Cannes 2017: Apres dix-sept ans d’absence, retour du cinéma tunisien à Cannes

Un film tunisien figure cette année dans la sélection officielle du 70ème festival de Cannes. La réalisatrice tunisienne Kaouther Ben Hania représente la Tunisie avec son film La belle et la meute (Alaa kaf ifrit) à la sélection officielle de Cannes 2017 dans la section “Un Certain Regard”. Quinze films vont concourir pour ce même prix à Cannes.

— Aala Kaf Ifrit de (La Belle et la meute) de Kaouther Ben Hania

La belle et la Meute est co-produit par Tanit films (France) et Cinetelefilms (Tunisie) ; ce long métrage écrit et réalisé par Kaouther Ben Hania avec en tête d’affiche Mariam Al Ferjani, Ghanem Zrilli, Noomane Hamda, Mohamed Akkari, Chedly Arfaoui, Anissa Daoud, Mourad Gharsalli se veut une libre inspiration de l’affaire de Meriam, la tunisienne violée par deux policiers en septembre 2012. Il retrace le parcours cauchemardesque de la jeune fille au cours de cette horrible nuit, révèle l’omerta et la corruption auxquelles se heurte en tentant de porter plainte.

Le synopsis dévoile le point de départ de ce film : « Lors d’une fête estudiantine, Mariam, jeune tunisienne, croise le regard de Youssef. Quelques heures plus tard, Mariam, erre dans la rue en état de choc. Commence pour elle une longue nuit durant laquelle elle va devoir lutter pour le respect de ses droits et sa dignité. Mais comment peut-on obtenir justice quand celle-ci se trouve du côté des bourreaux ? »

Le film sur un gros plan du visage de Mariam qui se maquille devant un miroir alors que l’on entend résonner de la musique. Cette scène d’ouverture est excellente et détend les spectateurs pour mieux es surprendre, voire les angoisser a mesure que le cauchemar de Mariam se poursuit. Miriam se change dans les toilettes lors de la fête qu’elle organise. La robe précédente a un trou dans elle. Un ami a apporté sa nouvelle tenue, une élégante robe en satin bleu. Quelques instants après, les spectateurs retrouvent Mariam haletante, en pleurs, effrayée au passage d’une voiture de police, soutenue par son ami Youssef qui lui est venu au secours. L’atmosphère anxiogène que distille ce film est communicative et on se calfeutre au fond de son fauteuil pour pouvoir soutenir les obstacles qui jonchet le parcours tumultueux de la protagoniste,  Cela est plus provocateur, plus suggestif de la promiscuité, plus indicatif de la permissivité, et à mesure que Miriam remorque et couvre le reste de la nuit tortueuse, nous sommes engloutis dans une culture de la morose victime, de la morale conservatrice et de l’hypocrisie masculine. Le film suggère que c’est une culture si répandue qu’une femme de police enceinte appellera Miriam une prostituée. Après l’attaque, on nous présente une cavalcade imparable d’injustice. Miriam est traitée comme un criminel, un menteur, un ennemi et un exagérant, une inconstance. Caractère après caractère, dont la plupart sont masculins et répugnants et remarquablement interprétés, présentent la forme minérale de la malveillance et le mépris. Son nouveau compagnon de la plage, Youssef (Ghanem Zrelli), est un assistant volontaire mais finalement impuissant. Son goût pour la politique des droits civiques est inutile ici, immédiatement bafoué et méprisé. Le récit captive et horrifie à la fois car rapidement les spectateurs semblent plongés en immersion, en « observation participante » comme disait Pierre Boursieu, au cœur de l’action,  aux côtés de la victime et de son sauveurs,  affrontant leurs bourreaux persécuteurs.

A travers ce film, le cinéma tunisien est donc représenté après dix-sept ans d’absence dans cette section du festival international de Cannes qui met en perspective un cinéma original et audacieux et récompense des cinéastes encore peu connus.

Après la réalisatrice Moufida Tlatli et son film La Saison des Hommes, c’est Kaouther Ben Hania qui fait partie de la jeune génération des réalisateurs tunisiens qui prend le relais. Rappelons que la réalisatrice tunisienne a récemment remporté le Tanit d’or des JCC 2016 pour son film documentaire Zeineb n’aime pas la neige.

Alaa Kaf Ifrit un film courageux, ardu dans lequel Kaouther Ben Hania procède a la manière du documentaire pour relater cette terrible nuit vécue par Mariam. L’intrigue traite d’une étudiante universitaire de 21 ans, qui vit dans un foyer pour jeunes filles et originaire de la campagne,  qui a été violé par deux policiers après l’avoir emmenée par la force dans leur voiture. Elle est avec un garçon qu’elle a récemment rencontré lors d’une soirée. Le garçon est menotté et immobilisé. La victime est Mariam (Mariam Al Ferjani). Qui tente de porter plainte contre ses agresseurs et, ce faisant, fait face à des autorités délibérément noueuses, corrompues, menaçantes, qui abusent de leur statut, Ces policiers restent étonnamment indifférents, bureaucratiques et systémiquement misogynes, y compris les femmes, qui lui conseillent tout simplement s’en aller.

Dans Alaa Kaf Ifrit les violeurs, quand ils apparaissent enfin à l’écran, regardent et agissent de façon parfois ridicule, comme des parodies des séries des années 70. Ils semblent tellement arrogants et sûrs de leurs faits  au ils parviennent presque à légitimer ce monde  la violence sexuelle envers les femmes est devenue la norme.

Pari réussi pour Kaouther Ben Hania qui a récolté une pluie d’applaudissements nourris a l’issue de la projection.

Firouz Pillet, Cannes

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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