[Audio] Rencontre avec Laurence Deonna, grande reporter, photographe, auteure, conférencière et femme libre !

S’inscrivant dans la lignée de grandes voyageuses telles Isabelle Eberhardt, Anne-Marie Schwarzenbach, Alexandra David-Neel et Ella Maillart qu’elle a bien connue, Laurence Deonna, auteure d’innombrables articles, publiés aussi bien en Suisse qu’à l’étranger, d’une quinzaine de livres et d’essais, a été grand reporter dès les années soixante. La plupart de ses livres a été traduit dans plusieurs langues et certains ont été portés au théâtre et/ou à l’écran.

— Laurence Deonna
© Firouz Pillet

Pendant près d’un demi-siècle, Laurence Deonna, a parcouru de nombreuses contrées en guerre ou sous régime totalitaire, s’affirmant comme reporter écrivaine et photographe, en risquant sa vie à capter la fureur de notre époque à travers le vécu des femmes, en Suisse et à l’autre bout du monde. Faisant toujours preuve d’une immense empathie et d’un humanisme à travers ses reportages de terrain, Laurence Deonna s’immerge au plus près des conflits et leur violence, témoignant de leur impact sur les populations civiles qui les vivent. Issue d’une famille de la haute bourgeoisie calviniste genevoise, elle se marie pour rapidement divorcer. Incitée par Jan Krugier, le galeriste pour lequel elle a travaillé et avec lequel elle a vécu cinq ans, Laurence Deonna a trente ans quand elle quitte une vie confortable et se lance en solitaire sur les routes du Moyen-Orient, des pays d’Asie centrale et d’Afrique. Elle part pour s’affranchir du carcan de son éducation calviniste, pour vivre libre mais surtout pour témoigner.
Libérant la parole là où le silence est étouffé, elle vit pleinement ses rêves d’émancipation et de liberté, Laurence Deonna ne se met aucune limite, quel que soit le danger, usant de son charme mais surtout de son humour et de son culot. Avec sa plume engagée, elle s’est toujours rendue dans des zones auxquelles d’autres journalistes avaient déjà renoncé, se calfeutrant, résignés, dans leurs chambres d’hôtel.  Laurence Deonna est une baroudeuse certes mais toujours très élégante et féminine, affichant ses tenues bigarrées et se parant de ses immenses boucles d’oreilles colorées, attirée par le goût du risque, et surtout par l’altérité, tant par les personnes que par leurs cultures. Dotée d’un anticonformisme déconcertant pour son époque, d’un sens de l’humour décapant et d’un esprit mordant, Laurence Deonna est décrite par certains de ses pairs comme « Un missile non guidé ».

Nasser Bakhti et Laurence Deonna se connaissent depuis 2012 mais le cinéaste décide de réaliser un documentaire sur cette femme exceptionnelle, sur sa vie, sur ses reportages en 2014 alors que Laurence Deonna publie Mémoires ébouriffées: ma vie, mes reportages (Payot). Le documentariste a su savamment alterner les moments de complicité et de discussions passionnées entre Laurence Deonna et son mari, Farag, avec des photographies des lieux sur lesquels Laurence Deonna a écrit. Au mois de février 2021, Farag, son mari, s’en est allé en gentleman à nonante-deux ans. Farag Moussa, Égyptien copte, a partagé quarante-six ans de la vie de Laurence Deonna Ce haut fonctionnaire international, discret, était le pilier, l’homme derrière la femme, celui qui soutient et qui encourage dans l’ombre, un homme rare.

Aujourd’hui, à quatre-vingt-cinq ans, Laurence Deonna reste rebelle, scandalisée par l’injustice et par l’intolérance, avec un regard critique : ainsi quand le droit à l’avortement est bafoué en Pologne, elle s’indigne et se rappelle qu’elle a dû subir un avortement à deux reprises. Femme de convictions avec des positions tranchées, Laurence Deonna est pour l’avortement, pour les droits des femmes dans le monde, pour la condamnation du viol, contre les guerres, pour l’égalité salariale.

Très bouleversée de revoir son mari lors ds avant-premières du film de Nasser Bakhti, Laurence Deonna, libre !, cette grande dame nous a reçus dans son antre, comme elle appelle son appartement, empli d’objets et de meubles ramenés de ses voyages mais aussi du marché aux puces de Plainpalais où elle aime chiner. Lucide tant sur sa vie et que sur nos sociétés et leurs faces obscures, Laurence Deonna a su témoigner des dures réalités et faire face aux hypocrisies et aux discriminations souvent camouflées. Pionnière, elle a donné la parole aux femmes musulmanes dans les années soixante, au moment où personne ne parlait d’elles. Son parcours est source d’espoir pour nombres d’entre nous, en particulier les femmes des nouvelles générations. Laurence Deonna constate avec tristesse que

« l’humanité est en train de détruire la beauté qui monde. »

Elle continue à écrire même si elle confie, hors microphone, qu’elle n’est pas contente de son travail, pour l’instant. Elle nous annonce une exposition de photographies à Versoix prochainement.

Rencontre avec Laurence Deonna que nous avons tenté de faire parler sur ses reportages par zones géographiques mais les souvenirs, les anecdotes et les impressions de Laurence Deonna sont venus au fil de la conversation selon ses « mémoires ébouriffées » !

Laurence Deonna nous parle de sa famille, de son éducation, de son premier mariage, de son travail à la galerie d’art de Jan Krugier et de son premier voyage au Moyen-Orient, en 1967, durant la Guerre des Six jours.

Laurence Deonna nous parle de ses reportages au Moyen-Orient : en Égypte, en Iran, en Syrie et au Yémen.

Laurence Deonna nous parle de ses reportages dans les pays d’Asie centrale de l’ex-URSS.

Laurence Deonna nous parle du féminisme et de l’exposition à venir, consacrée à ses photographies.

 

Firouz E. Pillet

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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