Mostra 2019 : Adults in the Room, de Costa-Gavras, retrace l’épopée d’un éventuel Grexit

Le nouveau film de Costa-Gavras, Adults in the Room, a été présenté hors compétition ce 31 août à la Sala Grande, prise d’assaut à cette occasion.

Adults in the Room de Costa-Gavras
© KG PRODUCTIONS

Quelques jours auparavant, la Biennale de Venise et Jaeger-LeCoultre avaient annoncé que le prix Jaeger-LeCoultre Glory to Filmmaker 2019 serait décerné au grand réalisateur français d’origine grecque Costa-Gavras (Z-L’orgie du pouvoir, Missing, Music Box) pour

sa personnalité qui a marqué le cinéma contemporain de manière particulièrement originale.

La remise du prix à Costa-Gavras a eu lieu le samedi 31 août 2019 à la Sala Grande, la plus grande salle du Palazzo del Cinema à 22 heures, avant la projection en première mondiale du nouveau film écrit et réalisé par lui, Adults in the Room (France, Grèce, 124 ‘) avec Christos Loulis, Alexandros Bourdoumis, Ulrich Tukur.

A propos de cette reconnaissance, le directeur du festival, Alberto Barbera, a déclaré:

Il y a de nombreuses raisons pour lesquelles Costa-Gavras mérite de figurer parmi les grands directeurs de la modernité, mais l’une d’elles prévaut sur toutes: avoir su faire de la politique un sujet fascinant, un sujet comme un autre, à affronter non pas entre des initiés conscients et déjà convaincus, mais à l’administration grand public, en utilisant tous les moyens que le cinéma fournit pour accéder au plus grand nombre possible de spectateurs. Ce réalisateur, timide mais déterminé, a toujours soutenu que tous les films sont politiques. Un moyen non seulement d’échapper à l’étiquette de directeur politique qui lui a toujours été attribuée – pas rarement de manière polémique et réductrice – mais de revendiquer une fidélité pacifique et véritablement démocratique à un cinéma populaire qui n’abandonne pas la pensée, questionnement, provoquant des émotions profondes. Grâce à l’indignation authentique qui inspire ses films, au profond humanisme qui les caractérise et à la liberté qu’ils revendiquent, Costa-Gavras questionne nos faiblesses et notre capitulation. Comme on l’a dit, “si nous nous étions endormis, son cinéma nous réveille. Et si nous l’avons perdu, ses films nous redonnent espoir “.

Dans Adults in the Room, d’après le livre du même nom écrit par Yanis Varoufakis, une tragédie humaine a lieu à huis clos. Un thème universel: une histoire de personnes piégées dans un réseau de pouvoir et d’intrigues fomentées en coulisses, à l’insu des personnes concernées en premier lieu, en l’occurence le ministre grec des finances.

Le cercle des réunions de l’Eurogroupe, qui impose une austérité à la Grèce. Un piège claustrophobe sans issue, qui exerce une pression sur les protagonistes et qui les divise finalement. Une tragédie grecque au sens ancien mais moderne vu ses protagonistes et les enjeux encourus. Les personnages ne sont ni bons ni mauvais, mais guidés par les conséquences de leur propre conception du bien à faire. Une tragédie de notre époque qui a mis à genoux l’économie grecque et, par conséquence, la vie des Grecs qui ne touchent plus de salaires depuis des années, n’ont plus accès à un système de santé gratuit et dont la survie est chaque jour jour remise en question dans une économie moribonde qui sert à rembourser une dette colossale, truffée de crédits qui augmentent à chaque réunion.

Inévitablement, le film est bavard puisque de nombreuses scènes se déroulent à Bruxelles en français, en allemand, en grec, en anglais. Costa-Gavras a dû beaucoup s’amusé à trouver des acteurs qui ressemblent, traits pour traits, aux protagonistes officiels qui ont joué des rôles dans le dossier consacré à La Grèce. la ressemblance est souvent tellement troublante que le réalisateur parvient à mettre de l’humour dans des rencontres tendues et réussit à faire rire de bon coeur son auditoire.
Un vrai régal jubilatoire pour celles et ceux qui se passionnent pour la politique et ses travers !

— Costa-Gavras
© La Biennale di Venezia – Photo ASAC

Rappelons que Costa-Gavras est né en 1933 à Loutra-Iraias (Grèce). À l’âge de vingt-deux ans, il a quitté la Grèce en tant que migrant économique pour étudier à Paris. Il s’est inscrit à la Sorbonne avant d’être admis à l’Institut national du film (IDHEC). Après avoir obtenu son diplôme, il a travaillé comme assistant réalisateur auprès de grands réalisateurs français tels que René Clair, René Clément, Henri Verneuil, Jacques Demy, Marcel Ophüls, Jean Giono et Jean Becker. En 1965, il réalise son premier long métrage, Vagone letto per assassini. Ses films suivants remportent un énorme succès: Z – L’orgie du pouvoir remporte deux Oscars en 1969, deux prix à Cannes et des dizaines d’autres prix. Avec ses films politiques, Costa-Gavras poursuit son travail entre la France et les États-Unis en réalisant 20 films, dont Il 13º uomo, L’affaire de la section spéciale, Missing (Palme d’Or et Prix du meilleur acteur à Jack Lemmon en 1982), Hanna K, Trahie – Trahie, Confession, Femme claire, Conseil de famille, Petite apocalypse, Mad City – Assaut sur l’actualité, Music Box – Accusation, Amen, Chasseur de têtes, Verso eden, Le capital.

En 2018, Costa-Gavras publie son autobiographie Va là où il est impossible d’aller. Depuis 2007, il est président de la Cinémathèque française.

Firouz E. Pillet, Venise

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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