Mostra 2019 : Om det oändligafår (A propos de l’infini) de Roy Andersson, une méditation sur l’existence humaine

Le nouveau film de Roy Andersson, Om det oändligafår (A propos de l’infini) est une coproduction suédo-norvégo-allemande et concourt dans la compétition internationale.

Om det oändligafår  propose une réflexion sur la vie humaine dans toute sa beauté et sa cruauté, sa splendeur et sa banalité. Transporté dans un univers onirique où les cauchemars existent, les spectateurs sont guidés par la voix douce et contemplative d’un narrateur évoquant Scheherezade : « J’ai vu un homme qui a voulu sauvé l’honneur de la famille en tuant sa fille et s’est repenti », « J’ai vu un curé qui s’est mis à douter de l’existence de Dieu », « J’ai vu une femme pleurer son enfant mort à la guerre pendant que son mari nettoie la tombe de leur fils, Tommy », etc.

Om det oändligafår (A propos de l’infini) de Roy Andersson
Image courtoisie La Biennale di Venezia

Les moments insignifiants de l’existence, parfois insolites, parfois anodins, parfois terribles, prennent le même sens que des événements historiques : un couple flotte – au sens propre – dans le ciel au-dessus dans une colonie déchirée par la guerre ; alors qu’ils accompagnent leur fille à une fête d’anniversaire, un père s’arrête pour attacher ses chaussures sous la pluie battante ; des adolescentes dansent devant un café et la clientèle les applaudit ; une armée vaincue marche vers un camp de prisonniers en Sibérie; un homme, attaché à un pilote par des soldats implore qu’on l’épargne alors qu’un cercueil est déjà posé à ses côtés.

Tel les « exercices de style » de Raymond Queneau, les saynètes se succèdent, narrant des faits différents mais conservant une unicité de ton, un ton teinté d’humour noir ou pince-sans-rire qui a suscité bien des éclats de rite lors de la vision de presse … Peut-être des éclats de rire nerveux tant les sujets des saynètes renvoient cruellement à notre propre existence.

Cette complainte larmoyante et continue se veut cependant une ode à l’existence humaine.

Om det oändliga (servi par Jan-Eje Ferling, Martin Serner, Bengt Bergius, Tatiana Delaunay, Anders Hellström, Thore Flygel ) est un kaléidoscope de tout ce qui est éternellement humain, une histoire sans fin sur la vulnérabilité de l’existence et surtout sur l’inéluctable répétition des situations.

Un curé prépare le calice et guigne par l’embrasure de la porte si les fidèles sont déjà nombreux . .. Il avale une première gorgée de vin directement du goulot de la bouteille, puis une seconde, une troisième  : « Mais peut-il être qu’il n’y a pas de Dieu?» «Non, ce serait terrible. En quoi crois-tu alors? » «Oui, je ne sais pas. Vous devez probablement être convaincu que vous êtes en vie.  »
Il ne reste à ce curé méchant que le divan du psychiatre pour confier ses doutes.

— Martin Serner – Om det oändligafår
Image courtoisie La Biennale di Venezia

Avec Om det oändliga, Roy Andersson poursuit son  exploration cinématographique par une réflexion sur l’humanité dans toute sa beauté et sa cruauté. Ce dernier opus de Roy Andersson est à la fois un poème, un hommage et une lamentation; un constat abrupt de tout ce qui est éternellement humain et récit sans fin de la vulnérabilité de l’existence.

Le cinéaste a commenté la présence de son film à la Mostra :

Venise est le plus ancien festival du film au monde, c’est une tradition dont je suis fier de faire partie. C’est mon sixième long métrage, je pense que c’est le meilleur.

Roy Andersson d’ajouter au sujet de son film :

La corne d’abondance est la corne mythique d’une chèvre et est remplie de symboles de richesse et d’abondance. Elle est généralement représentée débordante de produits et de fruits de toutes sortes : une abondance généreuse qui, selon le mythe, ne diminue jamais, car elle est une véritable représentation de l’infinie inépuisabilité. C’est le mythe grec qui m’a inspiré à réunir toutes ces scènes, tous ces thèmes dans un seul film. Je veux souligner la beauté d’être vivant et humain, mais pour le prouver, nous avons besoin d’un contraste, nous devons révéler même le pire côté. Ce film parle de l’infinité des signes de l’existence.

En 2014, Roy Andersson terminait la trilogie avec Un pigeon assis sur une branche et s’interroge sur l’existence, qui lui a valu d’être le premier film suédois à recevoir le Lion d’or à Venise. Cette fois-ci, la concurrence est forte et d’autres candidats se démarquent déjà à six jours de la remise des prix.

Firouz E. Pillet, Venise

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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