Mostra 2017 : The insult, de Ziad Doueiri, ausculte les tensions politico-confessionnelles du Liban à travers un procès

The Insult traite d’un conflit verbal entre Toni Hanna (Adel Karam), un mécanicien chrétien libanais et survivant du massacre du village portuaire de Damour en 1976 et Yasser (Kamel El Basha), un réfugié palestinien vivant dans des camps et travaillant comme contremaître dans le quartier. Le conflit se transforme rapidement en une confrontation violente entre les deux hommes lorsque Yasser frappe Tony alors que ce dernier le provoque avec des propos anti-palestiniens extrêmes. Pour soulager la tension entre les deux hommes et terminer le chantier, le patron de Yasser insiste pour qu’il aille présenter des excuses, mais quand celui-ci arrive au garage, Tony blague les mauvaises conversations anti-palestiniennes de Bachir Gemayel. Incapable de parler, le contremaître ne parvient pas à s’excuser et lequel Tony crie : « J’aimerais que Ariel Sharon vous a effacé. » Yasser frappe Tony fort, brisant quelques côtes. Leur altercation prend de l’ampleur et se transforme rapidement en une crise nationale à travers un procès très médiatisé qui reflète les profondes tensions religieuses et politiques de la société libanaise.

— The Insult
© La Biennale di Venezia

Le réalisateur a pris soin d’afficher un avertissement au début du générique, déclarant que le film ne représente pas la situation actuelle du Liban. Le caractère de Toni peut sembler anachronique en 2017, mais les blessures de la guerre civile doivent encore être soignées (on songe inéluctablement aux massacres de Sabra et Shatila en 1983) et cette affaire reflète, d’une manière ou d’une autre, les opinions que les Libanais ont l’un envers l’autre et envers les réfugiés palestiniens.

L’un comme l’autre se moque d’avoir un avocat, mais lorsque le juge lance le cas, les choses atteignent un autre niveau. Tony engage le procureur Wajdi Wehbe (Camille Salamé), porte-parole de l’établissement chrétien, tandis que Nadine (Diamand Bou Abboud), conseillère juridique, offre ses services à Yasser. Wajdi est un avocat impitoyable prêt à exploiter les tensions et les souffrances du passé à grand renfort d’images d’archives, Nadine est une avocate juste, imprégnée par le manque de confiance d’une novice, et de plus, ils sont père et fille.
Ce qui suit se déroule dans la salle d’audience, avec à chaque nouveau témoin une position religieuse, communautaire ou politique qui s’affiche tout en révélant que tout le monde dans ce conflit a des griefs légitimes qui vont bien au-delà de cette insulte révélatrice de blessures enfouies.
Vu le noyau très politique du film, The insult suscitera de vives conversations post projection mais le réalisateur ne s’associe à aucun parti et insiste, par son message clair, sur l’influence des griefs historiques et des difficultés encore vivaces sur les gens de nos jours et comment Tony et Yasser sont souvent trop aveuglés en défendant leur honneur et les dirigeants de leurs communautés qu’ils en oublient leurs familles et leurs emplois. Contrairement à leurs hommes, les femmes de Tony et Yasser sont représentées comme les personnages les plus raisonnables qui essaient implacablement de désamorcer les tensions tout au long du film.

— The Insult
© La Biennale di Venezia

Tout le casting est formidable et invite à éprouver empathie et compassion pour les personnages : Adel Karam incarne un Tony Hanna vaindicatif, Rita Hayek jouant à l’épouse résignée de Tony, Camille Salameh dans le rôle de (Wajdi Wehbe) l’avocat de haut niveau qui défend Tony, Diamand Bou Abboud (Nadine) l’avocate qui défend (Yasser) et bien sûr Yasser joué par Kamel El Bacha. Ziad Doueiri réalise un travail méticuleux et sa réalisation rappelle moult conflits actuelles (on songe a la situation des Cooptes en Égypte, des Kurdes en Irak, en Syrie, en Turquie, des Druzes, et la liste est encore longue) qu’elle suscite une impression si intense et si poignante.

Présenté a la Mostra de Venise en compétition ce 31 août 2017, The insult sera aussi projeté dans les festivals de films de Telluride et de Toronto.

Firouz E. Pillet de la Mostra 2017, Lido

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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