Mostra 2017: Mother! de Darren Aronofsky – un film que ni les spectateurs ni les acteurs ne comprennent!

En compétition à la 74e Mostra du film de Venise, Mother! Darren Aronofsky est encore une autre parodie destructrice du réalisateur new-yorkais, caractérisée par un récit fébrile et une utilisation sombre de la métaphore.

Mother!
© La Biennale di Venezia

Les films de Darren Aronofsky sont des paraboles consacrés à l’autodestruction, où la spirale de l’emprise et le spectre de la mort sont toujours provoquée par une obsession poursuivie jusqu’à la fin, indépendamment de la futilité ou de la noblesse des intentions. Le fil conducteur douloureux qui mêle différentes façons de flirter avec les genres ne fait pas defaut dans Mother ! Chaque nouveau film de Darren Aronofsky l’amène à charger de métaphores et d’allégories: chacun de ses films peut être brutal, charnel et matériel ou métaphysique (The Fountain et Black Swan).

Dans ce dernier opus, une jeune femme (Jennifer Lawrence) et son mari (Javier Bardem) mènent une vie paisible dans une maison campagnarde et retirée. Leur existence est bouleversée par l’arrivée chez eux d’un mystérieux couple (Ed Harris et Michelle Pfeiffer) qui peu à peu vont prendre possession de leur demeure. Mother! a apporté de grands changements dans la vie du cinéaste puisqu’ il est le premier film de Darren Aronofsky dont la bande originale n’est pas conçue par le compositeur Clint Mansell, qui s’était fait connaître grâce à la BO du culte Requiem For A Dream. Jennifer Lawrence et Darren Aronofsky ont commencé à sortir ensemble pendant le tournage du film.

Dans l’univers anxiogène que le cinéaste reconstitue, la jeune épouse, qui parait deux fois plus jeune que son époux d’écrivain, trouve qu’il y a bien une impression étrange qui émane de cette bâtisse isolée qu’elle est en train de restaurer. Subtilement, insidieusement, les manifestations étranges deviennent de plus en plus visibles (du sang qui sort du plancher, par exemple) mais, d’après les déclarations d’Aronofsky, Mother ! ne va pas dans la direction de l’horreur, mais n’est pas nécessairement incompatible avec elle.

Le couple de deux visiteurs mystérieux (Ed Harris et Michelle Pfeiffer) commence a sérieusement perturber la tranquillité de l’écrivain et de sa muse: le couple est plutôt intrusif, mais son mari est content de les conduire et ne veut pas les jeter dehors pas même lorsque la situation devient exacerbée.  De toute évidence, ce n’est que le début d’une route toujours plus sombre, même si le malaise se perçoit dès le début. dans les sons environnementaux battant qui font sursauter la femme (marches qui craquent, les portes qui claques, objets tombants …) et dans les effets telles que les timbales ou un crissement de rasoir, efficaces pour faire tomber les spectateurs dans l’inconfort du protagoniste. En fait, Aronofsky vise une identification totale, et braque sa caméra sur les expressions du visage de Jennifer Lawrence dans des gros plans qui ne le quittent jamais, enregistrant ses réactions face à une hostilité croissante. Un regard entièrement dévoué à son corps et à son visage, comme un cruel elfe qui doit l’accompagner dans l’abîme sans pouvoir intervenir.

Le sentiment de claustrophobie le piège sur lequel se referme progressivement sur l’une des protagonistes, quand, puisqu’ il s’agit bien de maternité, entre autres, la jeune épouse aimante et docile accouche d’un petit garçon. Aussitôt le père devient de plus en plus autoritaire et veut faire voir son nouveau-né a une foule qui a envahi depuis plusieurs jours leur maison. Mother ! finit par une scène terrible dans laquelle le bébé est passé, a bout de bras, de personne en personne et quand la jeune parturiente se réveille d’un sommeil bien mérité, elle découvre que cette foule hystérique a assassiné et dévoré son fils.

Suggérer une modification, une sorte d’apothéose a la gloire d’une entité démoniaque dont on se serait bien passé. Michelle Pfeiffer avait révélé ne pas comprendre le scénario du film la première fois qu’elle l’a lu. La comédienne a tout de même accepté de prendre part au film parce qu’elle a été enthousiasmée à l’idée de se glisser dans la peau de son personnage.

Nous non plus, en tant que modestes spectateurs, on n’a pas trop compris ou Darren Aronofsky voulait en venir. Ce qui est, par contre, certain, c est que la presse internationale a hué Darren Aronofsky le film lors de la projection de presse, ce 5 septembre 2017.

Firouz E. Pillet de la Mostra 2017, Lido

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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