Cannes 2017 – Lu Guo Wei Lai (Walking past the Future) : le dernier film de Li Ruijun brosse un portrait morose de la Chine contemporaine

Le cinquième long métrage de Li Ruijun, Lu Guo Wei Lai (Walking past the Future), est le seul film chinois de la sélection officielle de la section Un certain Regard , à Cannes, cette année.
Le film de Li Ruijun s’attache à suivre les tentatives désespérées d’une jeune femme d’aider  financièrement ses parents en gagnant de l’argent comme cobaye pour de sociétés pharmaceutiques. 
Lu Guo Wei Lai (Walking past the Future) de Li Ruijun
Ayant déjà réalisé quatre films sur les zones provinciales et rurales chinoises, Li Ruijun poursuit son analyse de la Chine contemporaine et se penche sur les méfaits de la vie urbaine avec Walking Past the Future, le seul film en  langue chinoise de la sélection officielle du 70ème Festival de Cannes. Soutenu par Edko Films de Hong Kong, ce film semble peut-être le plus accessible et commercialement le plus viable du cinéaste de 34 ans vu que les thématiques abordées – l’exode rural, la paupérisation des classes moyennes, l’absence d’avenir des jeunes générations – ont une portée universelle.
Lu Guo Wei La suit le quotidien d’une famille d’ouvriers d’usine (Zhou Bo et Naren Hua) qui retourne dans leur ferme à Gansu mais découvre, à leur arrivée sur place, que  leur demeure ne leur appartient plus.
Yaoting (Yang Zishan) travaille dans une usine de montage de cartes mères et passe son temps libre à discuter avec un garçon qu’elle a rencontré via les réseaux sociaux. Ses parents étaient paysans et ont quitté leur ville natale de Gansu pour travailler à Shenzhen, mais après des années de travail, ils sont tous licenciés le même jour par leurs usines. La reprise de l’agriculture et ardue car, selon les nouvelles lois sur la propriété, leur parcelle a été «redistribuée» à des propriétaires fonciers. Dans ce qui s’apparente presque à un retour à des temps féodaux, ils sont réduits à travailler comme ouvriers agricoles sur leur propre sol. Pire encore, après des années de vie en usine en ville, ils n’arrivent pas à suivre la cadence d’autres agriculteurs, et sont promptement licenciés.
Le décors est planté, le tableau est sombre, l’avenir semble morose, y compris pour les deux filles du couple qu tentent de venir en aide à leurs parents. La caméra de Li Ruijun suit avec moult détails les efforts de plus en plus désespérés de l’une d’elles, ouvrière d’usine dans une fabrique de pièces électroniques dans la ville de Shenzhen, au sud de la Chine, qui tente de gagner assez  d’argent pour acheter un appartement à ses parents démunis. Walking Past the Future brosse un tableau dénué de toute lueur d’espoir, livrant un drame poignant  et éloquent, quelque peu lassant car alourdi par un troisième acte qui se prolonge sans apporter d’éléments nouveaux au récit.

Auparavant connu pour ses rôles dans des comédies romantiques, So Young porte le film sur ses épaules mais son joli minois ne suffit à sauver cette chronique de la Chine contemporaine du naufrage.

Firouz Pillet, Cannes

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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