Les yeux grand fermés (LYGF): écouter entre les lignes à la Maison Saint-Gervais
Du 21 au 24 mai 2026, la biennale d’art sonore et radiophonique Les yeux grand fermés investit à nouveau la Maison Saint-Gervais, à Genève. Portée par le collectif Earthling Son, cette cinquième édition explore les liens entre écriture et oralité à travers quatre jours de performances, de créations immersives et d’écoutes collectives.

© Florian Luthi
« Du sous-sol au septième étage, les espaces de la Maison Saint-Gervais s’étirent et se complètent pour ouvrir grand les oreilles du public. Plongé dans l’obscurité, le théâtre ferme les yeux, habillé et habité par les mots et les sons. Avec toute l’équipe du Théâtre, nous nous réjouissons cette année encore d’ouvrir généreusement nos portes pour une belle et joyeuse collaboration que les années ne font qu’enrichir », souligne la directrice Sandrine Kuster.
Une ambition que partage pleinement le collectif organisateur :
« À l’heure où les radios nationales délaissent parfois la poésie pour le formatage et l’audimat, nous choisissons d’aller à contre-courant. Les yeux grand fermés est un espace-temps dévolu à l’écoute sensible. Qu’il s’agisse d’archives ou de podcasts natifs, nous défendons une radio de création qui prend le temps de sonder le monde, loin du flux rapide des réseaux sociaux. »
Cinéma pour l’oreille : une exigence de haute orfèvrerie
Au cœur du festival, neuf séances de « cinéma pour l’oreille » réunissent pièces historiques et créations récentes sous le thème Écouter entre les lignes. La programmation traverse les époques et les genres : de India Song de Marguerite Duras, produit par France Culture en 1975, aux créations suisses contemporaines signées par la maison d’édition Héros-Limite – dont Les silences d’Alice de Chloé Dragna, d’après un texte d’Alice Rivaz, et Premières saisons de Clara Alloing et Alma Palacios d’après John Berger. La scène internationale est également représentée par des pièces comme Malheur niveau 2 (ARTE Radio) ou Searching for Butterflies (BBC4). Parmi les temps forts, La voix humaine d’après Jean Cocteau – un enregistrement de 1964 qui propose une mise en son d’un grand classique du théâtre – est programmée le 23 mai à 13h30.
Pour sublimer ces œuvres, le festival mise sur une signature sonore d’exception : le concepteur Thierry Simonot a imaginé un dispositif d’écoute spécifique, véritable écrin technique permettant une immersion totale et une restitution sonore d’une précision d’orfèvre. La quasi-totalité de la programmation sera accessible en streaming sur le site du festival, avec des prolongements sur les ondes de Radio Vostok.
Performances, concert et expériences dans le noir
Le festival bouscule les codes de la simple écoute assise en proposant trois performances. Georgette K7 de Mathias Forge fait dialoguer la scène avec des archives domestiques sur cassettes ; Radiographies de Coline Bardin tisse un récit collectif à partir d’images médicales et de témoignages ; tandis que Matière (noir, blanc, bleu) de Némo Camus et Samy Manga propose une immersion politique dans les mines de République démocratique du Congo (23 mai, 22h).
Le public pourra également découvrir le « petit acousmonium » – un orchestre de haut-parleurs – lors du concert de Bernadette Johnson, et s’immerger dans une séance de cinéma sur pellicule 16mm conçue par Gaëlle Rouard, dans laquelle l’image se subordonne au son. L’écrivain Alain Freudiger animera quant à lui une conférence dans le noir (23 mai, 17h30). Pour les plus téméraires, la séance de minuit La Bande Horroriginale promet une expérience sensorielle autour du cinéma d’épouvante.
Jeune public et médiation
Les yeux grand fermés accorde une place importante à la transmission, avec plusieurs propositions dédiées au jeune public. Un atelier de création radiophonique pour les 8–12 ans, mené par Benoît Moreau et Marcin de Morsier, initie les enfants aux joies du montage et de la mise en onde. Une séance d’écoute dès 4 ans, autour du Petit Chaperon de ta couleur de Vincent Malone, invite les plus petit·es à se laisser guider par les histoires en son.
Des actions de médiation sont également prévues pour des publics spécifiques – personnes malvoyantes, en apprentissage du français ou seniors –, afin de leur faire découvrir le festival et ses coulisses. Point d’orgue de cette dimension participative, Petits caractères, gros problèmes proposera l’enregistrement en direct et la restitution des créations des jeunes auteur·ices radio, qui feront voyager l’imagination des auditeur·ices uniquement par le son (24 mai, 14h30).

© Florian Luthi
Convivialité à La Réplique
En parallèle des séances d’écoute et des performances, le festival investit aussi le bar-restaurant La Réplique du théâtre, qui se transforme en lieu de rendez-vous pour les festivalières et festivaliers. Dès le vendredi soir, des repas végétariens seront proposés à 15 CHF. Le dimanche matin, un brunch ouvert à toutes et tous sera servi de 11h à 14h (15 CHF pour les adultes, 10 CHF pour les enfants, sur réservation).
Du 21 au 24 mai 2026 – Maison Saint-Gervais, Rue du Temple 5, 1201 Genève. Billetterie et informations : +41 22 908 20 00 | billetterie@saintgervais.ch Programme complet et streaming sur le site du festival.
Malik Berkati
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