Locarno 2021 : Luzifer, de Peter Brunner, présenté dans la compétition internationale, suscite à la fois fascination et agacement

Un jeune homme (Franz Rogowski), à l’équilibre mental fragile, vit avec sa mère, isolé dans les Alpes. Sa mère (Susanne Jensen), complètement tatouée, ancienne toxicomane, et désormais radicalement dévote, voue un culte à Dieu mais surtout à son fils. Une grotte mystérieuse au loin, qui ressemble à un vagin, une bande de drones bourdonnants qui survolent le chalet d’alpage, affole Johannes qui, terrorisé, se cache en hurlant.
Tourné au Höllenstein à Tux dans le Zillertal au Tyrol, Luzifer se déroule dans ces pâturages d’altitude qui deviennent un protagoniste à part entière. Une nature paisible jusqu’aux survols de plus en plus fréquents et menaçants des drones et les incursions d’un commando d’hommes brutaux ; des éléments extérieurs qui viennent déranger la quiétude rodée de ce huit-clos déroutant entre mère et fils.
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Locarno 2021 Compétition internationale : Leynilögga (Cop Secret) Hannes Þór Halldórsson – Une parodie de film de genre jubilatoire !

Quelle curiosité ce Leynilögga (Cop Secret) à Locarno! Tout d’abord, il a été réalisé par le gardien de l’équipe nationale de football islandaise ce qui déjà en fait un objet marketing particulier. Puis sa présence en compétition internationale plutôt que pour la Piazza Grande et son écran géant sur lequel sa dimension d’action aurait pu s’exprimer pleinement. Il s’avère pourtant que sa sélection en compétition est une réussite, le film donne un grand bol d’air au concours traversés par des thématiques assez lourdes et réjouit les sens cinématographiques.
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Locarno 2021 : Al Naher (La rivière), de Ghassan Salhab, présenté dans la compétition internationale, plonge le public dans une atmosphère anxiogène, métaphore de la situation du Liban

Le personnel du restaurant du café où le couple prend un repas disparaît soudainement et l’électricité s’éteint. La réception cellulaire a aussitôt disparu, laissant le couple complètement isolé du reste du monde. Au milieu du paysage rural libanais, dans un ce restaurant de campagne isolé, l’homme et la femme échangent des propos, interrompus de manière soudaine par le vol d’avions militaires que les spectateurs ne voient pas entendent les moteurs vrombir.
La femme (Yumna Marwan) et l’homme (Ali Suliman) se retrouvent soudainement seuls mais, on entend les avions de chasse continuant leur survol dans les environs. Des événements météorologiques étranges se succèdent, créant une atmosphère anxiogène : des nuages ​​sombres couvrent rapidement la terrasse du café pour disparaître tout aussi rapidement, suivies par de violentes rafales de vent qui soufflent pour s’éteindre aussitôt ; des apparitions d’épaisses brumes se lèvent puis se dissipent. Le couple se met à fuir et se met à l’abri dans une forêt aux pins élancés et espacés, filmée de manière picturale qui fait songer à un tableau impressionniste.
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Locarno 2021 Compétition internationale : Gerda de Natalya Kudryashova – L’enfermement de l’âme russe dans un monde prosaïque et brutal

L’actrice et réalisatrice russe Natalya Kudryashova offre avec son quatrième film une vision bien sombre de l’espace moderne russe qui ne laisse plus de place à l’épanouissement de l’âme. Dès la première scène, elle nous déconcerte : on y voit une voiture qui longe une forêt d’arbres longs et minces sans feuilles comme des conduits qui s’élèvent vers le ciel ; une femme, à côté de laquelle se trouve une petite fille, sort précipitamment de la voiture pour faire pipi à l’abri d’un tronc. La chose faite, un sentiment inquiétant semble la posséder ; elle se met à courir. Coupure dans l’espace-temps, nous nous retrouvons dans un club de strip-tease avec une jeune femme, Lera (Anastasiya Krasovskaya), dont le nom de scène est Gerda – comme celui du personnage principal du conte La Reine des neiges de Hans Christian Andersen. Le jour, Lera est une étudiante en sociologie somnolente. L’histoire de Gerda se joue constamment sur deux axes : le monde de la nuit et celui du jour, le prosaïque et la transcendance, le rêve et la réalité, la richesse et la pauvreté, la conscience et l’inconscience…
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Locarno 2021 : Le drame Medea, d’Alexander Zeldovich, présenté en compétition internation, propose une interprétation moderne du mythe grec ancien de cette femme emplie de solitude et de vindicte

Une voix de femme semble raconter puis on comprend qu’elle se confesse dans une église orthodoxe. La caméra d’Alexander Zeldovich suit cette femme errant et soliloquant dans des paysages qui ressemblent à ceux des anciennes républiques soviétiques mais difficiles à situer : Azerbaïdjan peut-être ?
Puis la caméra d’Alexander Zeldovich effectue un flash-back suivant Medea, passagère dans la voiture conduite par son frère. Membre des services de renseignement, celui-ci la violente par des caresses très appuyées, des menaces : il veut faire emprisonner l’amant de sa sœur, Medea, une fille du Trans-Oural tombée amoureuse d’un riche juif Alexei avec lequel elle a eu deux enfants. (…)

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Locarno 2021 Compétition internationale – Sis dies corrents (The Odd-Job Men) de Neus Ballús: La plomberie de la vie quotidienne

Mohamed, migrant marocain à Barcelone fermement décidé à s’intégrer par la langue – il parle le castillan mais apprend le catalan pour passer l’examen – et le travail, trouve un emploi dans une petite entreprise de plomberie-électricité. Il a une semaine de mise à l’essai qu’il pense passer sans encombre. C’est sans compter sur ses deux collègues et les clients, plus excentriques les uns que les autres. L’idée de la réalisatrice Neus Ballús est de dépeindre par petites touches la complexité de la vie quotidienne, les préjugés mutuels qui nourrissent les situations journalières,  inspirée par les histoires de son enfance que racontait son père, lui-même plombier.
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[Audio] Locarno 2021 : rencontre avec Axelle Ropert, la réalisatrice de Petite Solange, qui concourt pour le Pardo d’Oro

Venue à Locarno pour présenter son dernier long métrage, Petite Solange, en compétition, Axelle Ropert nourrit une longue histoire amicale avec Locarno et son festival. (…)
Solange (Jade Springer), treize ans, partage sa vie d’adolescente entre sa famille, le lycée et ses amis. Extravertie, joyeuse, elle est passionnée et adore ses parents, Aurélia, (Léa Drucker),  comédienne au théâtre et son père, Antoine,  (Philippe Katerine) qui vend des instruments de musique. Progressivement, ses parents se mettent à se disputer, se fâcher, ils commencent à s’éloigner puis leur séparation se profile. En classe, Solange, habituellement si vive,  s’est éteinte, ne parvient pas à réciter un poème de Verlaine et éclate en sanglots. Le spectre du divorce parental se précise, l’univers de Solange se brise.
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Locarno 2021 Compétition internationale – Nebesa (Heavens Above) de Srdjan Dragojević : mise en scène brillante d’un saint diabolique qui tend un miroir au monde

(…)C’est que Stojan et sa famille sont des réfugiés qui vivent dans une zone insalubre de la ville avec d’autres rejetés de la société, les Rroms. La misère est telle que pour se rendre à la salle d’eau, chacun amène sa propre ampoule. Un jour, Stojan se rend à la salle de bains et, en mettant son ampoule, reçoit une décharge qui lui fait apparaître un halo au-dessus de sa tête. Impossible de faire disparaître cet anneau de lumière et, après avoir effrayé sa femme, superstitieuse et dévote, il devient rapidement l’attraction du quartier, représentant pour certain.es un saint, pour d’autres le diable. (…)

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Mostra 2019 : Gloria Mundi, de Robert Guédiguian, en concours avec une tragédie grecque des temps modernes

Le film s’ouvre sur une scène, en gros plan, des jambes écartées d’une mère en plein travail, vues depuis sa tête : les mains de l’infirmière empoigne un nouveau-né, encore attaché à son cordon ombilical et le pose sur la poitrine de la parturiente.

Scène suivante : dans une maternité de Marseille, une famille se réunit pour la naissance de la petite Gloria. Malgré la joie, les jeunes parents, Mathilda (Anaïs Demoustier) et Nicolas (Robinson Stévenin), certes heureux parents,  vivent des temps difficiles. Alors qu’ils luttent pour sortir de cette situation financière difficile, ils retrouvent le grand-père de Gloria, un ancien prisonnier.
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Mostra 2019 :  Lan xin da ju yuan (Saturday Fiction) de  Lou Ye, avec Gong Li, plonge le public dans les tumultes de l’occupation nippone en Chine en 1941

Lan xin da ju yuan (Saturday Fiction) retrace un chapitre terrible de l’histoire chinoise sous occupation nippone, si brutale et sanguinaire qu’elle marque encore les esprits de nos jours.

Depuis l’occupation japonaise, la Chine est le théâtre d’une guerre du renseignement entre les Alliés et les puissances de l’Axe. La célèbre actrice Jean Yu (la tout aussi célèbre Gong Li) retourne à Shanghai, apparemment pour jouer dans Saturday Fiction, réalisé par son ancien amant. Mais quel est son but réel ? Libérer son ex-mari ? Voler des informations secrètes pour les forces alliées ? Travailler pour son père adoptif ? Ou échapper à la guerre ? Alors qu’elle s’embarque dans sa mission et qu’il devient de plus en plus difficile de distinguer les amis des agents secrets, alors que tout semble échapper à tout contrôle, Jean Yu commence à se demander si elle peut révéler ce qu’elle a découvert sur l’attaque imminente de Pearl Harbor.
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