Cannes 2021 : Annette, l’Opéra rock fantastique et musicale de Léos Carax, est présenté en ouverture de la 74ème édition

De retour sur la Croisette après neuf ans d’absence et son fameux Holy Motors (2012), Léos Carax fait l’ouverture de la 74ème édition du Festival de Cannes en présentant un Opéra rock, un genre nouveau pour le cinéaste qui s’en sort plutôt bien malgré les écueils que peut représenter ce genre pour un novice. Le film est présenté en compétition officielle au Festival de Cannes 2021.

— Adam Driver – Annette
Image courtoisie CG Cinéma International

Projeté mardi soir au Grand Théâtre Lumière après la cérémonie d’ouverture présidée par Doria Tillier qui a invité sur la scène de la plus grande salle cannoise Pedro Almodóvar afin qu’il remette la Palme d’or d’honneur à Jodie Foster. L’actrice, réalisatrice, productrice et a remercié le festival dans un français à faire pâlir d’envie les francophones :

« Alors, cela fait du bien de sortir ? Beaucoup d’entre nous ont passé une année enfermés dans nos petits pulls, beaucoup l’ont passé en étant isolés et d’autres confrontés à la souffrance, la douleur, la peur mortelle et nous voilà enfin, après un an sans pareil, réunis. Cela vous a manqué un petit peu, le glamour ? À moi aussi ! Mais nous inquiétez ! Dans deux heures, je serai à nouveau en pyjama, plantée devant la télévision. Le cinéma ou peut-être Espagne-Italie (rires) ? Pendant cette année de transition, le cinéma a été ma bouée de sauvetage : j’ai redécouvert les films de Kurosawa, de Scorsese, de Bong Joon-ho , de Pedro Almodóvar (…) et de Monsieur le président, Spike Lee. Les salles étaient fermées mais le cinéma continuait. Malgré les défis historiques, le cinéma continue sous des formes nouvelles. Après cinquante-cinq ans de métier, j’apprécie l’évolution de l’art, toujours constante, la créativité qui se renouvelle. Je veux surtout m’inspirer de nouvelles voies, passionnée de cinéma. Cette énergie va tous nous faire redécouvrir la magie des images, l’authenticité des émotions, le bouleversement, la provocation. (…) Le cinéma est là pour cela : toucher, connecter, transformer. »

Cette magnifique cérémonie d’ouverture fut suivie par la projection d’Annette en présence du réalisateur et de ses comédiens principaux : Adam Driver (Henry McHenry), Marion Cotillard (Ann), Simon Helberg (The conductor), Russell Mael, Ron Mael, Angèle (l’une des choristes d’Henry). La distribution est très importante pour cet opéra rock : mentionnons l’incroyable prestation de la jeune Devyn McDowell (Annette) !

Comme à son habitude, dans Annette, Léos Carax se plaît à casser les codes et à inviter son public à s’aventurer dans des mondes insolites, envoûtants, déconcertants qui invitent les spectatrices et les spectateurs à sortir de leur zone de confort.

Annette de Leos Carax
Image courtoisie CG Cinéma International

À Los Angeles, de nos jours. Henry (Adam Driver), surnommé « Le Gorille de Dieu », est un comédien de stand-up à l’humour féroce et provocateur. Ann (Marion Cotillard), une cantatrice de renommée internationale qui « meurt » tous les soirs sur scène pour mieux se relever pour applaudir devant les applaudissements nourris et les rappels de son public. Ensemble, sous le feu des projecteurs et devant les caméras des télévisions qui alimentent leur rubrique «people » avec leur histoire d’amour naissante, ils forment un couple épanoui et glamour. La naissance de leur premier enfant, Annette, une fillette mystérieuse au destin exceptionnel, va bouleverser leur vie.

Leos Carax s’aventure donc dans un nouveau genre pour lui : la comédie musicale, dotée de la musique originale du célèbre groupe américain, The Sparks, Ron et Russell Mael, interprétant leur propre rôle dans le film. Le film traite de sujets très importants et très actuels comme la jalousie dans le couple, la violence conjugale, le féminicide et l’exploitation des enfants célèbres.

Dans de nombreux plans, Annette donne l’impression d’assister à une vaste scène d’opéra ou de théâtre en décor naturel. L’histoire, originale, oscille entre conte fantastique, fable et tragédie contemporaine, le ton mâtiné d’opéra rock et d’arias lyriques.

Si Annette réussit, par moments, à émouvoir sans jamais tomber dans le pathos, la part belle est faite à la musique et aux chanteurs dont l’ensemble est un protagoniste à part entière et dont la prestation permet de dramatiser le contexte. Adam Driver et Marion Cotillard sont remarquables et offrent une véritable performance car ils donnent tous deux de leur personne en chantant réellement, ce qui est déjà un sérieux défi en soir. Mais il fait reconnaître que le duo n’atteint pas l’excellence d’Emma Stone et de Ryan Gosling dans La La Land, de Damien Chazelle (2016).

Malgré tous ces éléments positifs, Annette déroute et laisse souvent perplexe, voire songeur. Si la première séquence s’annonce de bon augure alors que l’ensemble des chanteurs, mené par le tandem Driver-Cotillard, danse et chante de manière exaltée, le public est entrainé dans la foulée et se laisser envoûter par ce spectacle. Léos Carax n’est, malheureusement, pas parvenu à maintenir cette cadence durant les deux heures vingt que dure le film, une durée peut-être trop longue qui aurait mérité d’être écourtée pour mieux condenser l’action et intensifier les émotions.

Sans déflorer l’intrigue, avouons que la seconde partie du film, qui évoque la descente aux enfers progressive d’Henry, a emboîté le pas aux premières séquences entraînantes de danse et de chant, des scènes jubilatoires et virtuoses, pour céder la place à des représentations assez pathétiques d’Henry en peignoir qui crache son venin sur l’humanité en se lamentant sur son sort. En seconde partie, le rythme s’essouffle et laisse place à quelques scènes grotesques qui laissent indifférents et frisent le ridicule.

Durant la projection d’ouverture, si quelques spectateurs ont quitté rapidement la salle après une demi-heure, la majeure partie du public est restée jusqu’au générique de fin, ce qui leur a permis d’être gratifiés d’une petite surprise dans une sorte de mise en abîme qui s’adresse directement aux spectateurs. L’Opéra rock de Léos Carax semble, tous comptes faits, assez moralisateur sur la repentance, les remords, le pardon et la damnation.

Annette, co-produit par des Genevois, sort dans la foule sur les écrans de Suisse romande.

Firouz E. Pillet, Cannes

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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