Berlinale 2019 – Hors compétition : Vice d’Adam McKay – Dans l’antichambre des démons

Les gens obsédés par eux-mêmes sont aisés à manipuler : le présent occupant de la Maison-Blanche en est le meilleur exemple.  Cependant, manipuler un pays entier à s’engager dans une guerre exige de préparer le terrain et de savoir saisir les opportunités au vol. La trajectoire de Dick Cheney au poste de vice-président des États-Unis – et sa mainmise subséquente sur l’ensemble du gouvernement américain en dépit de son système de check and balance, apparaît comme incompréhensible. C’est là le sujet de Vice, film shakespearien dans sa grammaire, alliant le drame, le vice et le cynisme le plus absolu à des effets comiques dignes des meilleurs films de Michael Moore.

— Christian Bale, Sam Rockwell – Vice
© Matt Kennedy / Annapurna Pictures, LLC. All Rights Reserved.

Si le défi d’Adam McKay (The Big Short) n’avait été que d’expliquer les motivations de l’un des leaders les plus obscurs de l’Histoire, sa tâche, déjà, n’aurait pas été facile.  Le réalisateur américain se devait aussi de garder l’intérêt du public sur plus de deux heures à travers un labyrinthe politique où intrigues de cour et loyautés dénuées de morale s’enchevêtrent en une descente aux enfers. Le pari est réussi, non seulement grâce à l’intelligence du scénario de McKay, lequel ajoute suffisamment d’éléments humoristiques pour alléger son sujet, mais aussi grâce aux performances de ses acteurs, qui réalisent des tours de force. Christian Bale (Dick Cheney), Amy Adams (Lynne Cheney) Steve Carell (Donald Rumsfeld) et Sam Rockwell (Georges W. Bush) vieillissent sous nos yeux tandis que leur volonté de pouvoir et leur détermination à le garder les transforment en bêtes de proie, attaquant, déchirant dévorant et dévorant les chairs de leurs adversaires comme autant de coyotes.

Vice débute au moment de l’attaque du 9 Septembre 2001, alors que l’Amérique était sous le choc. Dick Cheney, réfugié dans un bunker souterrain, voit dans cette attaque une possibilité, celle d’une guerre avec le Moyen-Orient et l’appropriation de ses champs de pétrole. La suite du film nous ramène dans les années cinquante, alors que le jeune Cheney vient de se faire renvoyer de Yale pour ses mauvaises notes et se retrouve pour la seconde fois en prison pour conduite sous influence. Sa femme Lynne, une ambitieuse maîtresse-femme incapable de poursuivre une carrière à la mesure de son intelligence, va le pousser à se prendre en main et à accomplir ce que son époque lui refuse en tant que femme, une grande carrière politique.

— Amy Adams, Christian Bale – Vice
© Matt Kennedy / Annapurna Pictures, LLC. All Rights Reserved.

Devenu l’assistant de Donald Rumsfeld, alors Secrétaire de la défense au sein du gouvernement Nixon, Dick Cheney poursuivra une carrière qui le conduira au sommet du pouvoir. Durant les huit années de l’administration Bush, le vice-président américain bâtira un véritable gouvernement de l’ombre dont les ramifications restent encore inconnues, plus de 2 millions de courriels échangés au sein de son équipe ayant été effacés des archives du gouvernement. Architecte des guerres en Afghanistan et en Iraq, grand défenseur de l’industrie du charbon, niant le réchauffement global et spoliant les politiques environnementales de Jimmy Carter, Dick Cheney  est aussi montré comme un bon père de famille, aimant le chiens et surtout la pêche.

L’extraordinaire performance de Christian Bale lui a valu un Golden Globe ainsi qu’une nomination aux Oscars. À travers son ton satirique du film et ses références au couple Macbeth, le film projette un regard acéré sur les politiques américaines, offrant une perspective troublante pour la présente époque. À voir!

Anne-Christine Loranger, Berlin

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Anne-Christine Loranger

Journaliste / Reporter (basée à Dresde)

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