Les Ailes du désir – Berlin, si près, si loin

Le 9 novembre 1989, contre toute attente, tombait le Mur de Berlin. Déjà en 1985, au cœur de la Guerre Froide, un cinéaste avait eu la prémonition des événements à venir et tourna ce qui devait devenir le chant du cygne de Berlin-Ouest, une perle du cinéma mondial et un hymne à l’espoir porté par un immense souffle poétique. Son nom? Wim Wenders. Son film?  Les Ailes du désir.
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The Irishman de Martin Scorsese : Sans fioriture, le crime

C’était le temps des belles grosses américaines chromées et des banlieues-bungalows, d’Elvis et des coiffures crêpées. C’était le temps des mafieux jouant au poker dans des arrières-salles enfumées. C’était le temps des règlements de compte sur le trottoir. C’était le temps du crime. Non le crime jouissif à haut indice d’octane, mais le crime froid, mécanique, celui qui obéit aux ordres sans se poser de questions. Et sans remord.

Le dernier opus de Martin Scorcese, interprété par une brochette de talents inégalée depuis Laurence d’Arabie (1962) s’est permis, justement à cause de ses interprètes, d’avoir de la retenue. Plus qu’un film de gangsters basé sur le mystère entourant la disparition de Jimmy Hoffa (Al Pacino) c’est, sur 30 ans, le parcours de Frank Sheeran (Robert de Niro), un irlandais vétéran de la Deuxième Guerre Mondiale engagé par Russel Bufalino (Joe Pesci), un Don de la mafia italienne. À force de crimes et de meurtres, l’humanité de Sheeran se dissoudra au point d’assassiner Hoffa, devenu l’un de ses meilleurs amis.
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Roxane – Cyrano dans le pré

Le cinéma américain adore les feel good movies, films  à recette censés faire oublier pour 90 minutes l’excrémentalisation[1] du monde. Les Français en sont tout aussi friands, dans un registre plus sincère et souvent plus original : Le Dîner de cons (1998), Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain (2001),  Ensemble, c’est tout (2007), Intouchables (2012) ou plus récemment Le Grand bain (2019) ont gagné le cœur du public par leur fraîcheur et leur sensibilité. Roxane (2019), premier film écrit et dirigé par Mélanie Auffret a, superficiellement, tout d’un bon petit feel good movie à la française : personnages naïvement attachants au sein d’une intrigue rocambolesque, voire saugrenue.
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Berlinale 2019 – Hors compétition : Vice d’Adam McKay – Dans l’antichambre des démons

Les gens obsédés par eux-mêmes sont aisés à manipuler : le présent occupant de la Maison-Blanche en est le meilleur exemple. Cependant, manipuler un pays entier à s’engager dans une guerre exige de préparer le terrain et de savoir saisir les opportunités au vol. La trajectoire de Dick Cheney au poste de vice-président des États-Unis – et sa mainmise subséquente sur l’ensemble du gouvernement américain en dépit de son système de check and balance, apparaît comme incompréhensible. C’est là le sujet de Vice, film shakespearien dans sa grammaire, alliant le drame, le vice et le cynisme le plus absolu à des effets comiques dignes des meilleurs films de Michael Moore.
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Berlinale 2019 – Berlinale Series: Laborieux Brecht !

Biographie présentée sous forme de docu-fiction télévisée, Brecht s’affirme comme un portrait d’un homme habité d’une incommensurable soif de vivre, mais également vulnérable et déchiré. Après avoir tourné The Manns – Novel of a century et la très prisée Buddenbrooks – The Decline of a Family) Heinrich Breloer s’est attaqué au géant de la littérature allemande du XXième siècle, le visionnaire auteur dramatique et comique Bertolt Brecht.
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Berlinale 2019 – Compétition jour #3 : Der Boden unter den Füssen – Contagieuse paranoia

Film exigeant pour le public mais riche et percutant, Der Boden unter den Füssen aurait tout l’air d’un film destiné à un public de festival si ce n’était de la pertinence de son sujet, soit le surmenage et la paranoïa, qu’elle soit professionelle ou médicale.

C’est d’abord le désir de créer un film sur le besoin de contrôle qui a lancé la réalisatrice autrichienne Marie Kreutzer à écrire et à réaliser ce scénario sur deux soeurs orphelines, Conny et Lola, qui gravitent dans des mondes totalement différents, mais qui se rencontrent à travers les névroses de leurs mondes respectifs. Connie souffre de schyzophrénie paranoïde tandis que Lola se noie dans son travail de conseillère en finance pour oublier sa solitude et les soucis que lui cause sa soeur, par ailleurs de 15 ans son ainée et dont elle s’est retrouvée la tutrice légale.
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2001- L’Odyssée de l’espace – Genèse d’un film-culte

Film-culte entre tous, précurseur de tous les Stars Wars, Solaris et autres treks interstellaires, 2001-Odyssée de l’espace reste un incontournable du cinéma. On s’y réfère autant pour sa maîtrise cinématographique et ses avancements techniques que pour le courage de Stanley Kubrick à tabler sur l’intuition de son public, en suscitant beaucoup plus de questions qu’il n’y répond. Genèse philosophique et scientifique d’un chef-d’œuvre.
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Musée national du cinéma à Turin : Cinéma mon amour

On visite le Musée national du cinéma de Turin comme on ouvrirait une gigantesque armoire aux souvenirs. Délicieux, tendres ou cruels, nos réminiscences de spectateurs émerveillés ou transis rejaillissent au fil des 3200 mètres carrés d’exposition, des 20 000 appareils, peintures et œuvres d’art et plus de 12 000 bobines de film. De quoi rendre espoir aux cinéphiles désabusés par Netflix.
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Fahrenheit 11/9 : Les deux grandes gueules de l’Amérique

Au fil des années, Michael Moore nous a habitué à son style de question délibérément naïf, à ses montages corrosifs et à sa façon extravagante de prendre position. En tant que cinéaste, il fait rarement fausse route, même si on peut s’objecter sur ses analyses. Fahrenheit 11/9 ramène tous les éléments chers aux fans, en y ajoutant pour la première fois un élément d’auto-critique. Surtout, il laisse davantage la parole à ses intervenants. Le résultat a l’effet d’un bulldozer. Nous serons en mesure d’en apprécier l’impact au soir du 6 novembre prochain.
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Berlinale 2018 – compétition jour #8: Museo

En ces temps où la défense de l’identité culturelle et spirituelle est tristement devenue l’apanage des groupes d’extrême-droite, Museo présente une histoire aussi rafraichissante – et troublante, que vraie: le soir de Noël 1984, Juan Nunez, jeune homme issu de la banlieue aisée Mexico, vola avec son copain Wilson les plus précieux artefacts mayas du Musée national d’anthropologie et d’archéologie de Mexico. Dépassés par les conséquences de leurs actes et la réprobation horrifiée du peuple mexicain vis-à-vis de ce pillage culturel, les deux compères s’embarquent dans un périple improvisé pour trouver un acheteur pour leur précieux trésor.
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