Le festival Sarajevo Sur Seine a attiré un nombreux public parisien

La revue des meilleurs documentaires du Sarajevo Film Festival a été présentée pour la troisième fois à Paris du 9 au 11 février 2018, dans la célèbre salle du Quartier Latin, Saint André des Arts, fondé par Roger Diamantis  en 1971. Ce producteur et metteur en scène a reçu dans son cinéma d’Art et Essai les plus grands du septième art : Nagisha Oshima, Ken Loach, Wim Wenders, Stephen Fears,  Mike Leight, Margueritte Duras, Raymond Depardon, Alain Cavalier ou Alain Tanner, entre autres. Se rappelant de lui, Frédéric Mitterrand a prononcé les mots justes :

Roger Diamantis fut un formidable passeur de cinéma…Un homme qui ne cherchait pas la gloire personnelle, mais qui brûlait chaque jour de lancer les nouveaux jeunes auteurs de notre temps et leurs films!

Aujourd’hui son fils Eric continue l’aventure en donnant la chance à ceux que personne n’invite, comme EGAM (Mouvement Antiraciste Européen) France, qui a fait venir le SFF sur les berges de la Seine. Le programme a été choisi par 12 jeunes gens qui ont suivi les projections de documentaires l’été dernier dans la capitale bosnienne. Des films autrichiens, finlandais, français, géorgiens, roumains, serbes et turques ont attiré le public venu en grand nombre.

 

Jérusalem  européenne

Le Festival parisien Sarajevo sur Seine s’est directement inspiré des événements survenus dans la capitale bosnienne durant le dernier conflit balkanique : du nettoyage ethnique au siège long de 1400 jours; à travers l’exemple de ces jeunes gens qui ont résisté à la haine, la peur et la mort qui les côtoyaient quotidiennement – 11600 citoyens ont perdu la vie dans ce  conflit fratricide. Au lieu de se plier à la terreur et s’enfermer dans les caves, ils ont multiplié les manifestations culturelles dans la ville. Grâce à l’enthousiasme de réalisateurs, acteurs, techniciens et cinéphiles, le Sarajevo Film Festival a été fondé en pleine guerre, sous les mortiers. Les habitants ont banni les nationalismes, dépassant les sentiments d’insécurité causés par les tirs permanents de snipers serbes. Les Sarajeviens se sont battu contre repli sur soi, en sauvegardant l’humanisme et le cosmopolitisme à qui la ville doit son titre de  Jérusalem européenne.

Le Sarajevo Film Festival est actuellement parmi les plus importants de la région  et attire  des vedettes internationales, suite aux efforts et initiatives de personnes œuvrant pour  les Droits humains. Cette revue parisienne des documentaires permet aux nouvelles générations appuyés par l’ancienne, de se tourner vers les autres et acquérir de multiples connaissances cinématographiques et culturelles.

Festival du futur

A travers des discussions et des débats, ils ouvrent des perspectives de construction d’avenir commun en Europe du sud-est, toujours soumise aux tensions et nationalismes entre les peuples.
En France comme ailleurs, il existent aussi différents problèmes sociaux et politiques, à cet égard, l’esprit du Sarajevo Film Festival, tendu vers un engagement commun, semble indispensable et universel.

Pour des raisons inexpliquées par les organisateurs, nous n’avons pas pu parler aux étudiants qui ont agencé la programmation parisienne, mais nous avons rencontré deux jeunes étudiantes, Adela Chelminski qui se spécialise en Sciences politiques à l’Université de Reims et Aldijana Okerovic, en masters de droit à Sarajevo, venue à Paris grâce à l’institution Initiative des jeunes, de Bosnie-Herzégovine.

— Adela Chelminski et Aldijana Okerovic
© Djenana Mujadzic

Adela, fille d’une Sarajevienne et d’un diplomate polonais nous a raconté son allégresse d’être à Paris et de s’occuper de la logistique du festival :

La raison principale qui m’a fait venir à Paris et travailler bénévolement à la manifestation est d’abord la promotion de la culture balkanique, surtout bosnienne même si il n’y a pas eu de film de ce pays. Le niveau du festival a été au delà de mes attentes: tous les films furent extraordinaires à leur façon.  Je suis reconnaissante à EGAM d’avoir choisi des personnes pertinentes qui ont présenté les documentaires en s’exprimant longuement après  les projections. Il est surprenant et merveilleux d’apprendre qu’un si grand nombre de jeunes soit impliqué dans ce projet et voir plusieurs équipes travailler durement dans les coulisses pour assurer le bon fonctionnement de l’événement. Seulement j’aimerais que l’on connaisse l’existence de ce projet soit connu partout en Europe … Dans l’ensemble je suis heureuse que le festival a eu lieu à Paris et honorée d’en faire partie. J’ai hâte d’assister aux éditions futures!

Aldijana a salué l’idée de transfert des manifestations culturelles d’un côté à l’autre du continent, ainsi que la sauvegardé du souvenir de la résistance sarajévienne pendant le terrible siège :

Les échos de la tragédie de Bosnie-Herzégovine n’ont toujours pas disparus. La plupart des criminels n’ont pas été jugés et ont acquis le statut de citoyens honorables, avec des postes haut placés au gouvernement et à la police.

La jeune juriste pense que les films présentés au Quartier Latin, surtout celui de la réalisatrice serbe Biljana Tutorov, intitulé Quand les cochons arrivent (Kada dodju svinje), montrent le réel état de la situation sur la péninsule  balkanique.

Parmi les films projetés à Paris il y a eu : Planeta Petrila du Roumain Andreï Dascalescu, No Place For Tears du Turque Reyan Tuvi, Mr Gay Syria réalisé par le cinéaste turque Ayse Toprak, le documentaire français Le Bleu Blanc Rouge de Mes Cheveux de Josza Anjembe, Kinders des frères Riahi, une production autrichenne, The Unforgiven du Finlandais Lars Feldballe Petersen, City of the Sun de Rati Oneli, venu de Géorgie.

Djenana Mujadzic, Paris

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Djenana Mujadzic

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