Locarno 2021 : Agia Emi (Holy Emy), de la cinéaste grecque Araceli Lemos, concourt dans la section Cineasti del presente

Après le retour de leur mère, Pilar, aux Philippines, les sœurs Emy et Teresa vivent au sein de leur communauté catholique philippine très unie et solidaire dans la ville portuaire d’Athènes. Mais lorsque Teresa tombe enceinte d’un pêcheur hellénique, Emy est de plus en plus attirée par d’autres forces plus mystérieuses qui vivent en elle et dont elle va faire progressivement usage. La scénariste-réalisatrice grecque Araceli Lemos présente son premier long métrage, qui suit une jeune femme souffrant d’une étrange condition surnaturelle. La cinéaste décrit son film en ces termes :

« Emy et Teresa sont les miroirs des femmes de ma vie ; dans notre lutte pour être de bonnes sœurs, pour être des êtres sexuels, pour être des femmes et non plus des filles. C’est l’histoire de la libération et de l’émancipation d’Emy. ».

— Abigael Loma et Hasmine Kilip – Agia Emi (Holy Emy)
Image courtoisie Locarno Film Festival

Partageant son temps entre Athènes et Los Angeles, la scénariste-réalisatrice et monteuse grecque Araceli Lemos a accompagné son dernier court métrage, Miguel Alvarez Wears a Wig, dans plusieurs festivals tout en travaillant sur son premier long métrage, Agia Emi (Holy Emy). Le scénario, écrit par la réalisatrice et Giulia Caruso, suit Emy (Abigael Loma) et sa sœur, Teresa (Hasmine Kilip), toutes deux membres de la communauté catholique philippine du Pirée. Une communauté très fervente qui se réunit fréquemment pour prier et qui invoque le Créateur et ses saints dans toutes les situations de la vie quotidienne, ce qui amène Araceli Lemos à filmer des scènes assez déconcertantes de cérémonies emplies d’ardeur, de vénération, d’exaltation qui virent parfois au fanatisme religieux qui laisse songer aux communautés évangélistes.

Pour incarner les divers personnages de ce film choral, Araceli Lemos a réuni des personnalités célèbres des Philippines, telles que Hasmine Kilip (Gens ordinaires), Angeli Bayani (Ilo- Ilo) et Ku Aquino (Birdshot), ainsi que les talents grecs émergents comme Michalis Syriopoulos, Elsa Lekakou (Copa-Loca) et Julio Katsis. Le directeur de la photographie et producteur sud-coréen Ki Jin Kim (Spa Night) a réalisé le tournage du film.

La première demi-heure du film peine à planter un décor et à y insérer ses protagonistes de manière structurée mais, dès qu’Araceli Lemos s’attache de manière plus rapprochée à Emy et Teresa, l’histoire prend une tournure plus intéressante, qui s’apparente à un documentaire et parvient à retenir l’attention des spectateurs.
Pour des raisons inconnues, Emy connaît des épisodes de saignement inattendus, parfois des stigmates. Teresa décide de la cacher du monde extérieur songeant à une expérience similaire vécue par leur mère, cataloguée de bipolaire et renvoyée séance tenante aux Philippines. Teresa met tout en œuvre pour protéger Emy en la gardant isolée de la communauté car elle redoute que des personnes mal intentionnées se mettent à l’exploiter ou veuillent la guérir. La forte relation entre les sœurs sera compromise lorsque Teresa laisse Argiris (Michalis Syriopoulos) entrer dans leur vie et tombe enceinte de lui.

L’irruption de cet homme dans la bulle fusionnelle que se sont constituée les deux sœurs crée désormais un déséquilibre : Emy décide d’abandonner leur nid et trouve un emploi dans la mystérieuse villa d’une femme plus âgée (Irene Inglesi), où sa mère travaillait auparavant. Mise en garde par sa sœur comme par les membres de la communauté philippine, Emy ignore ces avertissements et se met au service de cette femme autoritaire. Ce sera le point de départ d’un voyage initiatique et mystique au cours duquel Emy apprendra à contrôler ses larmes, sa force, ses pouvoirs et ses forces. Dès cet instant, le film prend une tournure de documentaire, montrant Emy en plein séance de soins, découvrant l’étendue de ses pouvoirs et améliorant ses capacités de guérisseurs aux côtés d’un médecin philippin qui opère à mains nues. Mais les pouvoirs d’Emy ne provoquent pas que guérison …

Entre ferveur religieuse, mysticisme et pouvoirs surnaturels, Araceli Lemos réussit à donner de multiples facettes captivantes à son histoire commencée de manière assez banale.

Firouz E. Pillet, Locarno

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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