Matisse et Saint Laurent dialoguent à Nice : Perfectionner la ligne en mouvement
Deux artistes ne se connaissaient pas et ne se sont jamais rencontrés, pourtant leur savoir-faire et leur puissance créative font l’objet d’une exposition aussi singulière qu’inattendue au Musée Matisse, à Nice.

Henri Matisse (Le Cateau-Cambrésis, 1869 – Nice, 1954) et Yves Saint Laurent (Oran, 1936 – Paris, 2008) ont chacun, à leur manière, transformé le XXe siècle en France et ailleurs, grâce à leur volonté extraordinaire de transgresser les frontières entre beaux-arts et arts appliqués. Pour le célèbre peintre, les décorations – souvent imprimées et dotées d’une pétulance qui leur est propre – ont constitué la possibilité idéale d’élaborer l’espace pictural au-delà des limites du tangible. Le couturier, lui, concevait la peinture comme une manière de transformer le plan en volume, de faire du vêtement une sorte de mobile capable de se déployer dans l’espace et de devenir un art du mouvement.
Peindre et coudre mènent à la même quête d’expérimentation, de la ligne simple jusqu’à sa perfection, jusqu’au maniement des contrastes entre matières et volumes.
L’exposition, ouverte jusqu’au 28 septembre, fait découvrir au public d’étonnants parallèles entre deux artistes dont les œuvres dialoguent entre elles. Cette correspondance a été rendue possible grâce aux riches collections du Musée Matisse et de la Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent, à Paris, complétées par de nombreux prêts internationaux. En rendant visibles 160 pièces – dessins, peintures, vêtements de haute couture, pièces de traditions populaires, accessoires et archives –, le musée niçois offre aux visiteurs·euses un parcours singulier, qui souligne le lien rare mais puissant unissant les deux artistes.
Sept chapitres
Intitulée Le Beau, la Mode et le Bonheur, l’exposition présente d’abord Matisse, peintre du Nord, qui a grandi au cœur de la plus florissante industrie textile et s’est intéressé dès l’enfance au vêtement, à ses motifs et à ses tissus. Des œuvres comme Mademoiselle Matisse en manteau écossais, La Blouse roumaine ou La Robe bleue reflétée dans la glace en témoignent. L’artiste a dessiné les costumes du ballet Le Chant du rossignol (sur une musique d’Igor Stravinsky et une chorégraphie de Léonide Massine pour les Ballets russes de Serge Diaghilev), en 1919, qu’il a réalisés seul dans l’atelier de Paul Poiret.
Quelques décennies plus tard, en 1953, le peintre a offert à la Ville de Nice de magnifiques éditions de foulards et de tentures.
Saint Laurent admirait profondément la création matissienne et possédait plusieurs œuvres du peintre, selon les commissaires Serena Bucalo-Mussely et Aymeric Jeudy. Il a par ailleurs hérité de Matisse l’audace des couleurs, le goût des accords forts et l’amour de l’ornement.
Le parcours de l’exposition se divise en sept chapitres, mettant en scène ce dialogue entre deux époques. Le dessin – qui a joué un rôle central dans le quotidien de chacun des deux artistes – est particulièrement mis en valeur par la scénographie de l’agence Studio Matters, qui a su réunir avec justesse les fastes du musée niçois et ceux de la Fondation parisienne.
Djenana Mujadzic
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