le MBAL propose une carte blanche à l’artiste suisse Camille Scherrer. Celle-ci y poursuit son exploration de la réalité augmentée et compose un monde entre le réel et le virtuel. Magique et énigmatique, l’œuvre ne prend corps toutefois qu’en présence du visiteur.

Georg Baselitz

Depuis sa découverte de la gravure dans les années 1960, il a constamment mis à l’épreuve les possibilités offertes par cette technique. Les eaux-fortes, les gravures sur bois et les linogravures qu’il exécute en parallèle de ses peintures contribuent à sa quête du trait le plus efficace. En résulte une clarification de ses compositions, qu’il souhaite aussi pures et élégantes qu’un « schéma ». Les sujets qu’il grave – généralement cernés de noir sur fond monochrome – sont fréquemment représentés à l’envers afin de brouiller les pistes d’interprétation possibles et bouleverser nos références. Cependant, il ne s’agit pas pour lui d’exposer tête en bas des œuvres réalisées dans le bon sens, mais bien d’exécuter les motifs à l’envers afin d’éprouver continuellement ses gestes et son regard.
Bestiaire et représentations humaines – le cheval, le chien, l’aigle, au même titre que le corps morcelé ou encore son autoportrait – font à présent partie d’un répertoire baselitzien que l’artiste n’a de cesse de réinventer. Contrairement à la peinture où il est possible de couvrir et de rectifier à tout moment, creuser une forme dans une plaque de lino ou de bois, tout comme gratter une plaque de cuivre, exige une forme de détermination, aussi bien qu’un engagement physique et intellectuel.

— ® Georg Baselitz – Waldweg, eau-forte et aquatinte, 2004

Jungjin Lee

La voix de Jungjin Lee (1961) se distingue dans la photographie contemporaine. Depuis ses premiers travaux il y a presque 30 ans jusqu’à ses séries les plus récentes, son œuvre frappe par sa beauté et sa qualité picturale. Nourrie à la fois par la culture asiatique (l’artiste est née en Corée du Sud) et occidentale (elle vit aux États-Unis depuis de nombreuses années), elle développe ses photographies de manière artisanale sur de grandes feuilles de papier de riz sur lesquelles elle applique à la brosse l’émulsion photosensible. La matérialité et la texture occupent une place importante pour cette artiste qui a étudié la céramique. Elle dirige son appareil photographique sur le paysage, marqué notamment par le désert américain – vaste, rocheux et broussailleux. Elle tourne aussi son attention sur quelques objets quotidiens ou des temples bouddhistes qui deviennent prétexte à s’essayer à l’abstraction et expérimenter de nouvelles formes. Ses recherches photographiques, qu’elle développe tant dans des livres d’artiste qu’en tirages grand format, interrogent le pouvoir narratif des images. Jungjin Lee crée des images qui incitent à l’introspection : elles sont un « écho » de son être intérieur. A l’instar du photographe Robert Frank dont elle fut l’assistante, Lee est intimement convaincue qu’une image agit comme un poème qu’on désire lire encore et encore.

— Jungjin Lee – de la série On Road, 2000
© Jungjin Lee

Camille Scherrer

Constamment à l’affût de nouveaux champs d’investigation, Camille Scherrer (1984) explore les intersections entre l’art et les nouvelles technologies. Partant d’un souvenir d’enfance, l’artiste suisse se remémore les jumelles panoramiques au travers desquelles elle observait le paysage lors de ses escapades alpines. L’installation Dings & Floats plonge littéralement le spectateur dans un univers géométrique en réalité augmentée. Cette technologie, que l’artiste utilise depuis près de dix ans, connaît actuellement une démocratisation sans précédent avec le lancement de lunettes et autres applications pour smartphones. Publicité, jeux vidéo, sciences, art et éducation, le champ des possibles s’en voit multiplié et engage notre société hyperconnectée vers une réalité de plus en plus virtuelle. Les animations de Camille Scherrer participent au basculement de la perception de notre environnement et s’emparent des murs du musée.

— ® Camille Scherrer, Dings & Floats, 2017

Du 5 novembre 2017 au 28 janvier 2018
http://www.mbal.ch

Site de Jungjin Lee http://www.jungjinlee.com
Site de Camille Scherrer: http://www.chipchip.ch

Malik Berkati

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