Skin, de Guy Nattiv, ou comment survivre à l’endoctrinement raciste suprémaciste – disponible en Suisse en VoD

Le réalisateur israélien Guy Nattiv a décidé de faire un film sur un néonazi réformé seulement après avoir reçu la bénédiction de son grand-père qui a survécu à l’Holocauste. Skin suit l’histoire vraie de Bryon “Pitbull” Widner, membre d’un gang de néo-nazis qui fera face à des menaces de mort pour les siens comme pour lui lorsqu’il décidera de changer de vie…

— Jamie Bell – Skin
Image courtoisie Ascot Elite

En tant que fils adoptif de deux dirigeants farouchement engagés de leur secte néonazie locale, la vie de Bryon Widner (Jamie Bell) a été façonnée dans l’ombre du mouvement suprémaciste blanc. Couvert de la tête aux pieds par des tatouages codés et violents, Widner incarne le monde dans lequel il a été élevé, alors qu’il fait de ses nuits des successions d’actes gratuits  violents d’exécutions mues par la haine et des discours fascistes martelés sans fin par son gang.

Skin s’ouvre une réunion festive de néo-nazis réunis par le fondateur du mouvement, sur fond de heavy metal. Alors que les trois filles d’une jeune femme, Julie, montent sur scène pour interpréter une chanson raciste, un des membres au milieu de la foule leur lance des pierres. Pitbull prend aussitôt leur défense en plaquant au sol l’agresseur et le maintenant ainsi jusqu’à ce qu’il présente des excuses aux jeunes filles. Ce geste est très apprécié par leur mère qui commence à fréquenter Bryon.

Au fil de la romance avec Julie, Bryon souhaite quitter ce milieu de suprémacistes blancs et changer totalement sa vie. Après être tombé amoureux, il emménage avec Julie (Danielle Macdonald), mère divorcée, et ses trois filles; Julie le soutient dans sa volonté de quitter sa vie de skinhead. Mais ce processus est plus facile à énoncer qu’à faire. Broan Widner contacte Daryle Lamnt Jenkins, un activiste qui suit depuis longtemps les actions des suprématcistes pour les dénoncer, et sollicite son aide pour s’extirper du milieu qui l’a forgé et endoctriné. Pour ce faire, Bryan doit trahir son ancien gang et travailler aux côtés du FBI afin d’enlever l’encre corporelle qui a représenté son identité depuis si longtemps, ainsi que le fardeau des crimes du gang qu’il a commis.

Guy Nattiv avait déjà réalisé un documentaire sur l’histoire de Bryon “Pitbull” Widmer, sorti en 2013 et qui a emporté l’Oscar du meilleur court métrage. Guy Nattiv parvient à immerger les spectateurs dans ce monde hostile, raciste et surtout ultra-violent en dépeignant le chemin difficile et parsemé d’embûches de la rédemption, un chemin qui sera douloureux et meurtrier. Ce film, à la structure solide, est porté de bout en bout par Jamie Bell époustouflant dans ce rôle de skinhead et qui offre une magnifique performance. Leparcours est certes incarné par des acteurs mais durant tout le film, on garde à l’esprit que l’intrigue est tirée de faits réels, ce qui rend ce long et terrible cheminement  de repenti encore plus poignant. On cerne encore mieux comment cet homme essaie tant bien que mal à se défaire du gang néo-nazis dans lequel il était un membre actif depuis de son adolescence. Son désir de changer de vie et de renoncer à la haine ne se fera pas sans verser de sang et s’inscrit dans le registre de American History X.

 

C’est grâce à l’aide de l’activiste Daryle Lamomt Jenkins, du Southern Poverty Law (SPLC) que Bryon Widner parvient à s’extirper du gang de néo-nazis. Il obtiendra une aide financière substantielle qui paiera les deux ans nécessaires à effacer au laser ses tatouages faciaux et corporels particulièrement racistes et violents.

Depuis qu’il a fait ses débuts à l’écran à quatorze ans dans Billy Elliot (1999) en tant que garçon d’une ville minière britannique qui perce à travers la route improbable du ballet, Jamie Bell a pris part, en tant qu’acteur, à des projets aussi divers que Undertow, The Adventures of Tintin, Snowpiercer (Le Transperceneige) et Stars Don’t Die in Liverpool (les stars de cinéma ne meurent pas à Liverpool).

Déjà présenté à la Berlinale 2019 (Panorama), au Festival de Tribeca 2019,  au Festival du film américain de Deauville 2019 et au TIFF 2019, Skin, proposé en VoD – vidéo à la demande – aux cinéphiles suisses par le distributeur Ascot-Elite, est prévu dans la programmation des prochains Neuchâtel international fantastic Film Festival (3 au 11 juin 2020) et au Festival au Festival international du Film de Haïfa (du 1er au 10 octobre 2020).

Le réalisateur Guy Nattiv explique pourquoi Skin est dédié à son grand-père, Ruben Monowitz (1922-2017), un survivant de l’Holocauste qui lui a appris l’importance de la tolérance et de la bonté :

« Ce film traite de l’éducation, de l’enseignement d’une meilleure façon de vivre à vos enfants. »

Skin prend une dimension socio-politique   particulière depuis que la ville de Minneapolis s’enflamme, en proie à une rebellion multiraciale suite à la mort de George Floyd, Africain-Américain maintenu au sol par un policier blanc et étouffée alors qu’il supplie : « I can’t breathe, I can’t breathe ! (Je ne peux pas respirer, je ne peux pas respirer !)

Firouz E. Pillet

Le film à la demande est disponible sur les plateformes suivantes: Swisscom TV (Teleclub on Demand); iTunes; Sky Store; HollyStar; UPC.

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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