Pessac 2021 : Massoud, l’héritage, de Nicolas Jallot, part sur les traces du Commandant Massoud

Le 9 septembre 2001, Ahmed Chah Massoud, né Amatcha, dit commandant Massoud ou le Lion du Panshir /Panjshir, est assassiné par Al-Qaida. En 2021, quasiment jour pout jour après son assassinat, le retour des talibans au pouvoir à Kaboul semble enterrer à tout jamais l’espoir de paix et de liberté que nourrissait le Commandant Massoud. Que reste-t-il de son engagement ? Qu’a-t-il laissé en héritage ? Animé par ces questions, Nicolas Jallot part sur les traces du Commandant Massoud, allant à la rencontre de se strophes comme de ceux qui l’ont rencontré pour le poids de son héritage alors que le retrait des troupes américaines a sonné le glas de tout soubresaut démocratique pour les Afghans.

Massoud, l’héritage, de Nicolas Jallot
Image courtoisie Festival international du Film d’Histoire de Pessac

Le documentaire de Nicolas Jallot rappelle le choix cornélien, le dilemme existentiel qu’Amatcha a dû faire alors qu’il n’avait pas encore vingt ans : soit poursuivre ses études d’ingénieur à Kaboul et pactiser avec l’occupant communiste soit entrer dans la clandestinité et rejoindre la révolution.

La postérité connaît son choix et lui confère désormais un statut de Che afghan, lui qui parvint à repousser sept attaques d’envergure des troupes soviétiques contre la vallée du Panchir, au nord-est de Kaboul, lui qui réussit ensuite à protège sa vallée des talibans qui s’étaient emparés du pouvoir et qui ne réussiront jamais à la contrôler. Alors que le Commandant Massoud n’a eu de cesse de prévenir les Occidentaux de la menace internationale notamment constituée par la présence d’Oussama Ben Laden et d’Al-Qaida sur le sol afghan, il sera pourtant piégé lors d’un attentat-suicide par ces ennemis qu’il combattait.
Dès le retrait des troupes américaines, dans un chaos effroyable, la population civile se retrouve livrée en pâture aux Talibans de retour au pouvoir en Afghanistan depuis ce fatidique lundi 6 septembre 2021. L’ombre du commandant Massoud, son héritage mû par un souffle inébranlable d’espoir et une soif de liberté, plane sur cette vallée du Panshir, ultime bastion d’une opposition armée au nouveau régime, d’une résistance organisée.

Vingt après l’assassinat du Commandant Massoud, Nicolas Jallot cherche à cerner ce qu’il reste de son engagement politique, de son combat pour la liberté et, pour ce faire, de son héritage spirituel et émotionnel alors que les islamistes consolident de plus plus en plus l’assise de la charia, excluant définitivement les femmes de la vie publique, des écoles, des universités, des emplois. Sa caméra ponctue des scènes d’archives, des séquences contemporaines et des entretiens avec ceux qui ont côtoyé le Lion du Panshir, racontant la vie du légendaire Commandant Massoud, depuis sa jeunesse, sa lutte armée contre l’envahisseur soviétique, son échec politique, puis son combat contre les Talibans et le terrorisme international, jusqu’à son assassinat par Al Qaida, commandé par Ben Laden. Massoud, l’héritage se veut à la fois le portrait d’un homme et d’un peuple et révèle les dessous du dernier conflit de la Guerre froide, et de la naissance des Talibans.

Rappelant que Massoud a grandi dans le royaume d’Afghanistan, dont le roi fût renversé en 1973, puis devenu simple soldat moudjahid alors que le tout jeune Ahmed Chah Massoud prend les armes dès 1978 contre le régime communiste installé par les Soviétiques, le documentaire de Nicolas ballot nous fait découvrir qu’il a servi de guide francophone à un photographe français à peine débarqué de Beyrouth : Raymond Depardon qui sort quelques clichés en noir et blanc d’une boîte qui confie face à la caméra :

« J’étais parti photographier des combattants à Beyrouth, ville que je connaissais mais au bout d’une semaine, vivre dans des caves …. Je vois des dépêches qui arrivent d’Afghannistan : on ne savait pas très bien ce qui se passait, seulement qu’il y avait des réfugiés afghans au Pakistan. J’ai décidé de prendre un vol Pakistan Airways pour Karachi puis, une fois sur place, je prends une correspondance pour Peshawar. Comme je me suis arrêté au certificat de fin d’études et que je ne parlais pas l’anglais, j’ai demandé si il n’y avait pas un guide francophone : on a frappé à la chambre de mon hôte de Peshawar et un monsieur très timide m’a dit qu’il serait mon guide. Il m’a dit qu’on devait acheter des habits et que comme j0avais les yeux clairs, je pouvais passer pour un Afghan qui rentrait au pays mais il m’a dit que je devais me taire et qu’il me ferait passer pour un handicapé muet.Le lendemain, on a pris l’avion jusqu’à hitral pui on est parti en direction du Nouristan avec notre ami Massoud (…) dans le monde, il y a les cousus comme en Occident et les drapés dans la moitié du globe. J’e portas des habits pachtounes, drapés, et j’ai commis une errer : j’ai sort ,on Leica caché sous ms habits drapés et j’ai crû photographier un Afghan mais c’était n Pakistanais. Massoud est venu me dire qu’on était découvert, qu’il fallait partir très vite car i avait vu que j’étais occidental et que j’allais sans doute être arrêté.»

Raymond Depardon ne fut pas le seul à venir suivre cette guérilla dont Massoud s’imposera très vite comme un véritable « commandant ». Il y eut de nombreux médecins français, des envoyés spéciaux et grands reporters comme le photographe américain d’origine iranienne Reza, qui a offert un jeu d’échecs à Massoud sachant qu’il adorait y jouer, explique :

Massoud était hors normes mais cela provient des conditions dans lesquelles il a grandi. Massoud était un fin stratège sur l’échiquier tout comme dans le terrain.

Le Général Boris Gromov, chef des troupes soviétiques en Afghanistan, se souvient:

Les Américains se réjouissaient que l’Union soviétique parte faites la guerre en Afghanistan, une guerre dans laquelle l’URSS s’est enlisée économiquement, politiquement, militairement; ce qui l’a affaiblie et c’est ce que recherchaient les Américains qui étaient ravis. »

Michaël Barry, professeur à l’Université américaine de Kaboul, souligne :

À partir du moment où les États-Unis ont décidé que cette résistance afghane durait, dès 1995, l’opinion musulmane internationale est dite acquise à l’idée que ce n’est pas une guerre entre Soviétiques et Américains par Afghans interposés mais que cette résistance afghane était bien réelle, profonde et oh ! combien musulmane. C’est à ce moment-là que les Américains ont senti qu’ils avaient la couverture politique nécessaire avec l’appui de leurs alliés pakistanais pour faire parvenir de l’armement anti-aérien aux groupes de résistants. (…) L’État pakistanais a tout fait pour réduire Massoud au statut d’ethnarque, de chef d’ethnie. Massoud est un stratège, est un meneur d’hommes mais cantonné à son ethnie, les Tadjiks. Donc, ils ont incité les Ouzbeks, les Pachtounes, les Hazaras à ne pas rallier la cause d’un Tadjik.

Jérôme Bony, reporter, souligne :

En 2001, il n’a été reçu ni par le président ni par le premier ministre en France mais uniquement au parlement européen alors qu’il venait mettre en garde l’Europe de la menace terroriste. Comme Massoud ne parlait pas anglais, il n’était pas un interlocuteur digne d’intérêt pour les Américains.

Nicolas Jallot brosse un panorama exhaustif de l’héritage du Commandant Massoud au travers d’un récit réalisé avec les propos de son fils Ahmad Massoud, leader et symbole de la nouvelle résistance afghane. Le documentaire n’est ni hagiographie ni dithyrambique, laissant certains intervenants mentionner les facettes plus obscures du Lion du Panshir comme Vincent Hugeux qui raconte :

Il ne faut pas faire de l’angélisme en évoquant Massoud. Je l’ai vu donner des ordres à ses troupes et il avait un regard de tueur.

En mêlant interviews inédites et archives intimes, ce film dessine le monde tel qu’il a été et tel qu’il est devenu au regard des attentats du 11 septembre 2001, apportant ainsi un autre regard sur l’Afghanistan et ses enjeux géopolitiques. Il raconte aussi une histoire universelle, celle d’un combat pour la liberté. Une épopée toujours d’actualité car l’Histoire se répète en Afghanistan avec le retrait des Américains, le retour des Talibans et la menace Al Qaeda et de Daech qui pourront, tout comme ce fut le cas en Irak et en Syrie, se procurer du matériel militaire moderne et efficace, laissé sur place par les Américains ! L’avenir est désormais incarné par le fils de Massoud, Ahmad mais comme souvent chez les héritiers de héros, l’héritage est beaucoup trop lourd à porter.

Ce film, qui retrace la vie de son père et il rappelle que Massoud, au-delà de l’homme, c’est un état d’esprit, un espoir de paix, une volonté de résistance et de liberté, ce souffle de vie laissé en héritage, est proposé dans la section Panorama.

Firouz E. Pillet

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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