Berlinale 2021 – compétition : Una película de policías (A Cop Movie) du Mexicain Alonso Ruizpalacios remporte l’Ours d’argent pour une contribution artistique exceptionnelle

L’écrivain, réalisateur de films et de théâtre mexicain avait déjà remporté en 2018 un Ours d’argent du meilleur scénario pour son deuxième long métrage, Museo, avec un film déjà basé sur des faits réels. Dans Una película de policías, le réalisateur s’empare du réel et le fictionalise dans une démarche quasi sociologique, les deux personnages centraux du film servant de révélateur à une situation globale. La question de départ est : de quel bois sont faits les policières et policiers de la ville de Mexico ? Une actrice et un acteur professionnel.le.s vont aller au fond de cette question, enfiler l’uniforme, participer comme cadets à l’académie de police puis se mettre dans la peau d’un couple de vrais policiers pour nous rendre compte de leur travail quotidien.

— Raúl Briones – Una película de policías (A Cop Movie)
© No Ficcion

Il est de notoriété internationale qu’au Mexique, la police est plus que controversée, à la fois justicière et criminelle dans une société ultra-violente, gangrénée par les cartels, la délinquance quotidienne et la corruption omniprésente. Au sein même de la police, pour avoir une arme correcte, il faut payer le magasinier, le repayer pour avoir un gilet pare-balles propre, payer quelqu’un d’autre pour avoir une voiture qui fonctionne ! Pour le policier lambda, le travail est d’autant plus difficile qu’il n’a quasiment aucune protection, dans la rue mais aussi face à une hiérarchie qui défend d’autres intérêts que ceux des siens. Lorsque quelqu’un décide d’aller travailler dans la police et patrouiller dans la rue, les familles vivent dans la peur permanente pour leur père, leur frère ou leur fille. Toutefois, la fierté et l’envie que l’uniforme inspire, le courage et le sens du devoir ne sont pas absents des motivations de ces policiers et policières, certain.e.s s’engageant pour suivre les pas d’un parent, d’autres car ils et elles (90% des policières sont des mères seules).

Le langage cinématographique de Ruizpalacios tend à brouiller les frontières entre fiction et réalité, très stylé, utilisant toutes sortes de cadres, allant de celui tout en soubresauts de la caméra tantôt subjective tantôt à l’épaule suivant Teresa (Mónica Del Carmen) dans sa première mission de la soirée, puisqu’elle est du service de nuit, qui est d’aider à un accouchement dans un quartier miséreux où les secours médicaux n’arrivent que lorsqu’ils ont le temps, à des plans traditionnels, léchés, à l’intention plus esthétique que narrative, en passant par les images filmées par le téléphone et l’ordinateur de Mónica Del Carmen et Raúl Briones (interprète de Montoya le mari de Teresa) qui tiennent un journal-vidéo de leur 101 jours de formation à l’académie. Le tour de force de ce parti narratif, et qui lui a valu l’obtention de l’Ours pour le travail de Yibrán Asuad, c’est l’intelligence du montage qui imbrique parfaitement docu et fiction, sans chercher à mystifier le spectateur puisque de manière naturelle, explosant ces cases de genres, c’est le réel qui crève l’écran.

Le film s’ouvre sur des sirènes hurlantes et des reflets de lumières de gyrophares, avec ce poème, écrit par l’officier de police Daniel Alatorre, vainqueur du concours régional de poésie de la police   :

Vous entendrez le chant des sirènes
De plus en plus proche de vous
Priez pour qu’ils ne chantent pas
Cette nuit pour vous

Construit en cinq parties Una película de policías monte en puissance sur ses deux dernières parties, celle où Mónica Del Carmen, Raúl Briones s’inflige l’entraînement policier qui permet d’entrer de plain-pied dans l’aspect sociologique des choses et la psychologie de l’institution – avec aussi beaucoup de frustrations envers le grand public et les organisations des droits humains car « personne ne s’occupe de nous et ne s’intéresse à nos morts » – et des candidats à la charge du maintien de l’ordre. La dernière partie, en contrepoint de celle-ci nous donne la réalité du terrain avec l’apparition à l’écran de la vraie Teresa et de Montoya qui explique directement ce qui a fini par leur arriver à la suite d’une rencontre houleuse avec un homme influent.

Ce qui trouble en suivant l’histoire narrée, c’est la discrépance entre l’envie de bien faire le travail, d’aider les gens, et de finir par essayer de parer au plus urgent avec des bouts de ficelles et laisser le reste filer dans le torrent du cours des choses qui ne semble pas près de changer.

On laissera le mot de la fin à Teresa :

Après 17 ans dans la police, ma période la plus heureuse a été celle de l’académie.

D’Alonso Ruizpalacios ; avec Mónica Del Carmen, Raúl Briones ; Mexique; 2021; 107 minutes

Malik Berkati      

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