Mostra 2019 :  Lan xin da ju yuan (Saturday Fiction) de  Lou Ye, avec Gong Li, plonge le public dans les tumultes de l’occupation nippone en Chine en 1941

Lan xin da ju yuan (Saturday Fiction) retrace un chapitre terrible de l’histoire chinoise sous occupation nippone, si brutale et sanguinaire qu’elle marque encore les esprits de nos jours.

— Gong Li – Lan xin da ju yuan (Saturday Fiction)
© Ying Films

Depuis l’occupation japonaise, la Chine est le théâtre d’une guerre du renseignement entre les Alliés et les puissances de l’Axe. La célèbre actrice Jean Yu (la tout aussi célèbre Gong Li) retourne à Shanghai, apparemment pour jouer dans Saturday Fiction, réalisé par son ancien amant. Mais quel est son but réel ? Libérer son ex-mari ? Voler des informations secrètes pour les forces alliées ? Travailler pour son père adoptif ? Ou échapper à la guerre ? Alors qu’elle s’embarque dans sa mission et qu’il devient de plus en plus difficile de distinguer les amis des agents secrets, alors que tout semble échapper à tout contrôle, Jean Yu commence à se demander si elle peut révéler ce qu’elle a découvert sur l’attaque imminente de Pearl Harbor.

Ce film en noir et blanc, en costumes, retraçant Shanghai occupée par l’armée japonaise où quelques havres de paix relative subsistent comme l’Hôtel Cathay, concession française tout comme le Théâtre Lyceum, est interprété en mandarin, japonais, français et anglais par Gong Li, Mark Chao, Joe Odagiri, Pascal Greggory, Tom Wlaschiha, Huang Xiangli.

Genre noir et mélodrame se rencontrent dans un film d’une rare classe et d’une esthétique peaufinée, portés par l’omniprésence et la beauté de Gong Li, qui a remporté la Coppa Volpi à Venise en 1992 avec L’histoire de Qiu Ju de Zhang Yimou et n’a pas pris une ride, dans la peau d’une douloureuse et merveilleuse espionne dans la Shanghai de 1941.

— Gong Li et Mark Chao – Lan xin da ju yuan (Saturday Fiction)
© Ying Films

Volontairement, Lou Ye brouille les pistes et entremêlent les scènes de la pièce avec la réalité, semant le doute dans l’esprit des spectateurs, rapidement confus.

La scène et les coulisses du Lyceum Theatre, les couloirs et les chambres d’un hôtel de luxe, l’immense miroir sans tain d’une chambre luxueuse, le noir et blanc qui rappelle les plus beaux films noirs américains et français des années cinquante, la pluie incessante (il ne cesse de pleuvoir durant tout le film), les acteurs-espions et contre-espions qui se côtoient dans une “île solitaire” surnom donné à Shanghai sous l’occupation sans savoir pour combien de temps.

Lou Ye mélange habilement ses souvenirs d’enfance (lorsqu’il passe ses journées dans les coulisses du Lyceum Theatre en accompagnant ses deux parents qui y ont travaillé) avec The Woman Dressed in Dew, un roman de Hong King : cette alchimie débouche sur  un film enrobé de mystère, à l’élégance surannée,  alternant continuellement les différents niveaux narratifs créant une fusion constante entre “réalité” et fiction, voir une confusion troublante dans l’esprit des spectateurs qui ont grand intérêt à rester concentrés.

L’histoire de l’actrice Jean Yu (Gong Li suprême, diva sombre et en deuil) s’entrelace inexorableablement  avec les extraits de la pièce dans laquelle elle joue Qiu Ju (hommage déclaré au personnage du film de Zhang Yimou), où se trouve également une femme mystérieuse qui fuit à jamais quelque chose et quelqu’un.

Lou Ye  a expliqué au sujet de son film :

Quand j’étais enfant, j’ai suivi mes parents qui travaillaient dans les coulisses du Lyceum Theatre à Shanghai. J’y ai passé de nombreux moments intéressants ; je me suis mêlé aux acteurs costumés et les ai regardés jouer dans les rôles les plus disparates, mettant en scène l’amour et la haine, les séparations, la vie et la mort. Puis je les voyais quitter les lieux et bavarder dans les loges. Je les suivais même dans ces moments où ils quittaient le théâtre pour retourner à la vie réelle, monotone et ennuyeuse. C’était une expérience fantastique de vivre le passage continu entre la fiction et la réalité. De nombreuses années plus tard, la lecture de The Woman Dressed in Dew de Hong Ying (un roman sur la période de l’île solitaire de Shanghai) a suscité en moi les mêmes sentiments.

La première semaine de décembre 1941 a changé l’histoire du monde, bien que les gens ne le savaient pas à l’époque. Inconscients de leur avenir, ils ont vécu leur vie comme d’habitude, immergés dans leur routine quotidienne et poursuivant leurs objectifs. Pendant ce temps, dans et hors du théâtre, sur scène et loin de la scène, les gens s’approchaient lentement du ” samedi ” inconnu qui allait marquer leur destin.

Ce film traite du sort de plusieurs personnes dans les années d’une crise mondiale complexe. C’est aussi un dialogue avec l’école dite ” du samedi “, un courant important dans l’histoire de la littérature chinoise contemporaine.

Firouz E. Pillet, Venise

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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