Sin señas particulares (Sans signe particulier), le premier long métrage de la productrice mexicaine Fernanda Valadez, rend un vibrant et poétique hommage aux disparus et à leurs proches au Mexique

Magdalena (Mercedes Hernández) n’a plus entendu parler de son fils Jesús (Juan Jesús Varela) depuis des mois – pas depuis qu’il a quitté leur ville pour traverser la frontière qui les sépare des États-Unis. Son amie Chya (Laura Elena Ibarra) va l’aider, émotionnellement et financièremrent, à poursuivre cette quête dont la majeure partie des gens que Magdalena croise veulent l’en dissuader. Les autorités veulent qu’elle signe l’acte de décès de son fils, mais une rencontre avec un parent endeuillé fait comprendre à Magdalena qu’elle ne peut pas vivre sans connaître son sort. Elle entame une odyssée à travers le Mexique, dans des zones de violence et de désolation, à la poursuite de toute piste disponible malgré la mise en garde de ne pas poser publiquement de telles questions. En chemin, elle rencontre et voyage avec Miguel (David Illescas), récemment expulsé, qui se retrouve à rentrer chez lui à travers un pays changé mais, surtout, qui ne retrouve pas de traces de sa mère.

— Mercedes Hernández – Sin señas particulares (Sans signe particulier)
© trigon-film.org

Dès la séquence d’ouverture, Sin señas particulares, présente des cadres méticuleusement composés, aux tonalités expressionnistes, qui ancrent le récit en le faisant évoluer. Ce road movie très bien réalisé qui aborde avec une grande justesse l’observation et l’analyse d’une situation le terrible sujet des disparitions humaines, des exactions auxquelles se livrent des factions de guérilleros et de l’omniprésence de la peur dans la société mexicaine. Fernanda Valadez traite d’un sujet difficile, d’une situation profondément troublante, à travers des personnages auxquels les spectateurs s’attachent très rapidement. participant émotionnellement à leur quête existentielle.

Sin señas particulares (Sans signe particulier), suivant les pas de Magdalena, entraîne d’emblée les spectateurs dans un périple difficile, éprouvant, incertain. Le voyage de Magdalena entre villes et paysages désolés du Mexique moderne l’amène à rencontrer Miguel (David Illescas), un jeune homme récemment expulsé du puissant voisin du nord, qui rentre chez lui. C’est ainsi qu’ils cheminent ensemble en se tenant compagnie : Magdalena à la recherche de son fils et Miguel espérant revoir sa mère, dans un territoire où les victimes et les auteurs errent ensemble, se croisent dans l’indifférence mais souvent aussi dans la douleur, voire la violence.

Le premier long métrage de Fernanda Valadez présente une histoire qui pourrait être qualifiée de «nécessaire» par certains puisqu’elle aborde les thèmes les plus récurrents du cinéma mexicain de ces dernières années mais aussi les plus douloureux de la société mexicaine : immigrés clandestins, violence extrême, gangs, disparitions de proches parents, quête désespérée pour les retrouver. Lors de la projection de ce film, une évidence s’impose : traiter d’une telle thématiqueinque est salutaire pour les proches des victimes et ces dernières, leur offrant une visibilité et une reconnaissance alors que les autorités semblent les avoir passés aux oubliettes.

Si le choix du thème suscite divergence d’opinions, entre sujet opportuniste pour les uns, cynique pour les autres, vital pour la majorité, le film de Fernanda Valadez est à considérer d’un point de vue strictement cinématographique.

Fernanda Valadez raconte le parcours, inversé, de deux personnages très différents qui finiront par se croiser et se rejoindre de manière improbable, unissant leurs errantes face à l’adversité : d’une part, il y a Magdalena, une femme semi-analphabète de quarante-huit ans qui entreprend un périple incertain à la recherche de son fils adolescent, qui a disparu contre vents et marées, les constantes mises en garde, les avertissements des uns, les menaces des autres, la paresse bureaucratique omniprésente – de l’autre apparaît Miguel, un jeune homme qui est expulsé des Etats-Unis et doit rentrer du mieux qu’il peut dans sa ville natale au Mexique. A priori, ces deux êtres n’étaient pas censés se rencontrer si ce n’est qu’ils empruntent le même chemin empli d’embûches et de dangers.

Tout au long du périple de ces deux êtres livrés à eux-mêmes, le film propose une fresque désolée et déchirante mais aussi poétique d’un Mexique bien éloigné des cartes postales touristiques, dans lequel la violence des trafiquants de drogue, les meurtres, les corps calcinés et l’absence de l’État qui semble démissionnaire s semblent faire inéluctablement partie du quotidien des Mexicains qui conservent une lueur d’espoir malgré les atrocités qui les entourent.

Sin señas particulares (Sans signe particulier) de Fernanda Valadez
© trigon-film.org

Dès les premières séquences et tout au long de son film, la réalisatrice et co-scénariste (qui a élaboré le scénario à quatre mains avec Astrid Rondero) se concentre sur les mésaventures et les expériences intimes des deux personnages à travers des plans rapprochés sur leur visage, sur leur regard, sur les expressions de leur visage, sur leurs silhouettes qui poursuivent inlassablement leur quête.

Les débuts en tant que réalisatrice de Fernanda Valadez ont été très remarqués, suscitant un intérêt unanime vu que son film a aussi remporté le prix de la coopération espagnole lors de cette édition du Festival de San Sebastian. L’Agence espagnole de coopération internationale au développement (AECID) soutient, pour la sixième année consécutive, des producteurs qui parient sur des thèmes engagés pour les droits de l’homme et les réalisent en créant des liens entre les Industrie ibéro-américaine; Sin señas particulares s’inscrit pleinement dans cette optique.

Rappelons que Fernanda Valadez a réalisé le court métrage de fiction 400 maletas (400 valises, 2014), qui a été nominé pour le prix Ariel et a été finaliste pour The student Oscar, et De este mundo (2010), Canacine Award et meilleur court métrage au Festival du film de Guanajuato. Fernanda Valadez a également produit les longs métrages Plástico (Ricardo Soto, 2015) et The darkest days of us (Astrid Rondero, 2017).

A San Sebastian, le jury a reconnu ce «parcours physique et émotionnel d’un personnage féminin qui porte sur son dos le poids de la violence structurelle hors du terrain». De son côté, Valadez a dédié le prix aux proches des disparus au Mexique et a défendu le cinéma comme «la possibilité d’être un petit grain dans la conversation sociale des choses qui nous concernent à la recherche de quelque chose de mieux».

Firouz-E. Pillet

Le film a reçu l’Œil d’or du 16ème Zurich Film Festival pour le meilleur film de la compétition Fiction

© j:mag Tous droits réservés

Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

Firouz Pillet has 460 posts and counting. See all posts by Firouz Pillet

Une réflexion sur “Sin señas particulares (Sans signe particulier), le premier long métrage de la productrice mexicaine Fernanda Valadez, rend un vibrant et poétique hommage aux disparus et à leurs proches au Mexique

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*