Rencontre exclusive avec Silvio Soldini pour Emma – titre original « Il colore nascosto delle code » (La couleur cachée des choses) – ou comment voir au-delà des apparences

Avec son onzième film, présenté à la Mostra de Venise 2017 (voir la critique) puis au Festival de Zurich, Il colore nascosto delle cose – dont le titre orignal italien n’a pas été conservé pour la sortie en Suisse du film intitulé, au grand désarroi du cinéaste, Emma -, le réalisateur milanais Silvio Soldini retrouve vingt ans plus tard, la protagoniste du film Les Acrobates (Le acrobate), Valeria Golino, dans le rôle d’une non-voyante.

 

Le film s’ouvre sur un long dialogue dans l’obscurité, avant qu’un éclair de lumière ne fende l’écran : le protagoniste, Teo (Adriano Giannini), traverse avec un malaise palpable ‘’un musée sensoriel’’ obscur avec ses collègues. Leur guide est Emma (Valeria Golino), une ostéopathe qui se rend dans ce musée une fois par semaine pour servir de guide aux péronés voyantes. Teo travaille dans la publicité, donc principalement avec les  images, ce qui souligne le profond fossé qui le sépare de la non-voyante qui tombe amoureuse de lui.

Teo sait vendre une image, aussi bien qu’il sait se mettre en scène lui-même. Créateur dans une agence de pub en vue, ce séduisant quadragénaire jongle avec légèreté non seulement avec ses clients, mais aussi entre sa petite amie officielle et sa maîtresse, fuyant constamment ses engagements. Mais un beau jour, de manière fortuite, dan un magasin d’habits, il rencontre Emma de visu, la guide aveugle qu’il reconnaît à sa voix merveilleuse. À l’inverse de Teo, Emma sait ce qu’elle veut, elle a de fidèles amies et gère son quotidien et son travail en tant qu’ostéopathe avec brio grâce à son caractère passionné et à son enthousiasme. À la fois curieux et fasciné, puis progressivement attiré par la façon diamétralement opposée avec laquelle Emma appréhende les choses, Teo se lance dans une liaison avec elle … Une relation qui va lui ouvrir les yeux.

Dans le film, le travail qu’a accompli Valeria Golino, en observant les gestes quotidiens des non-voyants, est remarquable et troublant de véracité : se déplacer en ville avec une canne, faire les courses, la cuisine et exécuter des actions que nous prenons pour acquises, comme utiliser un téléphone portable.
Il colore nascosto delle cose, qui parvient à restituer la ‘’normalité’’ de ceux qui vivent dans l’obscurité, offre une vision du monde poétique dans laquelle le rapport sensoriel qui s’établit entre deux protagonistes permet de les rapprocher. Teo est un homme qui fuit ses propres responsabilités, mais sera contraint de se recentrer sur lui-même et de remettre en question sa façon d’envisager la vie.

Ce dernier film de Silvio Soldini,  tout en finesse et en poésie, déborde de charme italien, et le couple Adriano Giannini–Valeria Golino porte ce sujet délicat avec brio, formant un couple symbiotique à l’écran dans cette histoire d’amour singulière.

— Silvio Soldini à la Mostra de Venise 2017
© Firouz Pillet

Contacté par téléphone, Silvio Soldini nous a accordés un peu de son temps, en entretien exclusif en français, alors qu’il est accaparé par un nouveau tournage.
Soldini nous a parlé de la genèse de ce film de fiction : « En 2013, avait réalisé un documentaire intitulé Per altri occhi – avventure quotidiane di un manipolo di ciechi, qui suivait un physiothérapeute, une musicienne, un sculpteur et d’autres non-voyants ayant pour point commun une volonté de vivre, de surmonter les obstacles, de faire du sport et d’autres activités habituellement dangereuses pour une personne handicapée. »
Le réalisateur est parti de cette expérience, qui a dû profondément le marquer, pour écrire le scénario du film avec Doriana Leondeff et Davide Lantieri. En amont, il a effectué es longues recherches pour réaliser le documentaire, les rencontres et les échanges avec les non-voyants et leur entourage qui lui ont permis d’imaginer une histoire qui n’utiliserait pas les mêmes lieux pathétiques, mais qui montrerait la vie quotidienne de ces personnes de manière très réaliste.

 

Propos recueillis par téléphone par Firouz E. Pillet

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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