Cannes 2022 : Les Pires, de Lise Akoka et Romane Guéret, projeté dans Un certain regard, offre une visibilité remarquable et remarquée aux oubliés de la société

Les Pires, de Lise Akoka et Romane Guéret, fait la part belle à ces petites gens, oubliées par la société, ces personnes démunies et issues de milieu défavorisées, communément appelés les « cassos ».

— Johan Heldenbergh et Timéo Mahaut – Les Pires
© Eric Dumont / Les films VELVET

Dans le nord de la France, un tournage va avoir lieu cité Picasso, à Boulogne-Sur-Mer. La nouvelle se répand comme une traînée de poudre et l’excitation est grande. Lors du casting, quatre adolescents, Lily, Ryan, Maylis et Jessy sont choisis pour jouer dans le film. Dans le quartier, tout le monde s’étonne : pourquoi n’avoir pris que « les pires » ? Alors que les interrogations fusent, le tournage va commencer.

Le film de Lise Akoka et Romane Guéret suit ce casting sauvage puis le tournage qui met en scène de jeunes acteurs issus de Picasso, une cité défavorisée de Boulogne-sur-Mer. Le réalisateur flamand, Gabriel (Johan Heldenbergh) recherche des « enfants qui n’ont pas eu une vie facile » ; il embauche Lily (Mallory Wanecque), adolescente fougueuse et solaire, mais aussi Jessy (Loïc Pech), Maylis (Mélina Vanderplancke) et le très jeune Ryan (Timéo Mahaut), garçon au regard bleu ciel fascinant, animé par une colère qui le ronge intérieurement.

Gabriel n’a pas froid aux yeux et recherche des jeunes écorchés vifs pour qu’ils puissent partager avec leurs personnages des souffrances similaires et ainsi pleinement les interpréter. Les jeunes élus suscitent bien des jalousies et deviennent la risée du quartier. Cette nouvelle troupe d’acteurs novices doit jouer la comédie. Le réalisateur donne des directives, souvent avec une maladresse qui amuse les jeunes comédiens, mais toujours avec bienveillance. Tourné sur le lieu même de leur vie, les jeunes comédiens amateurs sont confrontés au regard et aux commentaires de leurs proches, de leurs amis et des badauds qui deviennent de plus en plus nombreux.

Peu à peu, le tournage se mêle à la vie de ces jeunes comédiens qui peinent faire la part des choses entre la fiction et la réalité, la fiction étant si proche de la réalité. Ces adolescents, coutumiers de la violence dans les échanges verbaux comme les réseaux sociaux, vivent difficilement le tournage : Jessy frime et se vante d’avoir déjà fait l’amour devant Lily qui traîne une mauvaise réputation mais est encore vierge. Quand ils doivent tourner une scène d’amour, Lily est très à l’aise dans son rôle mais Jessy reste emprunté. La confusion entre le synopsis et leur vie amène Maylis à vouloir quitter le tournage, ne supportant pas la pression que ce film implique. Alors que la réalité se mêle à la fiction, la confusion des sentiments s’emparent : Lily, jeune fille qui a perdu son petit frère et culpabilise d’être vivante, tombe amoureuse de l’assistant de Gabriel.

Pour Les Pires le tandem de réalisatrices a tourné à Boulogne-sur-Mer. Lise Akoka et Romane Guéret connaissent bien le Festival de Cannes puisque que leur cout métrage, Chasse royale, tourné à Valenciennes, y a été primé en 2016.
Ici, Lise Akoka et Romane Guéret questionnent le regard que la société pose sur les gens démunis, des exclus de la société qui les ostracise. Les deux réalisatrices filment leurs jeunes comédiens avec bienveillance et amour. Étant présenté dans la section Un Certain Regard, Les Pires concourt pour la Caméra d’or du premier long-métrage.

Firouz E. Pillet, Cannes

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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