Mostra 2019 : Ema, de Pablo Larrain, ou la crise d’un quadragénaire

Celles et ceux qui connaissent la filmographie du cinéaste chilien attendaient avec impatience son dernier opus, dont la sous-signée qui avait adoré Jackie (2016), Neruda (2016) ou No (2012).

Le diagnostic est tombé au Lido de Venise : avec Ema,  Pablo Larrain traverse une violente crise de la quarantaine, signant un journal incendiaire d’une jeune femme avec Gael García Bernal dans le rôle de chorégraphe d’une compagnie de danse et de Mariana Di Girolamo, sa très jeune épouse, dans celle d’une danseuse et professeure d’école en expression corporelle.

— Mariana Di Girolamo et Gael García Bernal – Ema
© Pablo Larraín

Le film retrace donc l’histoire d’Ema (Mariana Di Girolamo), une jeune danseuse qui décide de se séparer de Gastón après avoir abandonné Polo, le fils adoptif d’origine colombienne. qui a mis le feu à leur maison, provoquant de graves séquelles à sa tante.

Dans les rues de la ville portuaire de Valparaíso, la jeune fille part à la recherche d’histoires d’amour désespérées mais surtout débridées qui l’aident à vaincre sa culpabilité. Mais Ema nourrit un plan secret pour récupérer tout ce qu’elle a perdu et  par tous les moyens : son fils.

Pablo Larrain a commenté son film de manière très laconique :

Une méditation sur le corps humain, la danse et la maternité.

Avec son prochain projet américain, The True American, Larraín a commencé à produire Ema, une histoire originale coécrite par le scénariste de Neruda, Guillermo Calderon et le dramaturge new-yorkais Alejandro Moreno.

Le film met en vedette Gael García Bernal, méconnaissable, qui avait déjà travaillé avec Larraín sur No et Neruda, aux côtés de la nouvelle venue, Mariana Di Girolamo, à l’apparence androgyne très peaufinée.

Je voulais juste mettre en crise l’idée de ce qu’est réellement une famille aujourd’hui. Je pense que cette idée a changé de manière unique et surprenante. Il existe une nouvelle compréhension de la famille qui aimerait traiter avec le monde contemporain.

Bernal n’a rejoint la distribution que quelques semaines après avoir terminé Chicuarotes, son premier long métrage depuis le film Deficit, sorti en 2007, et n’avait pas encore lu le scénario. Il n’est pas seul: sur la base d’un modèle créé par Larraín avec son thriller de bord de mer El Club (Ours d’argent Grand Prix du Jury de la Berlinale 2015, N.D.L.R), le cinéaste a envisagé de partager des scènes avec ses acteurs avant chaque tournage, afin qu’ils ne connaissent même pas l’ensemble de l’histoire avant la fin de la production. C’était à une sage décision et pour les acteurs et pour les spectateurs !

C’est un excellent environnement.

a déclaré Larraín

Quand nous avons décidé de le faire, nous étions très heureux et excités.

Excité, Larrain était bien le seul !

Le cinéaste chilien nous inflige pendant nonante pour-cents du film des chorégraphies intérieurs ou extérieures sur des reggae, une musique très appréciée dans le nord de l’Amérique Latine et les Caraïbes, une musique que le réalisateur veut « sexuelle et sexuée » car issue du milieu carcéral. Du coup, il nous impose des chorégraphies hypersexuées du début à la fin du film. Malheureusement, il va encore plus loin en nous servant des scènes orgiaques d’Ema qui couche avec tout le monde – un homme, Anibal, pompier qui s’avère être le nouveau père adoptif de Polo, sa femme, Raquel, à l’insu de l’un et de l’autre, mais aussi toutes les danseuses de la troupe de son mari, et en groupe bien évidemment !

On a compris : Ema est prête à tout pour récupérer son fils. Qu’elle couche avec les parents adoptifs de Polo sert sa quête mais qu’elle couche avec toute la population de Valparaiso en est une autre. Heureusement, la ville australe du Chili est un protagoniste à part entière, bien filmée.

Des scènes gratuites et inutiles qui n’apportent absolument rien au film ! Une certitude à l’issue de la projection : Pablo Larrain est en plaine crise de la quarantaine. On espère sincèrement qu’il vivra mieux celle de la cinquantaine !

Seule récompense pour les spectateurs qui tiennent jusqu’à la fin : la scène finale est excellente mais pour la connaître, il faut supporter toute le reste !

Firouz E. Pillet, Venise

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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