Mostra 2022 : Tant que le soleil frappe (Beating sun), de Philippe Petit, présenté dans la section Settimana della critiqua

Dans un quartier populaire de Marseille, une petite place, abandonnée par les pouvoirs publics, sert de square aux gens du quartier : les enfants y jouent, les mères de famille y promènent leurs enfants en poussette, les personnes plus âgées viennent pour y converser. Mais cette place n’est guère accueillante : en fait de place, il s’agit d’une zone goudronnée entourée de rues et d’immeubles. Cette zone délaissée au centre de la ville ne laisse pas Max (Swann Arlaud) indifférent. Ce paysagiste et sa compagne rêvent de transformer cet espace en un jardin ouvert, avec des parois végétalisées, un espace sans clôtures.

Tant que le soleil frappe (Beating sun) de Philippe Petit
Image courtoisie Settimana Internazionale della Critica

Max et Gaspard (Pascal Rénéric) ont soumis leur projet à un concours d’architecture paysagère lancé par la mairie et attendent, enthousiastes et confiants, les résultats, mais leur projet n’a pas été retenu. Gaspard, déçu, renonce à poursuivre aventure que Max poursuit seul, persuadé d’être en mesure de livrer bataille aux promoteurs immobiliers et de convaincre vu les dimensions humaine, écologique et durable de son projet. Il est encouragé avec une condescendance perceptible par le fameux architecte local Paul Moudenc (Grégoire Oestermann) qui fait jouer ses contacts et sait se faire apprécier en haut lieu. Soutenu par les habitants, Max tente d’obtenir un soutien financier pour mener à bien ce projet, mais son projet est estimé trop utopique pour les financeurs et pour l’architecte qui chapeaute la « réhabilitation » de cette place en y projetant la construction d’un complexe hôtelier.

Cette zone de no man’s land, délaissée, aboutira à un drame : la mort d’un skateur tombé dans un trou du terrain vague. Livrant un combat inégal, Max, aussi téméraire que David, ne se laisse pas impressionner par les nombreuses tentatives de le dissuader. Ce jeune homme, père de famille, est contraint de travailler comme jardinier, ou plutôt de ramasser des ordures dans les espaces verts. Il finit par perdre ce travail et est contacté par Moudenc qui lui propose de créer les espaces extérieurs d’un bar lounge construit pour l’ancien footballeur Djibril Cissé, que ses fans pourront reconnaître dans son propre rôle ! Malgré ce contrat bienvenu, Max poursuit son projet sans trop considérer les règles de la bienséance pour y arriver.

Ce premier long métrage de Philippe Petit brosse le portrait convaincant d’un doux rêveur, passionné, touchant et investi avec obstination dans une croisade socio-écologique. Dépeint avec justesse par le cinéaste, ce trentenaire devant mener plusieurs combats, pour sauver son couple comme pour offrir une plateforme de solidarité citoyenne, séduit et convainc. Il faut souligner l’excellent jeu de Swann Arlaud qui offre une étoffe particulièrement intéressante à son personnage.

Tant que le soleil frappe traite de réussite et d’échec, de l’humain face aux lobbys financiers, de l’individualité face à la solidarité. Max semble un héros des temps modernes, prêt à tout les stratagèmes pour surmonter les obstacles qui parsèment son chemin. Mais le film de Philippe Peut a surtout le mérite de proposer une réflexion de plus en plus actuelle sur les paysages urbains où la verdure disparaît au profit des promoteurs.

Tant que le soleil frappe est en compétition à la 37e Semaine internationale de la critique de cinéma.

Firouz E. Pillet, Venise

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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