Locarno 2022, Fuori Concorso : Erica Jong, breaking the wall, présenté en première mondiale à La Sala, en présence du réalisateur Kaspar Kasics, rend hommage à la féministe américaine, intervenue par zoom. Rencontre avec le cinéaste suisse

Kaspar Kasics ne connaissait pas Erica Jong ni son parcours, mais à la découverte de son livre Fear of Flying, le réalisateur suisse s’est mis à dévorer les autres ouvrages publiés par la féministe américaine, avant de la contacter pour réaliser un documentaire. Pensant qu’il s’agissait d’une lubie et que le documentaire ne verrait jamais le jour, Erica Jong lui répond poliment en riant : « Kaspar, we are going to have fun together. »

Erica Jong – breaking the wall de Kaspar Kasics
Image courtoisie Locarno Film Festival

Il y avait Henry Miller, le Rapport Hite puis il y a eut Erica Jong … Avec le succès mondial de son roman, Fear of Flying, l’écrivaine new-yorkaise a propulsé la libération sexuelle des femmes. Elle a osé se mettre à son compte et a exigé des rencontres à hauteur d’homme, politiquement, intimement et sexuellement. S’exprimant sur son expérience, Erica Jong voulait changer le monde et le veut toujours, en espérant que sa parole permette à d’autres femmes de s’affranchir. Avec sa propre histoire, avec son humour décapant et son inconditionnelle confiance dans le pouvoir des mots, elle a autorisé Kaspar Kasics à la filmer dans son appartement new-yorkais, dans sa maison dans le Connecticut, en pleine rédaction d’un nouveau livre, durant ses séances de stretching et de yoga, avec ses proches, en particulier son quatrième mari, Ken, avocat spécialisé dans les divorces, et ses petits enfants, les jumeaux Bet et Win.

Erica Jong, née Erica Mann dans une famille juive ashkénaze d’origine russe, a grandi à Manhattan. Élevée par une mère peintre et un père musicien et homme d’affaires, Erica Jong connut très jeune les milieux de l’art et des artistes et sera enviée, voire jalousée quand Erica devient célèbre, par sa mère qui n’avait pas pu poursuivre ses élans artistiques.

Erica Jong obtient en 1963 une licence du Barnard College, une institution pour jeunes filles associée à l’Université Columbia où elle poursuit ses études supérieures et obtient une maîtrise universitaire en 1965 grâce à une thèse sur la littérature britannique du XVIIIe siècle.  Elle mettra tout son savoir et sa culture au service de la cause féminine pour revendiquer un pied d’égalité avec les hommes, osant clamer haut et fort le droit à se libérer du joug patriarcal et à oser afficher et assumer sa sexualité.

Paradoxalement, comme le souligne sa sœur dans le documentaire, Erica est la seule des enfants Mann à avoir voulu se marier… Elle le fit à quatre reprises et avoue, avec autodérision, qu’elle a à connu trois maris avant de connaître le bon, Ken, celui avec qui complicité et tendresse au quotidien leur ont permis de partager trois décennies ensemble.

Erica Jong – breaking the wall de Kaspar Kasics
Image courtoisie Locarno Film Festival

Relatant avec spontanéité les anecdotes sur sa fille, ses petits-enfants, Erica Jong se laisse montrer dans toutes les situations de sa vie palpitante et frondeuse. On la découvre avec une jeune féministe égyptienne pour laquelle elle a préparé une sélection de lires avant son retour au Caire. On la suit ensuite avec des étudiantes : le passage de flambeau semble déjà à l’œuvre.

Présent pour présenter son film aux côtés de Giona Nazzaro, directeur du festival, Kaspar Kasics a mentionné qu’Erica Jong voulait être présente au Festival de Locarno pour la première du documentaire, mais n’avait pas pu s’y rendre… À travers le documentaire, on comprend en filigrane que Ken est atteint de la maladie de Parkinson.

Bien que le confinement sévissait alors que Kaspar Kasics a proposé ce documentaire à Erica Jong, ce projet a pu voir le jour grâce à la pugnacité de l’un et l’enthousiasme de l’autre. Quel bel hommage du vivant de la personne !

Né à Interlaken, Kaspar Kasics a étudié la philosophie à l’Université de Zurich et la musique au Conservatoire de Zurich. Dans les années nonante, il a commencé à travailler comme réalisateur et producteur indépendant. Pendant treize ans, il a dirigé l’Association des cinéastes suisses en tant que président. Kaspar Kasics a signé plusieurs documentaires. Entretien audio avec Kaspar Kasics :

 

Firouz E. Pillet, Locarno

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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