Léman, bien plus qu’un lac : une double invitation au voyage à travers un livre et une exposition – rencontre audio avec Claude Dussez, Vincent Guignet et Lionel Gauthier

En cette période morose pour tout un chacun et particulièrement difficile pour la culture, chacune et chacun cherche à se ressourcer et à voyager avec l’esprit comme avec les sens. A l’approche des fêtes, la quête de cadeaux à offrir à ses proches, pourquoi ne pas opter pour des libres, histoire de soutenir une corporation malmenée depuis que la pandémie sévit à travers le monde.

Comme par exemple, Léman, bien plus qu’un lac, de Claude Dussez et Vincent Guignet, dont les photographies sont accompagnées par des textes poétiques de Blaise Hofmann, aux  éditions Glénat . Des textes qui invitent au voyage tout autant que les clichés qu’ils accompagnent. La sortie de ce magnifique ouvrage est accompagnée par la nouvelle exposition temporaire éponyme, dont l’ouverture était initialement prévue le 14 novembre 2020. Soumise aux décisions de mesures sanitaires l’exposition a marqué la réouverture des portes du Musée du Léman le 1er décembre et sera prolongée jusqu’au 15 août 2021.

L’histoire d’une rencontre entre deux photographes

A l’origine du livre et de l’exposition, deux photographes qui partagent leur passion de la photographie en noir et en blanc et qui ont échangé autour de quelques bières au Paléo Festival. Vincent Guignet, Vaudois né sur les rives du Léman, et Claude Dussez, octodurien, échangent, partagent et décident de se lancer dans un projet qui sort de leurs terrains de prédilection : la scène artistique et musicale comme leurs artistes n’ont plus de secret musicale pour Claude Dussez, photographe de l’intime qui cade « pour saisir l’essentiel et pour raconter des histoires. » Quant à Vincent Guignet, il a nourri dès l’adolescence deux passions : les sports mécaniques, en particulier les pistes de moto et de Formule 1 et la photographie, les ralliant pour en faire son métier.

— Vincent Guignet – Autoportrait

Animés d’une même flamme qui va les entraîner pendant quatre ans sur les le Léman et sur ses rives, le tandem de photographes mène ce projet à l’instar des grands navigateurs du XVème et XVIème siècles qui partaient à la conquête du monde. Claude Dussez et Vincent Guignet nous font découvrir un monde insoupçonné, arpentant les rives du lac à la rencontre des personnages et des lieux qui le caractérisent.

Les gens du lac

A travers leur épopée, Vincent Guignet et Claude Dussez ont rencontré des professionnels du lac : une femme-grenouille, le dernier scaphandrier du Léman, des sauveteurs, des pêcheurs au milieu du lac ou dans leur atelier de pêcherie, les équipages de la CGN qui leur donnent plein accès à la salle des machins, mais aussi les célèbres « Givrés des Bains des Pâquis » qui se baignent tous les jours de l’année et par tous le temps pour exceller le jour de la Coupe de Noël.
Parmi ces rencontres, les deux photographes ont apprécié chaque personne rencontrée qui les a autorisés à plonger dans une sorte d’«entrée en intimité» selon Claude Dussez. Et de préciser :

« Pour moi, la photographie est un acte instinctif dans lequel il faut juste laisser une petite place au hasard pour que celui-ci fasse tout le reste. »

Les deux acolytes, munis de leurs objectifs, ont su à merveille capturer des expressions du lac, les gestes, et les attitudes de celles et ceux qui en vivent. Ils avouent qu’il fallait parfois être diplomate et savoir convaincre pour réussir à obtenir l’accord de certaines personnes, peu habituées à être immortalisées dans leur labeur et un brin récalcitrantes à cette idée.

Parmi ces multiples rencontres, Claude Dussez et Vincent Guignet avouent unanimement leur coup de coeur pour Jean-Paul Sartorio, qui fabriquait des bateaux dans son chantier naval de Mies mais malheureusement disparu avant la publication de l’ouvrage.

— Claude Dussez – Autoportrait

Leurs prises de vue, la symbiose entre leur regard différent et croisé, jouant sur les perspectives, parfois en vue panoramique pour l’un, au plus près du sujet pour l’autre, mais en noir et blanc à la prise de vue « pour que l’œil soit moins déconcentré par les couleurs, et qu’il aille directement au sujet », souligne Vincent Guignet.

Le duo de photographes fait parfois le choix de la double page comme, par exemple, pour cette présentation exhaustif de panneaux : « Baignade interdite », « profondeur : 2,1 m », mais aussi « Risques d’enlisement ».

Le Léman, source intemporelle d’inspiration

Le Léman, lac emblématique entre rivages français et suisses, a toujours inspiré les artistes – peintres, écrivains, musiciens, chanteurs – et ceci de tous temps. Voltaire, Rousseau, Germaine de Staël, Byron, Hugo, Stendhal, Chateaubriand, Dumas, Flaubert et Rolland ont en commun d’avoir séjourné ou vécu au bord du Léman pour y trouver refuge, santé ou inspiration. Quand on visite l’exposition et on parcourt l’ouvrage Léman, bien plus qu’un lac , on comprend l’engouement que suscite le plus grand lac de l’Europe de l’Ouest.

Le périple réalisée par Vincent Guignet et Claude Dussez, entre croisière, découverte, exploration et rencontres bigarrées, révèle le Lac Léman tant à travers ses sites connus et incontournables qu’à travers des lieux encore préservés et insolites. Saisissant le regard ténébreux du scaphandrier, le sourire de la femme-grenouille, la cahute d’un pêcheur, la cheminée d’un bateau qui crache sa vapeur, le jet d’eau de la Cité de Calvin, un quai touristique ou la réserve des Grangettes, parmi tant d’autres, les photographies de Claude Dussez et Vincent Guignet permettent une odyssée envoûtante, soulignée par la justesse des mots de Blaise Hofmann qui s’accordent avec les atmosphères dégagées par les photographies.

Rencontres et projets

Vincent Guignet et Lionel Gauthier nous ont rencontrés au Musée du Léman et Claude Dussez nous a accordé de son temps par téléphone.

Lionel Gauthier, conservateur du musée du Léman depuis 2014, affiche un grand sourire que l’on devine sous son masque mais nous avoue, hors micro, qu’il a été positif au Covid, malade pendant deux semaines et hospitalisé deux jours. De retour au musée, il nous confie être toujours en proie à une immense fatigue:

Ma femme et mes beaux-parents ont aussi attrapé le Covid. Mon beau-père en a attrapé une version longue, presque deux mois mais, au moins, ayant tous été malades, on pourra fêter Noël ensemble !

— Lionel Gauthier – aux Dicodeurs à Nyon en 2015

Il nous a parlé du musée, des risques du Léman qui a connu plusieurs tsunamis mais dont on oublie parfois sa dangerosité à la vision de sa surface calme et paisible. Lionel Gauthier insiste :

« Je ne suis que l’hôte de cette exposition et j’ai laissé carte blanche à Claude et à Vincent pour installer leurs photographies dans les salles consacrées à leur exposition. »

Il nous met l’eau à la bouche en annonçant pour septembre 2021 une exposition consacre aux cygnes, intitulée Le lac du cygne. Lionel Gauthier de rappeler que

« le cygne cet oiseau emblématique du Lac Léman, est venu d’ailleurs et s’est complètement acclimaté. Mais il est aussi victime des gens qui lui jettent du pain. A cause de cette pratique dangereuse pour cet oiseau, il développe une maladie. certain spécimens ont les ailes qui rosissent et es plumes qui se raccourcissent. »

Une visite guidée sera proposée par les photographes le dimanche 7 mars à 15h. Pour voguer en compagnie de Claude Dussez et de Vincent Guignet sur les flots du Léman, il suffit de s’inscrire sur place et l’entrée est gratuite.

Rencontres :

Vincent Guignet:

Claude Dussez:

Lionel Gauthier:

 

Firouz-Elisabeth Pillet

www.museeduleman.ch

www.claudedussez.ch

www.vincentguignet.com

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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