Mostra 2019 : Marriage Story, de Noah Baumbach, en concours, dissèque les arcanes d’un divorce à l’américaine

Marriage Story brosse l’analyse incisive, corrosive  d’un mariage qui s’étiole et débouche inéluctablement sur une procédure de divorce à grand renfort de psychologues et surtout d’avocats.

Au Festival de Venise, Scarlett Johansson et Adam Driver sont un couple qui fait face à un divorce douloureux et à la bataille juridique qui les accompagne très souvent. Ils sont les protagonistes de Marriage Story, le nouveau film du réalisateur américain Noah Baumbach qui a réuni une palette d’acteurs pour ce film en sus des pré-cités : Laura Dern, Alan Alda, Ray Liotta, Julie Hagerty.

— Scarlett Johansson et Adam Driver – Marriage Story
Image courtoisie La Biennale di Venezia

Après investigation, l’information est confirmée : Brad Pitt est arrivé au Lido en bateau … Les multiples hélicoptères qui tournoyaient au-dessus du Palais de la Biennale étaient destinés à Scarlett Johansson  que retrouve dans le rôle d’une actrice aux prises avec un divorce, un rôle dans lequel ses talents d’actrice ont pu s’exprimer pleinement. Comme dans Il calamaro e la balena, Baumbach aborde le thème du mariage quand il se brise. Le mari de Nicole (Scarlett Johansson), Charlie (Adam Driver qui tourne son quatrième film avec le réalisateur américain) est un metteur en scène new-yorkais qui connaît un succès indéniable avec sa pièce qui se jour à Broadway. Les deux acteurs donnent visage et corps à un couple à la dérive, aspiré dans le cauchemar d’une routine qui s’est instaurée au fil des ans, larvées par l’infidélité du mari avec sa costumière, suivi  par l’implacable mécanisme judiciaire qui, une fois mis en marche, est lancé à vive allure et qui devient impossible à arrêter. Pourtant, entre les deux ex-conjoints, l’écho de l’amour, du respect et du désir commun de protéger le fils qui est encore un enfant de sept ans, est tangible.

Le titre choisi est emblématique, comme l’explique le réalisateur new-yorkais :

En explorant la phase du divorce, j’ai eu l’occasion de faire un film sur le mariage ; dans la phase où il cesse de fonctionner, il faut repenser toutes les dynamiques.

Le film a une résonance autobiographique – on s’en doutait – qui semble devenir récurrente chez Noah Baumbach qui s’est exprimé au sujet de ses intentions sur ce film :

Les films ont été pour moi un remède dans certains des moments les plus sombres de ma vie et m’ont aidé à comprendre ce que je pensais être au-delà de ma compréhension. Assis dans une salle de cinéma, je laisse agir sur moi le mécanisme d’empathie inhérent au cinéma. Le divorce est l’histoire qui unit de nombreux mariages, et c’est une source de honte et d’isolement. Le système juridique qui régit le divorce est inévitablement conçu pour diviser. Elle divise les gens, la famille, les biens et le temps. Elle isole chaque individu dans sa propre histoire et brouille le point de vue de l’autre. Je voulais offrir une nouvelle perspective, faire une proposition plus généreuse. Je voulais trouver l’histoire d’amour dans l’effondrement. L’espoir dans les salles d’audience, au milieu des documents et des règles. Les films sont un antidote au divorce. Un monde non pas de séparation mais d’amour.

Marriage Story distille cette évidente composante biographique, Baumbach lui-même en 2010 a fait face au divorce, un événement comparable à un deuil, clarifie-t-il.

— Noah Baumbach
© La Biennale di Venezia – Photo ASAC

Malheureusement, le film est fort ennuyeux pour un public européen qui, même quand il divorce, n’a pas recours à une jurisprudence si procédurière que celle des Etats-Unis où les avocats semblent semblent mener le bal à grands renfort d’évaluation psychologiques et d’investigations menées par détectives privés censés trouver les failles et révéler la part obscure du conjoint adverse.

La belle-mère de Charlie entretient une relation ambiguë avec son beau-fils, ambiguë au point de faire des acrobaties et des pirouettes dans ses bras quand ils se retrouvent.

Marriage Story se résume à un film « mainstream » qui plaisir au public friand de s’immiscer dans les coulisses d’une historie privée qui ne nous regarde pas et qui ne nous intéresse pas.

Bref, on souhaite vraiment à Noah Baumbach de se remettre enfin de son divorce, histoire de nous délivrer de sa thérapie cinématographique !

Pour l’anecdoteote, lors de la projection de presse, alors que le « n » majuscule rouge carmin est apparu sur l’écran ( le film est produit par Netflix), la moitié de la salle a applaudi alors que l’autre moitié s’est mise a poussée de tonitruantes huées.

Firouz E. Pillet, Venise

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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