Venise 2017: Le couple Bardem-Cruz réunis sur grand écran dans Loving Pablo, film de Fernando Leon de Aranoa

Loving Pablo, sur histoire du puissant trafiquant Pablo Escobar et l’histoire d’amour qui l’a lié à la journaliste Virginia Vallejon (dont le livre a inspiré le film) vient d’être présenté a Venise hors concours. Pour interpréter les deux protagonistes du film de Fernando Leon de Aranoa, Bardem est Pablo Escobar, le chef tout puissant et sanglant de la drogue colombienne; Cruz est une journaliste de télévision colombienne qui entre dans son monde, attirée magnétiquement par le luxe et le faste, devient son amant jusqu’à risquer sa vie. Javier Bardem et Penelope Cruz, un couple a la ville, sont venus combler de bonheur les fans et les photographes au Lido de Venise. L’actrice a déclaré : « Il était difficile d’être sur le plateau avec Javier incarnant un monstre comme Escobar ».

Loving Pablo arrive sur le tard dans le programme de cette 74e Mostra, après sept jours de festival. Une bonne partie des journalistes accrédités sont partis, certains pour se rendre au festival de Toronto. Même si le film est projeté hors compétition, il méritait une audience plus attentive, peut-être moins fatiguée et n’a de sens que s’il garantit la venue de Javier Bardem et Penelope Cruz sur le tapis rouge vénitien.

Que Javier Bardem ait eu depuis longtemps un grand intérêt à donner vie à Pablo Escobar – l’acteur est l’un des producteurs du film – est quelque chose qui est parfaitement connu. C’est un personnage gigantesque dans tous les sens et dans tous les excès, et, du moins sur papier, doté d’une capacité unique à séduire, à repousser et à terroriser. Cependant, en le regardant dans Loving Pablo, le seul point commun que l’on peut voir est le ventre protubérant que Bardem montre avec insolence, presque toujours nu, pendant une grande partie du film, y compris au lit avec une jeune fille d’à peine treize ans. On comprend qu’il s’agit d’une pièce prothétiques. Et quand, dans la seconde moitié du film, l’acteur commence à se doubler, il est inévitable de le trouver quelque peu ridicule mais ce commentaire est aussi valable pour les autres chefs de cartels puisque le réalisateur Fernando León de Aranoa les a tous fait parler en un américain aux intonations et à la prononciation hispanophone alors que la majeure partie de son casting est hispanophone : un choix incompréhensible et qui vire au ridicule au cours du film.

— Javier Bardem – Loving Pablo
© La Biennale di Venezia

Dans Loving Pablo, l’histoire que le réalisateur Fernando León de Aranoa raconte n’est évidemment pas nouvelle: celle de la montée et de la chute du seigneur de la drogues le plus célèbre de l’histoire, qui a émergé de la misère pour amasser une fortune de 30 000 millions de dollars grâce à la l’introduction de la cocaïne aux États-Unis, et qui dans le processus a semé la terreur en Colombie. Tous les points forts de sa carrière sont dans le film: la fondation du cartel de Medellín et son couronnement en tant que roi de l’organisation, son entrée en politique sur une base de  corruption, ses manœuvres pour renverser ou du moins contourner la loi d’extradition pour permettre à la DEA, le FBI et la CIA de lui faire un procès, les meurtres systématiques de politiciens et de policiers qu’il a orchestrés après avoir été expulsés du Congrès en formant des sicarios  (tueurs a gages, en particulier dans le milieu des cartels en Amérique du Sud, ndlr.), son séjour dans une prison de luxe construite par lui-même et finalement sa mort en 1993 alors qu’il tentait de sauter par la fenêtre pour échapper à l’encerclement de la police.

En d’autres termes, l’histoire est racontée dans la perspective de Virginia Vallejo – le film est basé sur ses mémoires, Loving Pablo, Hating Escobar – portée par Penelope Cruz qui illustre même les chapitres de la vie d’Escobar auxquels Vallejo n’a pas participé! En plus de contribuer à la voix off pour expliquer des scènes qui s’expliquent par elles-mêmes : «Pablo m’invite à rencontrer ses partenaires de cartel», nous dit-elle juste avant que nous voyons Escobar présenter ses partenaires de cartels – Vallejo est une présence dans le film aussi accessoire (si ce n’est l’extrême mise en valeur et la beauté de Penelope Cruz), à l’instar de tous les autres personnages qui ne sont pas Escobar. Le cinéaste ne met pas en lumière les réalités les plus intimes de leur relation amoureuse et, par conséquent, la chimie que Cruz et Bardem partage évidemment à l’écran se perd complètement au lieu de mettre en relief les affres de la relation Vallejo-Escobar.

Tous les ingrédients étaient réunis pour faire un biopic convaincant : un couple glamour à la ville comme a la scène, une histoire qui comporte de l’action, de la politique, de la romance et de la violence, de quoi faire un scenario palpitant, mais Loving Pablo manque parfois de conviction, les dialogues sont incohérents, les interprétations semblent celles d’une télénovela, la tension dramatique est inexistante et les scènes d’action n’ont pas d’impact.

Firouz E. Pillet de la Mostra 2017, Lido

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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