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Mostra 2023 – Lion d’or décerné à Poor Things (Pauvres Créatures), de Yorgos Lanthimos, vain roi de la dextérité cinématographique 

On ne peut lui enlever cela, le réalisateur grec est un virtuose qui explore le cinéma et ses genres ! Après le drame familial Canine (Prix Un Certain regard 2009 à Cannes), la satire fantastique The Lobster (Prix du Jury 2015 à Cannes), le thriller psychologique Mise à mort du cerf sacré (Prix du scénario à Cannes 2027), la comédie historique La Favorite (Grand Prix du Jury à Venise en 2018), qui inaugure son travail avec Emma Stone, Yorgos Lanthimos se fait plaisir avec une histoire extravagante qui lui ouvre les portes de toutes ses envies graphiques de mise en scène, mariant avec jubilation les univers de Frankenstein et Münchhausen.

Poor Things de Yorgos Lanthimos
© Element Pictures

Parvenu à son climax de démesure, il est rassurant d’entendre le réalisateur annoncer que, après sa prochaine collaboration avec Emma Stone et Willem Dafoe, intitulée And, dont on ne sait pas grand-chose si ce n’est qu’il a été tourné en 2022 à la Nouvelle-Orléans, Lanthimos est revenu à plus de simplicité avec son dernier projet à date pour lequel il est retourné en Grèce, avec Emma Stone dans les bagages, pour un film dont on ne connaît pas encore le titre. Rassurant, car petit à petit, la forme a pris la main sur ses ambitions, le mouvement équilibré entre recherche narrative et visuelle, l’adéquation entre le fond et la forme, se sont tordus dans un tourbillon esthétisant pour en arriver à ce récit ébouriffant dans ses décors, abusant sans complexe d’effets tels que la palette chromatique, les différentes focales, avec pour en rajouter au dispositif grandiloquent, des effets fisheye un peu tarte.

Bel écrin qui se transforme en une coquille assez vide, Poor Things raconte l’histoire de Bella Baxter (Emma Stone), une jeune femme ramenée à la vie par un brillant mais peu orthodoxe scientifique, lui-même rapiécé de toutes parts, Godwin Baxter (Willem Dafoe), qu’elle appelle God (Dieu). Sous sa protection ainsi que celle de son assistant Max McCandles (Ramy Youssef), qui tombe éperdument amoureux d’elle, la jeune femme dénote d’une soif inextinguible d’apprentissage – en effet, elle a le corps d’une femme, mais le cerveau d’un enfant.  Affamée de connaissances, sans filtre social, Bella veut connaître le monde et l’exultation charnelle. Elle s’enfuit avec Duncan Wedderburn (Mark Ruffalo), un avocat rusé et débauché, dans une aventure tourbillonnante à travers le continent européen, avec une petite excursion à Alexandrie où la jeune femme va connaître le traumatisme de l’injustice du monde lié à la pauvreté extrême. C’est à Paris (where else ?), qu’elle éprouvera la dernière libération à travers, pêle-mêle, la découverte de la prostitution, du socialisme, de la bisexualité, ce qui l’amènera à défendre son pré carré d’indépendance et de revendication égalitaire.

— Willem Dafoe et Emma Stone – Poor Things
© Element Pictures

Les actrices et les acteurs tirent avec brio leur épingle du jeu, avec bien sûr, dans le rôle de la candide qui explose toutes les convenances sociales, une Emma Stone qui développe une palette d’humour de situations dissociées, en cela aidée par la caméra de Robbie Ryan qui épouse Emma Stone, et vice-versa, pendant plus de deux heures.

Le récit très balisé avec ces villes qui se succèdent et suivent l’évolution cognitive de l’héroïne s’étiole à mesure et on peine à comprendre ce que cette histoire veut nous dire. Pauvres Créatures est l’adaptation du roman éponyme (1992) d’Alasdair Gray, que nous n’avons pas lu. Impossible d’en connaître le fond et les intentions, on ne peut que se baser sur l’interprétation faite par Yorgos Lanthimos et le scénariste Tony McNamara : même si on aimerait bien croire que cette fantaisie participe d’une dénonciation par l’humour du patriarcat, force est de constater que Dieu, même mortel, est un homme, et que la femme, une fois libérée de ses injonctions sociales – et malgré ses velléités socialisantes –, se construit un petit univers préservé des aléas du monde dans lequel elle vivra (longtemps, on l’espère pour elle), dans un confinement petit-bourgeois idyllique.

De Yorgos Lanthimos; avec Emma Stone, Mark Ruffalo, Willem Dafoe, Ramy Youssef, Jerrod Carmichael, Christopher Abbott, Margaret Qualley, Vicky Pepperdine, Kathryn Hunter, Hanna Schygulla; Royaume-Uni ; 2023 ; 141 minutes.

Malik Berkati

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