Avec son dernier long métrage, les Cyclades, Marc Fitoussi entraîne Laure Calamy et Olivia Côte dans un roadmovie jovial sur les thèmes du Grand Bleu, de la sororité et de la résilience. Rencontre

Adolescentes, Blandine (Olivia Côte) et Magalie (Laure Calamy) étaient inséparables et ont fait les quatre-cents coups, entre soirées vidéo et cocktails Malibu. Les années ont passé et les deux amies se sont perdues de vue. L’année 2019 marque leurs improbables retrouvailles : Blandine, quadragénaire divorcée et complexée, mais surtout dépressive, tente une thérapie par le rire, offerte par son fils Benjamin (Alexandre Desrousseau). Ce dernier, qui emménage en colocation, s’inquiète de la voir aigrie et seule, décide de lui organiser un dîner au restaurant avec celle qui était sa meilleure amie au collège, Magalie.

— Laure Calamy et Olivia Côte – Les Cyclades
Image courtoisie Frenetic Film

Par ses réponses évasives, sa mère laisse croire à Benjamin que le dîner s’est bien passé. Benjamin, persuadé que sa mère va retrouver goût à la vie au contact de l’exubérante Magalie, annonce à sa mère qu’il ne partira finalement pas en voyage en Grèce avec elle, mais qu’il a offert sa place à Magalie. Alors que, par ce stratagème, les chemins de Blandine et Magalie se croisent à nouveau, les deux amies d’antan décident de faire le voyage dont elles ont toujours rêvé : visiter Amorgos, l’île où Luc Besson a tourné une partie de son film Le Grand Bleu. Direction la Grèce, son soleil, sa gastronomie, ses îles, l’accueil chaleureux de leurs habitants mais aussi les galères, car les deux anciennes meilleures amies ont désormais une approche résolument différente des vacances… Et de la vie !

Après Maman a tort (2016), une comédie dramatique hivernale et plutôt désenchantée, et Les apparences (2019), tourné à Vienne en hiver, Marc Fitoussi a eu envie d’écrire une comédie optimiste et ensoleillée. Le souvenir d’amitiés nouées lorsqu’il était plus jeune s’est rapidement imposé. Le cinéaste a eu envie de travailler sur les tentations que l’on éprouve à l’âge adulte de retrouver ses amis de jeunesse, en imaginant que l’on va rire comme on le faisait à quinze ans mais, selon lui, ces retrouvailles s’avèrent souvent un leurre.

C’est ce qui arrive à Blandine et Magalie, qui, poursuivant leur périple d’île en île, affrontent des non-dits sur leur passé mais aussi cumulent les tensions : Magalie est extravertie, toujours optimiste, insouciante, sans attache, qui vit au jour le jour et travaille comme intermittente dans le journalisme musical, mais surtout, elle comme parle comme un moulin à paroles, sans discontinuer, pour mieux cacher ses blessures.  Blandine est une banlieusarde introvertie, coincée dans ses principes, emmurée dans la douleur de son divorce. Tout le film de Marc Fitoussi est construit sur les différences qui opposent les deux femmes.

Marc Fitoussi nous a habitués à des comédies délicates qui présentent des personnages a priori joyeux, mais qui dissimulent des fissures. Les Cyclades s’inscrit dans ce registre où comédie et drame se mêlent harmonieusement, le tout teinté de nostalgie. Comme à son habitude, Marc Fitoussi se plait à brosser des portraits de femmes qui peuplent les scénarios de ses films comme des séries télévisées pour lesquelles il écrit.

Aux côtés d’Olivia Côte et de Laure Calamy, on retrouve Kristin Scott Thomas qui incarne Bijou, une sexagénaire fougueuse et provocante qui craint d’être atteinte d’une récidive de son cancer du sein. C’est grâce à la résilience et à la pugnacité de Bijou que Blandine peut commencer à relativiser ses propres souffrances et c’est aussi grâce à Bijou, qui la renseigne sur le passé de Magalie, que Blandine prend conscience de certaines blessures qu’elle a ignorées à l’époque et qui lui permettent de mieux comprendre la douce folie qui anime constamment Magalie.

À l’opposé de nombre de comédies de l’Hexagone, Les Cyclades ne sombre pas dans l’humour potache ni le comique troupier. Malgré le ton enjoué, voire parfois euphorique du film, le scénario ne parvient pas à éviter quelque stéréotypes et se perd parfois dans la caricature en exagérant les discordances et les dissemblances qui séparent Blandine et Magalie. On note que les actrices s’amusent franchement à enchaîner les coups d’éclats, les épanchements d’émotions, les sautes d’humeur, mais ce jeu court le risque de réduire leurs protagonistes à des exercices de style. Entre malentendus, mots d’esprit, éclats de rire, pleurs, disputes et retrouvailles, la théâtralité du récit perd en tonus et peine à tenir en haleine le public jusqu’au générique de fin.

— Marc Fitoussi
Image courtoisie Frenetic Film

De passage à Genève et à Lausanne à l’occasion de la sortie du film sur les écrans de Suisse romande ce mercredi 18 janvier, Marc Fitoussi nous a parlé de ses inspirations et de ses intentions alors qu’Olivia Côte nous a confié comment elle s’est emparé de son personnage. Rencontre.

 

Firouz E. Pillet

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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