Genève : le Collège Claparède accueille la onzième édition de « L’orgue fait son cinéma ». Rencontre avec Serge Lachat
Voilà plus de trois décennies que des passionné·es ont décidé d’accueillir un colosse, un orgue Wurlitzer construit dans les années 30 aux États-Unis. Accueillant de talentueux invité·es et proposant de grands classiques du septième art, le festival L’orgue fait son cinéma se déroulera du 21 au 29 mars 2025.
La programmation promet des soirées riches et variées, toujours à l’affût de nouveaux territoires, comme les claquettes cette année ! Comme à l’accoutumée, cette édition sera l’occasion de voir ou revoir d’incontournables classiques du septième art, comme Metropolis (1927), de Fritz Lang, en version intégrale.
Présentées par Serge Lachat, un cinéphile qui transmet sa passion et ses connaissances avant le début de chaque film, les projections sont toutes accompagnées par des organistes de renom et au talent remarquable. L’orgue Wurlitzer du Collège Claparède est fédérateur, réunissant autour de ses tuyaux diverses générations et alliant programmation jeunesse et famille, combinaisons originales, grand répertoire ou création contemporaine dans un joyeux et mélodieux mélange d’harmonies. Ce colosse aux imposants tuyaux a été construit en 1937 dans l’état de New-York et affiche sa vaillance, étant l’un des trois orgues de cinéma encore en état de marche en Suisse. Né à l’époque où le cinéma était parlant depuis quelques années, il a assumé le rôle crucial et fondamental de donner vie aux images par le son… Ou plutôt les sons ! En effet, cet orgue Wurlitzer a plus d’une corde à son arc ou, devrait-on dire, plus d’un son ou d’un bruitage à son clavier. Il imite les sifflets de locomotive, les sirènes de pompiers, le galop des chevaux, le mugissement du vent. L’orgue Wurlizter du Collège Claparède est aussi capable de reproduire les différentes catégories d’instruments dans un orchestre comme les bruitages les plus familiers.
L’Association « Les Amis de l’orgue de cinéma du Collège Claparède» (AAOCCC )a été créée en novembre 2012 dans le but de mettre en valeur cet instrument exceptionnel du théâtre londonien de Clapham Junction : en effet, cet orgue œuvrait dans un cinéma appartenant à la chaîne « Granada » qui proposait de l’offrir si on se chargeait de son transport. Entre Clapham Junction et Claparède, la sonorité des noms semblait faire un pied de nez et le destin de cet orgue Wurlitzer semblait tout tracé. L’association a été créée à l’initiative de Nicolas Hafner et Vincent Thévenaz, organistes, et de Madeleine Rousset-Grenon, directrice de l’école Claparède. C’est ainsi que cet hôte de taille est arrivé de l’Angleterre pour établir ses pénates en 1982 dans la salle de classe du Collège Claparède à Chêne-Bougeries, dans le canton de Genève.
Vincent Thévenaz, qui affiche une formation complète (orgue, piano, improvisation classique et jazz, musicologie, théorie musicale, direction, chant, lettres françaises et russes), est professeur d’orgue et d’improvisation à la Haute École de Musique de Genève, organiste titulaire et carillonneur de la Cathédrale Saint-Pierre de Genève. En tant qu’organiste et président de l’AAOCCC, il dispose d’un carnet d’adresses bien fourni qui l’amène à convier au festival d’illustres invité·es. Grâce à lui, cette 11e édition pourra accueillir les artistes suivants :
Daniel Léveillé qui dirige sa propre école de danse depuis 2021 avec Ivan Larson, la Lar & Lev School. Parallèlement, il enseigne les claquettes, propose des spectacles – dont ses propres créations – et dirige de nombreuses associations, comme Carpe Rhythmum, qu’il a cofondée en 2015 et dont la mission est la promotion et la diffusion des claquettes à Genève et en Suisse. Ce sera donc une première de pouvoir assister à un numéro de claquettes durant le festival.
Le festival accueillera aussi Baptiste Genniaux, né à Rodez, qui a étudié l’orgue au CNR (Conservatoire National de Région) de Toulouse avec Francis Jacob, Jan Willem Jansen et Michel Bouvard. Une autre soirée permettra au public d’apprécie le talent de Vincent Dubus. Ce comédien et musicien au sein de la Compagnie Création Ephémère, depuis 1995, participe à de nombreux projets liés aux spectacles vivants (théâtres, théâtres de rue, lectures, contes, performances, groupes musicaux divers et variés, ateliers de pratiques artistiques…).
Les artistes transalpins sont également sollicités : né à Parme (Italie) en 1995, Gabriele Agrimonti est nommé à seulement treize ans co-titulaire de la Basilique Santa Maria della Steccata de Parme auprès du titulaire Ugo Leoni. Le talent n’attend pas le poids des ans ! Né à Rome, Michel Tirabosco est considéré comme prodige de la flûte de pan dès son plus jeune âge. De nombreux chefs et orchestres l’ont déjà invité en Turquie (Orchestre des Communautés Européennes), au Liban (solistes d’Amsterdam) en Russie (Orchestre Philharmonique de St-Petersburg, Orchestre Mariinsky, Orchestre de l’Ermitage, Orchestre de Volgograd), en Belgique (les Musiciens d’Europe) en Suisse (Orchestre de Chambre de Neuchâtel, de Fribourg, de Saint-Gall, du Festival Bellerive, I Barocchisti,). C’est au tour du Festival L’orgue fait son cinéma de l’accueillir.
Insistant sur le fait qu’il accompagnerait la version intégrale, et non celle plus connue mais tronquée, de Metropolis, le compositeur et organiste Franz Danksagmüller explore volontiers le lien entre la musique « historique » et la musique nouvelle, les instruments classiques et les instruments électroniques les plus récents.
Après avoir honoré cette édition par ses bons et loyaux services, la star du festival, l’orgue Wurlitzer, partira pour une cure de jouvence en Angleterre, histoire d’être pimpant et rutilant pour la 12e édition !
Pour le programme et le choix des films projetés, Serge Lachat, ancien professeur de français au Collège Claparède et ancien chroniqueur cinéma à la RSR, nous en dit plus. Rencontre:
Firouz E. Pillet
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