Théâtre de l’Orangerie de Genève Saison #5 – Ouverture avec la création Fabula rasa, prélude à une programmation en rhizome

L’été, au Théâtre de l’Orangerie (TO), se décline cette année en douze spectacles de théâtre et jeune public, dont quatre créations, cinq expositions, dix-sept concerts et soirées DJ, dix ateliers, une buvette et restauration végan (ouvert toute la journée), un jardin potager, entre autres. Dans le cadre idyllique du Parc La Grange, l’occasion de mêler rencontres conviviales, culture et réflexions. À quelques encablures du TO, la Scène Ella Fitzgerald propose gratuitement une série de concerts de tous genres, allant de l’Afrobeat à l’Orchestre de la Suisse romande, en passant par Henri Dès ou du Folk japonais !

Théâtre de l’Orangerie jusqu’au 4 septembre

Musique en été jusqu’au 26 août 2022

Le programme 2022 du TO est foisonnant et met en relation les différentes expressions artistiques vis-à-vis d’une thématique environnementale consciemment pensée, toute comme la place de l’humain dans son environnement.

Fabula rasa – Texte Arthur Brügger, mise en scène Bartek Sozanski
Image courtoisieThéâtre de l’Orangerie

L’équipe de programmation explique :

Cette saison, le TO souhaite plus que jamais proposer des actes artistiques qui ouvrent sur une multitude infinie de possibles, ouvrir des brèches pour penser et vivre autrement. Il y a au TO une volonté de mettre en mouvement, pour faire bouger les lignes, les frontières, les clichés et déjouer les représentations établies, pour être capable d’accueillir et de vivre avec l’Autre, sous toutes ses formes.

Elle ajoute :

Il nous semble ainsi intéressant cette saison d’aborder l’art par le prisme des frontières. Les frontières, bien au-delà de la simple acception géographique et géopolitique, se situent alors sur le terrain du lien social, des libertés individuelles et collectives, ou encore de l’éthique. Questionner ces espaces pluriels, perceptibles, limitants et conflictuels par excellence. À travers les propositions artistiques de cette nouvelle saison, nous pourrons examiner la multiplicité des formes de frontières, ce qu’elles relient et divisent à la fois : humain/non humain, animal/végétal, réel/imaginaire, instinct/intelligence, visible/invisible, artistes/public…

Fabula rasa

Dans cette optique, l’ouverture de la saison est spectaculaire. Une pièce de théâtre multimédia, post-dystopique qui nous entraîne sur la trace du vivant à travers deux comédiennes et leurs figurines placées sur des maquettes, filmées en direct par la vidéaste Erika Irmler. Cette fable du genevois Arthur Brügger, mise en scène par Bartek Sozanski, dépeint un monde en ruine dans lequel deux femmes, Alix et Léa, font un bout de chemin ensemble. Léa (Valérie Liengme) se rappelle du temps d’avant, celui dans lequel nous nous trouvons, nous spectatrices et spectateurs, avec ses injonctions dérisoires de sauver la planète en urinant sous la douche, par exemple. Percluse de culpabilité, appartenant à la génération « fin du monde » Léa est soulagée quand cette fin advient : elle peut reposer sa conscience et revivre dans ses souvenirs tous les bons moments qu’elle a vécus. La plus jeune, Alix (Giulia Crescenzi), veut aller de l’avant, poursuivre sa quête d’eau et d’endroit fertile où replanter la vie. Pour ce faire, elle doit se fier à Léa, qui connaît le territoire et sait où se trouve la rivière.

La mise en scène joue sur le décor organique, les lumières, le design sonore pour envelopper le jeu des actrices et le récit qu’elles font de leur expérience de fin du monde. Tous les sens du public sont mis en alerte pour lui permettre d’en appréhender l’écho à l’aune de son propre présent.

« Avant, ici, il y avait une rivière. Avant. »

À présent, tout n’est que désert, qui « fonctionne comme un gigantesque organisme composé d’espèces invisibles. »

Dans le monde d’avant, « on avait tout », l’hiver et les autres saisons, chacune avec sa tonalité, sa qualité donnée à la vie quotidienne. Désormais, la rivière tant espérée par Alix est asséchée ; dans son lit, il ne reste plus que les vestiges de ce qu’elle charriait de vivant – avant. Les réflexions se succèdent, verbalisant les différentes attitudes de deux femmes face à ce monde fait de la poussière de ce qu’il fut jadis, dans une dialectique entre l’infiniment grand et l’infiniment petit, un dialogue entre l’humain et son environnement, une frise du temps qui se perd dans les rêves à venir ou passé.

« Ce que nous n’avions pas anticipé, c’est que nous serions là, après la fin du monde. »

Alix ne connaît que trois mots pour dépeindre la nature : arbre, plante, fleur. Elle commence par égrener une kyrielle de termes qui désignent les éléments de cette végétation vitale et on se surprend à redécouvrir des mots que nous n’avions plus utilisés depuis les cours de biologie de l’école. Elle nous enjoint à réapprendre à regarder ce qui nous entoure, à écouter les battements archaïques du cœur de vie. Et, pourquoi pas ?, à nous réinventer.

À voir jusqu’au 10 juillet.

Malik Berkati

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